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C64 vs C4: la guerre des coalitions pour la Constitution de la République Démocratique du Congo

Le débat sur la révision constitutionnelle a quitté les cercles d’experts pour se transformer en affrontement de blocs. D’un côté, le C64, créé par l’Opposition, se pose en gardien de la loi fondamentale de 2006. De l’autre, le C4, réponse urgente du pouvoir, monte au front pour porter l’idée d’une adaptation du texte. Derrière les sigles, c’est bien la bataille de 2028 qui se joue, et elle se décidera dans le rapport de force.

Deux visions opposées sur le terrain politique

Le C64 rassemble aujourd’hui un spectre d’opposition qui s’élargit au fil des semaines. Autour de Moïse Katumbi, Delly Sesanga, Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Anatole Matusila et Matata Ponyo se retrouvent des mouvements citoyens comme LUCHA et Filimbi, des composantes de l’Église catholique et protestante, mais aussi le soutien public de la plateforme «Sauvons le Congo» portée par Joseph Kabila.

«Cette convergence donne à la coalition un poids politique et symbolique nouveau, capable de parler à la fois à l’opinion urbaine, aux réseaux de l’Est et aux cercles d’affaires», analyse un diplomate en poste à Kinshasa. Leur message reste cohérent: la Constitution actuelle, et surtout ses articles verrouillés, reste la meilleure protection contre les dérives autoritaires.

Pour eux, toucher au texte dans un pays en guerre reviendrait à ouvrir la porte à une crise de légitimité dont personne ne sortirait indemne. Face à eux, le C4 s’organise comme la réponse structurée du pouvoir. Il regroupe des cadres de l’Union sacrée, des relais de la société civile proche du gouvernement et des mouvements de réveil favorables à une réforme.

Leur argument tient en une phrase: la Constitution de 2006 ne colle plus aux réalités sécuritaires et administratives du pays. Entre l’état de siège à l’Est, l’avancée du M23 et les revendications de décentralisation, ils présentent la révision ou le changement comme un acte de souveraineté plutôt que comme un coup de force.

La rue, le Parlement et les chancelleries comme champs de bataille

Cette confrontation se joue simultanément sur plusieurs fronts. Dans les grandes villes, Kinshasa, Lubumbashi et Goma, la bataille du récit se mène dans la rue et sur les réseaux sociaux. Au Parlement, la majorité qualifiée reste l’enjeu central, et les tractations pour verrouiller des voix iraient bon train.  Mais c’est surtout du côté des partenaires extérieurs que l’arbitrage pourrait se jouer.

Washington, engagé dans l’accord sur les minerais critiques signé en décembre 2025, garde un œil prudent sur le processus. L’Union européenne et la Belgique, plus frileuses, conditionnent leur soutien à la stabilité institutionnelle. L’Union africaine et la SADC, elles, privilégient la stabilité immédiate et verraient d’un meilleur œil un changement obtenu par consensus. À cela s’ajoutent les ONG et l’Église catholique, dont les rapports et prises de position peuvent faire basculer l’équilibre diplomatique en quelques jours.

Trois scénarios pour l’issue du bras de fer

Trois trajectoires se dessinent désormais. Dans la première, le C64 parvient à rendre toute révision politiquement coûteuse. Le pouvoir recule et cherche une autre voie pour 2028, quitte à invoquer la guerre pour reporter les échéances. Dans la seconde, le C4 parvient à faire passer la réforme au Parlement. Le prix à payer serait immédiat: gel des appuis occidentaux, durcissement des sanctions ciblées et regain de légitimité pour l’opposition et la rébellion.

Reste une troisième voie, plus lente mais moins explosive: un dialogue national inclusif qui intégrerait la rébellion et l’opposition. La Constitution ne changerait pas par ordonnance présidentielle ou via un référendum de la discorde mais par accord politique. C’est le scénario le plus exigeant, mais aussi le seul capable de préserver la cohésion nationale.

Au fond, la bataille entre C4 et C64 ne porte pas sur l’article 217. Elle porte sur le contrôle du temps politique. Le pouvoir cherche à gagner de la marge avant 2028. L’opposition dans sa globalité veut bloquer le chronomètre. Et la communauté internationale tranchera moins sur le principe que sur la question de savoir si suivant ce changement renforce la stabilité du Congo et la sécurité de ses minerais, ou l’inverse.

Natine K.

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