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Bancarisation de la paie: la CADECO revient pour couvrir les zones oubliées

Après plus d’une décennie de promesses non tenues, Kinshasa change de stratégie. Le gouvernement a officiellement lancé une phase pilote de la bancarisation générale des agents et fonctionnaires de l’État à travers la Caisse d’Épargne du Congo – CADECO. Objectif: faire parvenir les salaires jusque dans les territoires où aucune banque commerciale n’ose s’implanter. Dix provinces ont été retenues pour cette première étape. Sept ont été nommées: Maï-Ndombe, Ituri, Sankuru, Tshuapa, Lomami, Mongala et Haut-Lomami. Des zones enclavées où des milliers d’enseignants, d’infirmiers et d’agents de l’administration parcourent parfois plus de 300 km chaque fin de mois pour toucher leur maigre salaire.

La fin d’un calvaire

Depuis la réforme de bancarisation de 2011, l’État paie via des banques commerciales. Le système a certes assaini une partie des effectifs, mais il a aussi créé des «zones blanches». Dans ces territoires, faute d’agences, les agents dépendent de sous-traitants, de voyages coûteux et de retards interminables. «Un enseignant de Kole ou de Kabongo ne doit plus choisir entre son salaire et deux jours de transport», résume un cadre du ministère de la Fonction publique. La CADECO, banque publique historique présente dans les 26 provinces, est donc remise au centre du dispositif.

Le pari du gouvernement et les secrets d’un protocole

Derrière cette relance actée le 14 août, trois signatures. Le Vice-Premier ministre en charge de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau. Le Vice-Premier ministre en charge du Budget et ancien Premier ministre, Adolphe Muzito, qui avait initié la bancarisation en 2011. Et le ministre des Finances, Doudou Fwamba. Ce jour-là, un protocole d’accord a été signé entre la Fonction publique et le DG de la CADECO, Célestin Mukeba. Il consacre l’entrée de la banque publique comme opérateur de paie, aux côtés des banques commerciales. Loin de les remplacer, elle vient boucher les trous là où le système actuel atteint ses limites. Les échanges avaient commencé en janvier 2026.

Le diagnostic était clair: dans plusieurs zones reculées, percevoir son salaire implique encore de longs déplacements, des frais élevés et des absences de plusieurs jours. Le gouvernement entend désormais tirer parti du maillage de la CADECO: présente dans 144 territoires et 25 provinces sur 26, soit près de 80% du territoire national selon son DG. «Au-delà de la symbolique, cette cérémonie souligne la ferme volonté exprimée par le Président de la République de permettre à chaque fonctionnaire d’avoir son salaire à temps et avec facilité», a indiqué le VPM Lihau lors du lancement.Pour lui, la question dépasse le mécanisme bancaire: elle touche à la dignité. «Le salaire est un droit, et non un cadeau ou un privilège accordé par l’État au fonctionnaire», a-t-il rappelé. «Le gouvernement entend vraiment miser sur la CADECO et son maillage. Nous pensons que le service qu’elle va offrir sera bien meilleur. Nous avons le souci de bouger les lignes en améliorant et en étendant le réseau CADECO existant. Ça doit redevenir une sorte de banque du peuple, susceptible d’organiser l’épargne et d’accorder des crédits aux agents et fonctionnaires qui en auraient besoin», a expliqué le VPM à AfricaNews.

Un test avant la généralisation

La CADECO ne remplacera pas les banques commerciales dans les grandes villes. Elle viendra combler le vide laissé dans les zones rurales et périurbaines. Son directeur général, Célestin Mukeba, s’est dit satisfait de la signature du partenariat et a promis de faire sa part. Les syndicats, représentés à la cérémonie par l’INAP, saluent «un pas important». Mais ils restent vigilants: «Nous attendons les premiers paiements pour juger», confie un délégué.

Cette phase pilote est imminente. Les équipes de la CADECO sont déjà à pied d’œuvre pour l’identification biométrique des agents, l’ouverture des comptes et le déploiement des agents payeurs mobiles. Le Comité de suivi de la paie aura la charge d’établir les priorités et d’accompagner le déploiement, en commençant par les territoires où la CADECO est déjà opérationnelle: Maï-Ndombe, Tshuapa, Mongala, Haut-Lomami, Lomami. La première évaluation est prévue dans trois mois. Si le test est concluant, le gouvernement promet une généralisation à l’ensemble des territoires enclavés du pays d’ici 2027. L’enjeu: réduire les frais de transfert, limiter les détournements, redonner de la dignité à des agents oubliés et favoriser l’épargne ainsi que le crédit.

Rapprocher la paie de l’agent, c’est aussi rapprocher l’État de celui qui le sert. L’objectif est concret: faire en sorte que la distance entre le lieu d’affectation d’un agent public et l’agence bancaire ne soit plus un obstacle à l’exercice de son droit au salaire.

Tino Mabada

Doyen de la rédaction, Tino Mabada en est également le couteau suisse. Attaché à la rigueur journalistique, il suit avec une attention particulière les enjeux liés à la gouvernance, à la justice et à la vie publique. À travers ses reportages et ses analyses, il s'attache à fournir une information claire, contextualisée et fiable, contribuant ainsi à la mission d'AfricaNews : offrir une information crédible, vérifiée et sans filtre.

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