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Télécoms: le prix plancher, un bluff?

Oscarb Manikunda pose avec le SG de l'UIT, Hamadoun
Oscarb Manikunda pose avec le SG de l’UIT, Hamadoun
Dumping des opérateurs considérés comme majors sur le marché, complicité et clientélisme du régulateur…le secteur des télécommunications en RD-Congo est en proie à une concurrence déloyale et une injustice qui dépasse tout entendement
Notifiée aux opérateurs des télécommunications depuis le 25 septembre 2013, la décision N°068/ARPTC/CLG/2013 du Collège de l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications du Congo portant encadrement des tarifs de détail voix applicables par exploitants des réseaux et services de télécommunications ouverts au public en RD- Congo, souffre sérieusement de sa mise en œuvre.
Presque tous les opérateurs -excepté Africell qui l’avait officiellement attaqué parce que non conforme aux lois de la République-, boudent en sourdine soit font le dumping. Le régulateur est impuissant, complaisant, complice, incapable de prendre une moindre décision que ce soit. Sur le marché, c’est la loi du plus fort qui règne! Les experts du secteur affirment aujourd’hui haut et fort que la mesure de l’ARPTC n’était qu’une excuse pour justifier le refus d’interconnexion à un autre opérateur, le dernier à arriver sur le marché. Décryptage!
Le secteur des télécoms ressemble aujourd’hui à une jungle, un terrain favorable au règlement des comptes. Clientélisme, mercantilisme, diabolisation, démonétisation… toutes ces pratiques ont malheureusement élu domicile dans ce secteur, pourtant vital pour le développement de la RD-Congo. Certains majors des télécoms se croient même tout permis, se comportant en territoire conquis. L’ARPTC étant devenue leur caisse de résonance. Ils savent quoi demander, quand le faire et comment l’obtenir, même si cela va à l’encontre des lois de la République.
Pitoyable! Au terme de la décision N°067/ARPTC/CLG/2013 du 25 septembre 2013, pour la période allant de 2013 à 2014, en intra réseau, -pendant les heures chargées et les jours ouvrables-, la minute de communication devait coûter 10 cents. Pendant les heures creuses, soit de 21h00’ à 5h59’, et les jours fériés, la minute devait revenir à 0,05 cents. Hélas! Sur le terrain, rien de tout ça! A chaque opérateur son petit prix. Tout le monde voit et tout le monde laisse faire. Statutairement, seule l’ARPTC, géniteur de cette décision, est en mesure de la faire respecter. Pas quelqu’un d’autre!
Ce que font les opérateurs…
Soit, la mesure été tout simplement prise pour empêcher l’un des concurrents à avoir l’interconnexion, soit c’est l’Etat RD-Congolais qui se fait arnaquer avec la bénédiction du régulateur. Ce sont les deux cas de figure possible. De tous les opérateurs, c’est Orange RD-Congo, le champion en coulage. Rien qu’avec 200 cents, soit USD 2, un abonné peut se taper 125 minutes de communication en intra réseau et 10 minutes en inter réseau. C’est qui donne une moyenne arithmétique de 1,4 cents par minute de communication. C’est complètement fou! Personne ne dit mot. Tout le monde laisse faire. Orange n’est pas le seul! Juste derrière, c’est Airtel. Avec 10 unités, un abonné Airtel peut s’offrir 5 minutes de communication en intra réseau, sans compter les textos et autres avantages internet. Ça s’appelle «Suka na Kakato»! Oui, un Kakato en pleine tête de la République.
Tigo qui au départ n’avait pas voulu du prix plancher tel que fixer aujourd’hui par l’ARPTC, fait exploser son «Allô na Allô!». Il s’en félicite même. Partout à travers la ville, sur des calicots et autres supports mass-médias, le message est clair: «Allô na Allô est de retour». Vodacom Congo n’est pas en reste! Comme tous les autres, il maintient aussi la cadence. Avec 100 Unités, l’abonné a 20 minutes de communication en intra réseau, soit une moyenne de 5 unités par minute. Que du bonheur! Mais pendant ce temps, un autre opérateur puni soit disant pour non respect du prix plancher, se voit refusé l’interconnexion aux autres réseaux. Injuste! Les exemples sont légions. Aucun des opérateurs ne respectent les tarifs tels que fixés par l’ARPTC.
Pire, la pratique du prix plancher est illégale et est contraire aux lois de la République. Contraire même aux recommandations de l’Union internationale des télécommunications -UIT. Des sources bien renseignées affirment que le ministre ayant en sa charge les télécommunications aurait demandé l’interprétation de la Cour suprême de justice sur la constitutionalité de cette mesure. En fait, partout au monde, des Organisations professionnelles et publiques se battent pour un accès universel aux services des télécommunications. Ce qui implique la promotion de la compétitivité entre les opérateurs du secteur des télécommunications.
En RD-Congo, la loi-cadre sur les télécoms et mêmes les cahiers des charges des exploitants des réseaux ouverts au public permettent aux opérateurs de fixer librement les prix des services des télécommunications, mais tout en tenant compte du pouvoir d’achat de la population. Dans ces conditions, soit l’ARPTC doit endurcir le ton pour tout le monde, soit ouvrir le marché et faciliter l’interconnexion aux nouveaux venus tels que le stipule la Décision N°016/ARPTC/CLG/2006 du Collège de l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications du Congo portant définition des principes d’interconnexion.
YA KAKESA

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