Dossier à la UneEcofinNation

Corruption en RDC: les garde-fous lâchent, les faits donnent raison à Alingete

En retirant les inspecteurs des finances des points névralgiques de l’État, le gouvernement a affaibli ses contrôles. Résultat: suspensions en chaîne, millions disparus et une administration prise en otage par des pratiques opaques. La lutte anticorruption vacille et le pays s’enfonce.

La lutte contre la corruption en République Démocratique du Congo n’est plus qu’un vœu pieux. Depuis l’ordre de faire fonctionner en mode silence l’Inspection générale des Finances -IGF- et de retirer les inspecteurs des finances des frontières, des entreprises publiques et de la chaîne de la dépense, les garde‑fous ont cédé. Sur le terrain, les révélations tombent comme autant de preuves d’un système qui se délite.

Ces derniers mois, des directeurs généraux d’entreprises publiques ont été écartés, parfois dans le fracas médiatique. Accusations de mauvaise gestion, détournements, surfacturations, systèmes parallèles: les communiqués officiels évoquent des millions engloutis. La ministre d’État en charge du Portefeuille, Julie Kanku, a lancé la série en suspendant le directeur général des Lignes maritimes congolaises -LMC. Le vice‑Premier ministre en charge des Transports, Jean‑Pierre Bemba, est intervenu à l’OGEFREM puis à TRANSCO.

Le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku, a limogé le manager de l’OCC pour faits similaires. Le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a sanctionné le directeur général du BCECO après qu’une enquête a pointé la surfacturation d’une route de 11 km dans le Kasaï: 30 millions de dollars facturés au lieu de 11, selon le média en ligne Scoop RDC. À charge de la même agence, 20 millions de dollars destinés au projet Metrokin restent introuvables.

La tourmente ne s’arrête pas aux routes et aux entreprises. Un nouveau directeur a été nommé à la Direction générale du Trésor, en remplacement de Matenda, suspendu pour «pratiques douteuses». Le ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, a ordonné au parquet de poursuivre deux collaborateurs du ministre des Finances pour corruption. Des gouverneurs se retrouvent sous le feu des accusations: le gouverneur du Kongo Central a été convoqué au parquet, tandis que le gouverneur du Sud‑Ubangi est mis en accusation par son assemblée provinciale depuis janvier 2026.

Chiffres alarmants

Un courrier attribué à l’ANR laisse constater des investigations autour d’une somme de 12 millions de dollars et du compte bancaire y relatif à la Caisse nationale de sécurité sociale -CNSS. La ministre d’État aux Hydrocarbures dénonce des fraudes à hauteur de 800 millions de dollars, liées à des entrées illicites de produits pétroliers dans le Haut‑Katanga.

Le FMI signale un quasi doublement du fichier de la paie, passé selon le ministère des Finances de 800 milliards à 1300 milliards de francs congolais. Quant au programme de développement des 145 territoires, l’administration en charge est incapable de rendre compte des infrastructures livrées, alors que près d’un milliard de dollars y a été englouti. Tous ces dossiers ont eu lieu pendant que les inspecteurs des finances ont été sommés de se retirer. 

Conséquence humaine: les agents et fonctionnaires de l’État renouent avec les retards de salaire et sont davantage exposés aux pratiques de corruption. «On n’a pas besoin d’un dessin pour comprendre à quoi se livrent des agents impayés», soupire un syndicaliste, fustigeant l’immobilisme des institutions anticorruption. «Après tous ces scandales, aucune interpellation, personne n’a été inculpé et aucun procès», déplore‑t‑il, citant la condamnation isolée et cosmétique de Constant Mutamba comme un point d’arrêt de la lutte contre l’impunité.

Pour certains observateurs, la méthode d’antan avait ses vertus: «Il faut reconnaître que les méthodes de Jules Alingete -combattues par une certaine élite- dissuadaient et commençaient à porter leurs fruits, caractérisés par la hausse des recettes et du budget de l’Etat. Les faits évoqués donnent raison à l’ancien inspecteur général de l’IGF», affirme un activiste.

La semaine dernière, les autorités gouvernementales ont, selon lui, finalement planché sur le redéploiement des inspecteurs des finances pour encadrer l’appareil financier de l’État, «admettant tacitement l’efficacité du contrôle a priori dit Patrouille financière». Ce cocktail explosif survient alors que le débat sur la révision constitutionnelle refait surface. «Comment espérer embarquer la population dans une telle démarche sans avoir amélioré la gouvernance?», s’insurge un autre militant. Tant que les institutions resteront aveugles et impuissantes, la tentation du clientélisme et du pillage persistera, le régime finira par payer la facture, et le pays avec.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page