
À l’occasion de l’exercice de redevabilité marquant la première année du gouvernement Suminwa II, le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, a livré, devant la presse, le bilan d’une année qu’il veut offensive. Son discours s’arrime à la vision affichée par le président Félix Tshisekedi: bâtir une économie plus productive, créatrice d’emplois et mieux intégrée aux marchés régionaux et mondiaux.
17 produits sous mesures de sauvegarde
Le premier axe est la protection de l’industrie locale contre le dumping. Le ministre revendique 17 produits fabriqués en République Démocratique du Congo désormais couverts par des mesures de sauvegarde conformes aux règles de l’Organisation mondiale du commerce -OMC.
Ciment, carreaux et faïences, câbles électriques, charbon destiné au secteur minier: lorsque la production nationale est jugée suffisante, les importations sont limitées.
Objectif: préserver les emplois, soutenir les entreprises locales et contenir la sortie de devises. Une mécanique qui, souligne le ministre, mobilise tout l’appareil de l’État: douanes, Office congolais de contrôle -OCC-, forces de sécurité. Dans la même logique, une mission conjointe avec le ministère de l’Économie a été conduite en provinces pour évaluer la protection des minoteries et relancer la farine de maïs locale.
Autre jalon présenté comme majeur: la ratification en 2025 de l’Accord sur la facilitation des échanges de l’OMC. Après adoption en Conseil des ministres, vote au Parlement et promulgation par le chef de l’État, les instruments ont été déposés à Genève. Kinshasa entend moderniser ses procédures et améliorer la fluidité des échanges.
Le petit commerce réservé aux Congolais
Sur le front intérieur, Paluku a détaillé le décret signé fin mars 2026 par la Première ministre. Le texte clarifie et réserve le petit commerce aux seuls nationaux. Les activités nécessitant de lourds investissements -supermarchés, hypermarchés, hôtellerie, vente de véhicules neufs- restent ouvertes aux étrangers.
Échéance fixée: le 30 septembre pour une application stricte. Des opérations d’identification ont déjà été menées dans les 24 communes de Kinshasa avec l’appui de la Police nationale congolaise. Le ministère dit disposer désormais d’une base de données des opérateurs: adresses, documents, localisations.
AGOA, Émirats, Royaume-Uni: la diplomatie des marchés
Le second volet est la conquête de l’extérieur. Le ministre met en avant trois avancées. D’abord, la réadmission de la République Démocratique du Congo à l’AGOA, le régime commercial américain exemptant de droits de douane. Les exportations vers les États-Unis seraient passées, selon lui, de 280 millions de dollars en 2020 à 1,2 milliard de dollars en 2026. Ensuite, la signature d’un Accord de partenariat économique global avec les Émirats arabes unis, ouvrant l’accès à près de 6 000 produits congolais au marché émirati. Enfin, un accord commercial avec le Royaume-Uni post-Brexit, garantissant un accès préférentiel sans droits de douane. Pour les petits commerçants transfrontaliers, le gouvernement a activé le Régime commercial simplifié -RECOS. Arrêté interministériel avec les Finances à l’appui: exonération de droits pour les marchandises n’excédant pas 500 dollars. Opérationnel avec le Burundi et l’Ouganda, en cours d’extension vers la Zambie. À Kasumbalesa, principal poste frontalier avec la Zambie, Paluku annonce la suppression progressive des pratiques frauduleuses dites «Bilanga» et «Bambaro», sources de pertes fiscales et de risques pour les usagers.
ZLECAf et dédollarisation partielle
En tant que coordonnateur gouvernemental de la Zone de libre-échange continentale africaine -ZLECAF-, le ministre rappelle la trajectoire: 10 % de réduction des droits de douane par an intégrés dans la loi de finances, jusqu’à la suppression totale à l’horizon 2035, sur dix ans. Kinshasa négocie également l’accueil d’un système panafricain de paiement permettant de commercer en monnaies nationales sans recourir systématiquement au dollar américain. Pour transformer ces ouvertures en opportunités, le ministère organise des matinées pédagogiques avec la Fédération des entreprises du Congo -FEC- et publie les mercuriales des prix internationaux. Cacao, soja, piment: le ministre invite les producteurs à investir les filières d’exportation à forte demande mondiale.
OCC: laboratoires et QR code
Dernier chantier: la modernisation de l’OCC. De nouveaux laboratoires ont été construits à Kalemie, Lubumbashi, Matadi et Kinshasa. Dans les prochaines semaines, un système national de QR code doit permettre à tout consommateur de vérifier depuis son téléphone si un produit, notamment un médicament, a été contrôlé et certifié, et de signaler les produits non conformes.
Au terme de l’exercice, Julien Paluku a résumé sa doctrine: faire du commerce extérieur un levier de transformation économique, au service de l’industrie locale, de la protection du consommateur et du positionnement durable de la République Démocratique du Congo sur les marchés régionaux et internationaux.
Natine K.
