
Né Charles Ndombasi, l’artiste musicien et pasteur évangélique RD-congolais Carlyto Lassa a tiré sa révérence lundi 31 août 2026 à Cincinnati, aux États-Unis, à l’âge de 65 ans. Si les circonstances de sa mort n’ont pas encore été établies, les premiers échos font état d’une crise cardiaque. Des images devenues virales à la suite de l’annonce de son décès le montrent en pleine forme lors d’un culte évangélique la veille. Cette disparition met fin à une trajectoire singulière, commencée dans la musique populaire RD-congolaise et achevée dans le gospel et le ministère pastoral. Entre les deux virages, il y aura eu «Maya», les Choc Stars, la France, des albums et, au début des années 2000, un choix qui allait changer le cours de sa carrière quand il décide de quitter la chanson profane pour consacrer sa voix à Dieu.
«Maya», le déclic d’une carrière
Avant d’être pasteur, Carlyto Lassa était une voix de la rumba RD-congolaise. Né le 15 janvier 1961 dans l’actuelle province du Kongo-Central, il grandit notamment à Kinshasa. Jeune, Charles n’est pas fan de musique. À Matadi, il travaille comme tailleur. Sa voix finit cependant par l’éloigner de l’atelier. Dans les années 1980, il entre dans l’univers du TP OK Jazz, l’orchestre fondé par Franco Luambo Makiadi. Il évolue notamment dans le sillage de Lutumba Simaro et de Papa Noël Nedulé.
En 1985, il interpète «Maya», une composition de Lutumba Simaro. Dès sa sortie, la chanson devient emblématique, au point de s’ériger, quelques années plus tard, en véritable monument de la musique RD-congolaise. Portée par la voix mélancolique et limpide de Carlyto Lassa, le tube raconte une histoire d’amour poignante et reste le titre le plus célèbre associé à son nom. L’année suivante, Carlyto claque pourtant la porte de la franchise de Franco pour rejoindre les Choc Stars. Il y retrouve une génération de musiciens tels que Bozi Boziana, Debaba, Defao, Djuna Djanana ou encore Roxy Tshimpaka. Chanteur mais aussi auteur-compositeur, il participe à la vie de l’orchestre et contribue à son essor dans le paysage musical RD-congolais.
«Makolo ya Masiya», préfiguration de sa conversion
Dans les années 1990, il s’installe en France, où il poursuit sa carrière et sort, en 1996 «Africa na Moto». L’album comprend notamment «Makolo ya Masiya», autre titre associé à son parcours. La chanson marque la frontière textuelle et spirituelle de l’artiste. Sur une rumba mélancolique sublimée par le timbre de la «voix d’or» de Carlyto et les chœurs d’Abby Surya, la chanson raconte l’histoire d’une femme profondément blessée. Son compagnon, Kinsala, l’a abandonnée pour une autre femme par pur matérialisme -l’opulence et l’argent. Face à cette trahison amoureuse destructrice, la femme compare sa douleur intime à la souffrance extrême de Jésus-Christ cloué sur la croix. Elle exprime son chagrin en affirmant qu’elle s’en remet désormais à la justice divine, au pied du Messie.
Plus qu’une chanson, ce tube parait comme la transition parfaite dans la vie de Carlyto qui prend une direction inattendue au début des années 2000, quand il se tourne vers le christianisme. Il abandonne progressivement la chanson profane et se consacre au ministère pastoral et au gospel. En 2001 il sort son premier album gospel intitulé «La Reconnaissance». Le changement est radical, mais sa voix demeure. Celle qui avait accompagné la rumba se met désormais au service du chant religieux. Son passé de chanteur populaire ne disparaît pas et devient même une composante de son identité de chantre.
Carlyto Lassa aura ainsi connu deux carrières dans une seule vie. D’abord celle du chanteur de rumba et celle du pasteur évangéliste. Pour son dernier passage à Kinshasa, Carlyto Lassa a été l’invité de Radio Okapi dans l’émission «Le Grand Témoin», en juin 2026. Parti, Carlyto Lassa laisse derrière lui une œuvre qui traverse deux univers de la musique RD-congolaise. Peut-être l’un des rares à avoir brillé de mille feux sur les deux scènes. Pour les amateurs de rumba, il restera notamment le chanteur révélé par «Maya» et associé aux Choc Stars. Pour les fidèles qui l’ont connu dans sa seconde vie artistique, il restera le pasteur et chantre qui avait décidé de mettre son talent au service de sa foi.
WIDAL

