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Cancer: le plan de guerre de Cathy Sakombi

Chaque mois d’octobre, le monde se pare de rose. En République Démocratique du Congo, la couleur prend désormais un sens politique. Dans une tribune confiée à AfricaNews, la députée nationale Cathy Sakombi Moleka, élue de Budjala dans le Sud-Ubangi et membre de la majorité de l’Union sacrée, plaide pour transformer Octobre Rose en politique publique permanente. Le constat est d’abord mondial. S’appuyant sur les dernières données de l’Organisation mondiale de la santé, l’élue rappelle qu’en 2024, 2,4 millions de femmes ont été diagnostiquées d’un cancer du sein dans le monde et 694 000 en sont mortes. À la fin de l’année, 8,2 millions de femmes vivaient avec la maladie, premier cancer féminin dans 164 pays sur 186. «Ces chiffres doivent nous interpeller, mais surtout nous conduire à agir», écrit-elle. En République Démocratique du Congo, l’urgence s’installe. Le ministère de la Santé publique estimait en mai 2026 à près de 15 000 le nombre de nouveaux cas annuels de cancers féminins. Les données GLOBOCAN 2024, publiées en juillet, évaluent la mortalité par cancer du sein à 14,5 décès pour 100 000 femmes. «Derrière les statistiques se trouvent des mères, des épouses, des filles», rappelle la députée.

Cathy Sakombi Moleka commence par saluer les avancées enregistrées sous l’impulsion du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, qui a fait de la Couverture santé universelle un pilier de son programme. Institutionnalisation du Centre national de lutte contre le cancer, intégration de la lutte dans le budget de l’État, début d’acquisition de médicaments anticancéreux. En août 2026, le gouvernement avançait que plus de 2 000 patients avaient déjà reçu gratuitement ces médicaments et qu’environ 1 000 avaient bénéficié d’une radiothérapie gratuite. Des avancées concrètes, estime l’élue, qui doivent désormais être consolidées et surtout étendues territorialement.

C’est tout l’enjeu d’Octobre Rose 2026. À Kinshasa, le ministère prévoit avec l’appui de la Banque mondiale et de Roche le dépistage gratuit du cancer du sein pour 5 000 femmes, tandis qu’un programme de dépistage du cancer du col de l’utérus vise 912 000 femmes dans six provinces jusqu’en 2028. Une étape importante, mais qui ne saurait être un aboutissement. «Cinq mille femmes à Kinshasa doit être un point de départ», prévient la députée, pour qui la lutte doit progressivement sortir de la capitale. Elle cite à l’appui le paradoxe documenté par l’OMS. Dans les pays à indice de développement humain très élevé, une femme sur douze développera un cancer du sein au cours de sa vie, mais une sur soixante-et-onze seulement en mourra. Dans les pays à faible IDH, une sur vingt-sept sera diagnostiquée, mais une sur quarante-huit en décèdera. Une incidence apparemment plus faible ne traduit pas une meilleure situation, mais des diagnostics tardifs et des inégalités d’accès aux soins.

D’où sa mise en garde centrale. Dépister ne suffit pas si la chaîne qui suit n’est pas organisée. «Dépister sans pouvoir diagnostiquer rapidement crée de l’angoisse. Diagnostiquer sans rendre le traitement accessible crée une nouvelle injustice», écrit-elle, reprenant les trois piliers de l’Initiative mondiale de l’OMS: détection précoce, diagnostic rapide et prise en charge complète. Pour franchir une nouvelle étape, la députée propose alors de provincialiser Octobre Rose, en faisant sortir les campagnes gratuites des chefs-lieux pour les rapprocher des territoires, grâce aux hôpitaux généraux de référence, aux zones de santé et à des unités mobiles lorsque c’est possible. Elle plaide ensuite pour ancrer résolument le parcours oncologique dans la Couverture santé universelle et dans la future Assurance maladie obligatoire, dont les consultations gouvernementales ont été lancées en octobre 2026.

Consultations, imagerie, biopsies, chirurgie, chimiothérapie et radiothérapie représentent des charges qui ruinent les ménages et doivent trouver leur place dans cette architecture. Cœur de son plan de guerre, la création progressive de pôles régionaux d’oncologie. Plutôt que de promettre un centre complet par province, irréaliste à court terme, elle suggère de bâtir cinq pôles interconnectés, dotés d’imagerie, d’anatomopathologie et de capacités de traitement. Un pôle Ouest à Kinshasa, à renforcer, pour desservir le Kongo Central et le Grand Bandundu; un pôle Sud à Lubumbashi pour le Grand Katanga; un pôle Est entre Goma et Bukavu pour les Kivu et l’Ituri; un pôle Centre à Kananga et Mbuji-Mayi pour les Kasaï; et un pôle Nord à Kisangani pour la Grande Orientale et l’Équateur.

Pour piloter cet ensemble, elle insiste sur la nécessité de fiabiliser le registre national du cancer, avec des données régulièrement actualisées et ventilées par province, âge, type de cancer et stade au diagnostic, condition d’une politique sanitaire efficace.

Enfin, elle appelle à une mobilisation communautaire massive pour faire tomber la peur. Élus, médias, églises, associations féminines, écoles et marchés doivent devenir des partenaires permanents d’information, car 80 % des cancers du sein apparaissent chez des femmes sans autre facteur de risque que leur sexe et leur âge, et beaucoup attendent encore que les symptômes deviennent graves. Son objectif tient en une phrase, qui résume tout son plaidoyer: qu’aucune femme congolaise ne renonce à se faire diagnostiquer parce qu’elle vit loin d’un grand centre urbain ou parce qu’elle ne possède pas les moyens financiers nécessaires.

Natine K.

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