
Le Comité exécutif national de l’Église du Christ au Congo n’a pas tourné autour du pot. Réuni en urgence, il a posé le cadre. Oui à la réforme constitutionnelle. Mais pas dans la précipitation. Oui au débat. Mais pas dans la polarisation. Message au pouvoir: oui, vous pouvez toucher à la Constitution. Mais faites-le dans les règles. Sinon, ne le faites pas. Dans son communiqué final, l’ECC use de mots lourds. «Une initiative de réforme constitutionnelle dans le contexte actuel doit impérativement répondre à l’exigence d’un cadre national inclusif et apaisé». Les protestants plantent leurs piquets sur les articles 5, 218, 219 et 220. Souveraineté du peuple. Procédure de révision. Intangibilité de certains principes. Pour eux, la loi fondamentale n’est pas un brouillon qu’on rature à la hâte et de manière cavalière. C’est le socle.
«L’arbre à palabre, pas le bulldozer»
L’ECC est d’avis que la méthode compte autant que le fond. «L’arbre à palabre demeure un espace privilégié d’écoute mutuelle, de partage et de construction du consensus», souligne la déclaration. Image forte, symbole congolais. L’Église plaide pour une démarche inclusive, sans exclusion. Toutes les sensibilités nationales doivent avoir voix au chapitre sur les grandes orientations du pays.
C’est le préalable non négociable posé par les protestants: «oui à un dialogue démocratique national inclusif. Mais pas de réforme sans lui». L’ECC le présente comme plus qu’une formalité. C’est un instrument de consolidation de la paix, de l’unité nationale et de la stabilité institutionnelle. D’où la formule martelée : «Oui à la réforme, mais pas de dialogue, pas de réforme».
Regard vers l’international
L’ECC ne parle pas dans le vide. Elle inscrit son appel dans la dynamique des efforts régionaux et internationaux en faveur de la paix en RDC. Elle évoque les résolutions 2773 et 2808 du Conseil de sécurité des Nations unies. Elle cite les initiatives soutenues par l’Union africaine, l’Union européenne, et les processus diplomatiques engagés à Washington et à Doha. Comprendre: la question constitutionnelle congolaise se lit aussi à l’échelle du monde.
Consulter avant de trancher
Avant de rendre son arbitrage, l’ECC a pris le temps d’écouter. Dans le cadre de cette 66ᵉ session extraordinaire, elle a organisé des consultations avec diverses forces politiques et sociales du pays. Partis d’opposition, société civile, experts, leaders communautaires. Objectif: recueillir les points de vue des différentes composantes nationales sur cette question d’intérêt majeur. L’Église a donc parlé après avoir entendu.
Une voix qui fait poids
Cette prise de position tombe à un moment chaud. Le débat sur une éventuelle réforme constitutionnelle enflamme déjà la classe politique et la société civile congolaises. Propositions, contre-propositions, tensions. L’ECC réaffirme sa conviction : oui, les questions institutionnelles majeures doivent être traitées. Mais pas dans la précipitation ni dans l’affrontement. Oui, elles doivent l’être. Mais dans un climat de confiance, de dialogue et de responsabilité partagée. À Kinshasa, quand l’ECC parle, le pouvoir devrait ajuster. Force morale, vigie républicaine, l’Église protestante vient de fixer le cadre. Inclusion. Apaisement. Consensus. Les acteurs politiques ont le texte. Ils ont l’avertissement. Oui à la réforme. Mais l’ECC a posé ses conditions. «Ne construisons pas des murs, jetons des ponts», a conclu le Révérend André-Gédéon Bokundoa.
Natine K.
