
Le député Antoine Bushabu Bope adresse une question orale au ministre d’État en charge de la Justice. Au cœur du dossier: une procuration signée le 11 août 2025 par Jean Lucien Bussa Tongba, 4 jours après sa permutation. Résultat: 66.733 actions de l’État, soit 23,83% de PHC SA, sorties du portefeuille public. Judith Suminwa exige un audit. Guillaume Ngefa Atondoko doit répondre à l’Assemblée nationale.
La lettre du 3 avril 2026 fait l’effet d’une bombe. Signée Kalaa Mpinga Katema, elle dénonce noir sur blanc un «désengagement suspect» de l’État congolais dans PHC SA, Plantations et Huileries du Congo. Le chiffre fait mal: 66.733 actions de catégorie B, soit 23,83% du capital social, ne seraient plus au portefeuille public. Une hémorragie financière révélée par les réseaux sociaux, reprise dpar la Représentation nationale, et qui atterrit désormais sur le bureau du ministre de la Justice.
L’attaque se concentre sur une date et une signature. Le 11 août 2025, l’État congolais délègue William Bolima Bolitshi à l’Assemblée Générale Extraordinaire de PHC. Son arme: la procuration spéciale n°0870/MINPF/MTM/JLB/2025, remise par Jean Lucien Bussa Tongba, alors ministre du Portefeuille. Sauf que ce 11 août, Bussa Tongba n’est plus ministre du Portefeuille. Permuté depuis le 7 août 2025 par l’Ordonnance n°25/247 portant nomination du Gouvernement Suminwa II, il a rejoint l’Aménagement du Territoire. Le député Antoine Bushabu Bope parle de «fraude et irrégularité flagrante». En cause: l’article 6 alinéa 4 de l’Ordonnance n°24/88 du 11 novembre 2024 qui interdit tout acte de disposition pendant la période de transition gouvernementale. Une procuration signée hors mandat, pour un acte qui vide l’État de près d’un quart de PHC.
L’affaire remonte jusqu’à la Primature. Le 11 avril 2026, Judith Suminwa adresse au Garde des Sceaux la lettre N°CAB/PM/DIRCAB/OVR/2026/846. Trois injonctions, zéro ambiguïté: sécuriser la situation et prendre toutes mesures conservatoires pour geler les actions concernées; clarifier les faits via un audit judiciaire et financier pour identifier les responsabilités; agir en engageant les poursuites appropriées sur base des conclusions. L’État actionnaire doit être protégé. Le Trésor public aussi. La crédibilité du portefeuille public est en jeu.
Guillaume Ngefa Atondoko est désormais attendu à la barre. Nommé ministre de la Justice après la démission de Constant Mutamba en juin 2025, il hérite donc du dossier. Dans sa question orale avec débat, le député national Antoine Bushabu Bope lui pose quatre questions: l’enquête recommandée par la Première Ministre a-t-elle été ouverte et le rapport transmis? Quelles mesures conservatoires concrètes son ministère a-t-il prises pour préserver les intérêts de l’État? L’État a-t-il été informé, avant l’AGE du 11 août 2025, des conditions de cession de ses actions? Et question clé: la cession des actions de l’État dans une société de portefeuille relève-t-elle d’un acte de gestion courante ou d’un acte de disposition? La réponse juridique change tout. Le premier acte passe. Le second exige l’aval du Conseil des ministres.
Aller au contenu PDFEntre la dénonciation de Kalaa Mpinga, la procuration signée par Bussa Tongba 4 jours après sa permutation, et les 23,83% de PHC volatilisés, Guillaume Ngefa Atondoko hérite d’un dossier explosif. L’Assemblée nationale veut des éclaircissements. L’opinion exige des comptes. Car au-delà des procédures, la question est brute: qui a le droit de vendre l’État à l’insu de l’État ? Réponse du camp Bussa rapportée par les médias: «Il n’y aurait pas eu bradage. Il s’agirait d’une recapitalisation. L’Etat, faute de moyens budgétaires, n’aurait pas suivi l’opération. Le désengagement serait donc une conséquence financière, pas une manœuvre». L’affaire, elle, fait grand bruit et l’auteur de la procuration hors mandat risque gros.
Natine K.


