
Il n’arrête plus de révéler l’immensité de son talent. Conseiller spécial de Moïse Katumbi, Salomon Kalonda Della s’est imposé comme tribun lors des tournées d’implantation d’Ensemble pour la République à l’Est du pays entre 2022 et 2023. Il s’est confirmé comme un véritable leader politique en engrangeant plus de 20 sièges à la députation nationale de 2018. Il s’est confirmé comme une machine en se faisant élire coup sur coup député provincial à Kindu, dans le Maniema, et sénateur dans le Haut-Katanga, alors même qu’il croupissait à la prison militaire de Ndolo. Le 11 juillet, au Parlement éthiopien, il a encore frappé fort. Invité au Forum parlementaire sur le renseignement et la sécurité, le sénateur de la République Démocratique du Congo a choisi «l’intégrité électorale et la démocratie en Afrique» pour livrer l’une de ses interventions les plus remarquées.
Une vérité qui dérange
Dès l’entame, le ton est donné. «Permettez-moi de commencer par une vérité qui dérange», lance-t-il devant la centaine de parlementaires africains, américains et européens présents dans la salle. «En Afrique, des hommes et des femmes risquent leur vie pour voter. Ils font des kilomètres à pied. Ils bravent la pluie, la chaleur, les menaces. Et à la fin? Le résultat ne reflète pas leur choix». Pour Salomon Kalonda, la République Démocratique du Congo est l’archétype de ce paradoxe. «Un pays qui a tout: des ressources, du potentiel, un peuple résilient. Mais qui peine encore à transformer ses ressources en véritables richesses pour sa population; et encore moins à transformer un vote libre en pouvoir réel».
Renseignement, fraude et silence international: le diagnostic
Le sénateur pose d’abord le cadre: le lien entre services de renseignement et élections. «Un renseignement sans contrôle démocratique, au service du pouvoir, est une arme contre la démocratie. Un renseignement sous contrôle démocratique, au service de la population, est un bouclier pour la démocratie». Puis il déroule son diagnostic en quatre fronts. Premier front: les faiblesses structurelles. «L’arbitre est aussi le joueur» quand le ministère de l’Intérieur organise les scrutins.
Deuxième front: «le silence coupable de la communauté internationale». Et il vise directement Kinshasa: «Un processus de changement constitutionnel est en cours. Un processus visant à permettre au Président actuel un troisième mandat que la constitution ne permet pas». Bilan: répression sanglante. «Ce silence n’est pas de la neutralité. C’est de la complicité». C’est là qu’il pose sa formule la plus reprise dans la salle: l’Afrique vit «deux formes de coups d’État». Le militaire, «brutal, visible», sanctionné. Et le constitutionnel, «plus sophistiqué, plus sournois», qui se pare des habits de la légalité. «Deux visages du même mal: la confiscation du pouvoir souverain du peuple». Troisième front: la fraude par élimination. «On utilise les juridictions électorales comme armes politiques. On invalide les candidats les plus populaires». Quatrième front: «le verrouillage numérique». Couper internet le jour des résultats, «ce n’est pas une mesure de sécurité. C’est un aveu».
Quatre propositions pour «réparer»
Mais Salomon Kalonda ne se contente pas de dénoncer. Il propose. Créer une cellule africaine de veille électorale. Investir dans une souveraineté numérique avec serveurs hébergés en Afrique. Imposer des audits transparents avec opposition et société civile. Et instaurer un protocole parlementaire d’observation pré-électorale.Dans sa conclusion, il interpelle directement les partenaires. Aux Américains et Européens: «Votre intérêt, c’est que la démocratie soit effective en Afrique. Car là où il y a démocratie, il y a stabilité». Pointe à peine voilée sur le secteur minier de la République Démocratique du Congo: «Vous êtes défavorisés car vous ne jouez pas à armes égales. C’est le cas aujourd’hui hélas dans le secteur minier en RDC».
Le stratège devenu voix
De l’ombre des états-majors à la lumière des parlements, le parcours est complet. En 15 minutes, Salomon Kalonda a transformé un forum technique sur le renseignement en tribune politique sur l’avenir démocratique du continent.
«La démocratie n’est pas un luxe occidental. C’est un droit universel», a-t-il conclu. À Addis comme à Kindu ou à Lubumbashi, le message est passé: le conseiller spécial de Katumbi n’est plus seulement un stratège. Il est devenu une voix qui compte. Dans la capitale éthiopienne, il a fait grande impression.
KISUNGU KAS


