
Trente-huit ans après avoir quitté le pouvoir et vingt-huit ans après sa mort en exil, Mobutu Sese Seko refait surface à Kinshasa, le temps d’une exposition au Musée national de la RD-Congo. Pour marquer le coup, la date du 16 octobre a été choisie comme point de départ de cette exposition de deux semaines. Mardi 14 octobre, jour de naissance de Joseph-Désiré Mobutu en 1930, les organisateurs ont annoncé les grandes lignes de ce grand événement, baptisé «Mobutu: une vie, un destin».
Jusqu’au 30 octobre, les visiteurs sont invités à revisiter l’itinéraire hors du commun de celui qui régna sur la RD-Congo, alors Zaïre, pendant 32 ans. Pendant deux semaines, le Musée national, principale antre de la mémoire collective RD-congolaise, sera le théâtre d’une plongée immersive dans une époque contrastée, celle du Zaïre triomphant et de la désillusion.
Entre photographies rares, objets personnels et documents inédits, l’exposition retracera le parcours du soldat devenu Président, du héros nationaliste au dirigeant controversé. «Cet événement majeur propose une relecture nuancée et documentée de la vie, du règne et de l’héritage du maréchal Mobutu Sese Seko», ont souligné les organisateurs. Au-delà d’être une simple rétrospective, cette exposition se veut surtout un espace de «mémoire collective et de réflexion» pour tous les RD-Congolais, principalement les jeunes, pour qui l’ancien Chef d’État demeure un mythe méconnu. L’objectif ultime est de raviver «un devoir de mémoire pour construire l’avenir».
Né le 14 octobre 1930 à Lisala, Joseph-Désiré Mobutu s’est imposé très jeune comme un personnage ambitieux et habile. Ancien sergent de la Force publique, il gravit les échelons du pouvoir au lendemain de l’indépendance du Congo en 1960. Journaliste à ses débuts, il devient rapidement un homme fort du nouvel État, profitant des crises politiques qui secouent la jeune République pour s’emparer du pouvoir en novembre 1965. Dès lors, il installe un régime centralisé, incarné par le Mouvement populaire de la révolution -MPR-, parti unique dont il est le fondateur et le guide incontesté. Sous son règne, le pays prend le nom de Zaïre, symbole d’un retour à l’«authenticité» africaine. Mobutu bannit les prénoms européens, change les toponymes et impose le port de l’abacost comme marque identitaire. Le maréchal se présente en père de la nation, protecteur du peuple et artisan d’une unité nationale, jusqu’au début des années 1990 et l’ère Perestroïka, qui apporte son vent de démocratisation au Zaïre.
En 1997, il est finalement évincé du pouvoir par un coup d’État et est contraint à l’exil au Maroc, où il meurt quelques mois plus tard, le 7 septembre. Vingt-huit ans après sa disparition, la figure du maréchal continue de hanter la mémoire collective RD-congolaise. Certains le regrettent pour la stabilité qu’il incarnait, d’autres le condamnent pour la dérive autoritaire et la dilapidation du patrimoine national. Loin de vouloir trancher, l’exposition du Musée national vise à éclairer, en posant un regard documenté et apaisé sur un passé encore sensible, invitant à comprendre plutôt qu’à juger.
«Mobutu: une vie, un destin» est, pour ses initiateurs, un geste de maturité culturelle. En choisissant d’ouvrir ses portes le jour anniversaire de l’ancien Président, le Musée national rappelle que l’histoire ne s’efface pas: elle se regarde en face, avec ses ombres et ses éclats.
WIDAL

