
Un collectif d’écrivains d’intellectuels et d’acteurs du monde culturel RD-congolais a signé une pétition, mardi 22 avril dernier, pour demander au gouvernement RD-congolais d’organiser des obsèques nationales en l’honneur du philosophe et intellectuel RD-congolais, le Professeur Valentin-Yves Mudimbe, décédé dans la nuit du lundi 21 au mardi 22 avril à l’âge de 83 ans, en Caroline du Nord, aux États-Unis d’Amérique. Les initiateurs de cette démarche ont réclamé des obsèques à la hauteur de l’héritage laissé par ce géant de la littérature africaine.
«Nous, écrivains, intellectuels et acteurs du monde culturel RD-congolais, profondément attristés par la disparition de l’illustre écrivain, le Patriarche Valentin-Yves Mudimbe, en ce jour du 22 avril 2025 aux USA, lançons cette pétition pour solliciter du gouvernement de la République démocratique du Congo l’organisation des obsèques nationales à la hauteur de son immense contribution à la littérature, à la pensée et au rayonnement culturel de notre nation, de l’Afrique et du monde entier. Son œuvre, abondante et diversifiée, a éclairé nos consciences, enrichi notre patrimoine et inspiré des générations», a-t-on lu dans ce document. Et de marteler: «il est impératif que la nation RD-congolaise lui rende un hommage solennel».
Selon eux, rendre à Mudimbe les honneurs dus à son rang, c’est affirmer haut et fort la place de la culture dans le projet national, et reconnaître le rôle crucial des intellectuels dans la construction d’une identité collective. De la même manière que le gouvernement RD-congolais honore les figures emblématiques de la politique, de l’armée ou encore du sport, les têtes bien pensantes de la RD-Congo lui prient de faire autant pour ce patriarche de la culture africaine.
Autrement dit, de prendre toutes les dispositions nécessaires afin que la nation toute entière puisse saluer la mémoire de cet homme d’exception. Ils ont plaidé également pour une décoration posthume, symbolique reconnaissance d’un parcours intellectuel et artistique sans égal.
Né le 8 décembre 1941 à Likasi, dans l’actuelle République démocratique du Congo, Mudimbe grandit dans un environnement catholique strict, se formant d’abord à la prêtrise avant d’abandonner cette voie en 1962. Il poursuit alors des études de Philosophie à l’Université de Louvain, où il obtient un doctorat en 1970. De retour au pays, il enseigne à l’Université nationale du Zaïre -Lubumbashi- et devient une figure intellectuelle centrale à travers des revues et les éditions du Mont-Noir. En 1979, fuyant le régime de Mobutu, il prend le chemin de l’exil. Il vivra en Europe, puis s’installera durablement aux États-Unis où il enseignera notamment à Stanford.
The Invention of Africa -1988-, son essai phare, déconstruit les discours produits par les missionnaires, anthropologues et explorateurs européens, en montrant comment ceux-ci ont fabriqué une image de l’Afrique comme altérité radicale. C’est dans ce cadre qu’il forge le concept de «bibliothèque coloniale». Ironie de l’histoire, The Invention of Africa, incontournable dans les universités anglophones depuis sa publication, n’a été traduit en français qu’en 2021. Mamadou Diouf, Professeur à Columbia et directeur de la collection qui l’a publié, le rappelait: «Il n’y a pas un étudiant en études africaines qui ne l’ait lu». Valentin-Yves Mudimbe laisse une œuvre qui continue de nourrir les débats sur la décolonisation du savoir, et l’autonomie intellectuelle du continent africain.
Hénoc AKANO
