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RDC: les Wazalendo du Nord-Kivu s’arrogent le droit de censurer le contrôle parlementaire pour faire bouclier autour de Nzangi

Inimaginable. La scène résume toutes les ambiguïtés du conflit qui perdure dans l’Est de la République Démocratique du Congo. En plein champ, sous un ciel bleu du Nord-Kivu, une quinzaine d’hommes en treillis, bottes en caoutchouc vertes et bleues, kalachnikovs en bandoulière, bandes de mitrailleuse croisées sur le torse, posent devant trois mortiers de 60 mm. Au centre, un homme en gilet pare-balles lit une déclaration politique. Autour de lui, non pas seulement des combattants, mais des hommes en civil qui filment la scène avec des caméras sur trépied. Le groupe se présente comme les «Volontaires pour la défense de la patrie, VDP Wazalendo du Nord-Kivu». L’objet de leur communiqué n’est pas une opération militaire contre le FRN/M23 et les RDF, mais la défense d’un membre du gouvernement à Kinshasa: Muhindo Nzangi Butondo, ministre d’État en charge de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire.

Dans la vidéo de 2 minutes 50 décryptée, les Wazalendo annoncent «condamner la motion de défiance» initiée à l’Assemblée nationale contre le ministre. Le cas est sérieux. À la Chambre, une dizaine de députés accusent Muhindo Nzangi de détournement présumé de 57 millions de dollars américains. Des fonds alloués par la Banque africaine de développement -BAD- pour financer des projets de jeunes entrepreneurs dans l’agroalimentaire. Le contrôle parlementaire ne repose pas sur une rumeur. Il s’appuie sur un fait indéniable: un courrier de fin 2025 attribué au Directeur de cabinet du Chef de l’État demandant des comptes à Muhindo Nzangi, et lui donnant des injonctions strictes à ce sujet, après une dénonciation faite par le Coordonnateur du PEJAB. A l’issue du premier acte, le ministre a fourni des réponses jugées peu convaincantes par les élus. Mais pour les Wazalendo, la démarche parlementaire est illégitime pour quatre raisons.

Premièrement, la chronologie. «En quoi un financement datant de 2016 sous Joseph Kabila Kabange peut engager la responsabilité de Son Excellence qui n’a que moins de deux ans à la tête de ce ministère?», interroge le porte-parole. L’argument est factuel: les projets incriminés appartiendraient, selon eux, au programme PEJAB, ancien, et non à la gestion actuelle. Deuxièmement, la personnalité de l’accusé. Muhindo Nzangi est présenté non comme un gestionnaire, mais comme «un acteur politique en première ligne dans la mobilisation des jeunes Congolais contre la guerre d’agression». Ancien militant de la Lucha à Beni, élu du Nord-Kivu, il a été l’un des rares ministres à se rendre régulièrement au front, aux côtés des forces loyalistes.

Troisièmement, la coïncidence. Le mouvement relève une «curieuse chronologie»: la motion aurait été annoncée «4 à 8 heures avant» son dépôt officiel par la cellule de communication du «Front pour la refondation de la Nation», et largement relayée par «les chaînes de la propagande de l’armée rwandaise». Pour les Wazalendo, la démarche serait instrumentalisée de l’extérieur pour abattre un ministre patriote. «Pourquoi cette motion est médiatisée préalablement par les médias de propagande de l’armée numérique rwandaise qui se félicite, comme si la messe était déjà dite, en violation de son droit le plus légitime: la présomption d’innocence?», s’indigne le porte-parole. Ce dernier ne fait en revanche aucun commentaire sur les conséquences tirées par la députée Hermione Bolumbe en conclusion de sa question orale avec débat, annonçant le dépôt imminent d’une motion de défiance contre le ministre de l’Agriculture.

Quatrièmement, la mise en garde. Sans le dire explicitement, le groupe «met en garde les députés nationaux signataires». Dans le contexte kivutien, où les Wazalendo combattent aujourd’hui aux côtés de l’armée sur plusieurs lignes de front et contrôlent des pans entiers de territoire, la phrase est à souligner au marqueur. Et c’est là que réside tout le paradoxe. Depuis 2022, les Wazalendo ont été érigés par l’État en «Volontaires pour la défense de la patrie». Une réserve patriotique mobilisée pour contenir l’avancée de l’AFC/M23 et des RDF. Des groupes d’autodéfense qui combattent aux côtés des FARDC pour défendre la patrie. Mais aujourd’hui, ce groupe armé s’arroge le droit de censurer le contrôle parlementaire, pilier de la démocratie. Un groupe armé peut-il voler au secours d’un membre du gouvernement contre l’Assemblée nationale? La question, pertinente, s’impose désormais.

Faut-il comprendre que Muhindo Nzangi serait devenu un roitelet au sein du gouvernement, doté d’immunités spéciales parce que soutenu par des hommes en armes, et donc intouchable par la Représentation nationale? Faut-il admettre qu’un ministre puisse être protégé non par son bilan, mais par la capacité de nuisance de ceux qui le défendent depuis le front? Et que reste-t-il du principe sacré de la séparation des pouvoirs si une motion de défiance, acte souverain du Parlement, peut être annulée dans une clairière du Nord-Kivu devant trois mortiers?

L’épisode révèle une dérive inquiétante: la militarisation du débat politique à Kinshasa par les acteurs du conflit à l’Est. Le contrôle parlementaire, même instrumentalisé, même maladroit, reste un droit constitutionnel. Le règlement intérieur de la Chambre prévoit des mécanismes pour le faire prospérer ou le stopper. Sa condamnation par un groupe armé, fût-il pro-gouvernemental et combattant aux côtés de l’armée républicaine, s’apparente à une intimidation, un vil chantage. Difficile de savoir qui contrôle qui et qui est vraiment à sa place.

AfricaNews

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