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Mgr Fulgence Muteba éclaire l’opinion sur le financement de la tournée CENCO-ECC

Dans une interview accordée à «Jeune Afrique», Mgr Fulgence Muteba a longuement parlé du Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble en RD-Congo et sur l’ensemble de la sous-région des Grands lacs porté par l’Eglise catholique à travers la Conférence épiscopale nationale du Congo -CENCO- et l’Eglise du Christ au Congo -ECC. Le financement des différentes missions effectuées à travers le monde dans le cadre des consultations menées auprès des parties prenantes dans la résolution de la crise qui secoue le pays, a été clairement élucidé par Mgr président de la CENCO. Fulgence Muteba a également répondu aux critiques auxquelles le tandem CENCO-ECC fait face actuellement.

A la question de savoir comment se déroule la tournée de la CENCO-ECC au niveau des États-Unis d’Amérique, Mgr Fulgence Muteba a fait savoir que cette tournée se déroule bien. Très bien même. «Les personnalités que nous avons rencontrées, notamment le Secrétaire général des Nations unies se sont montrées très attentives à notre démarche. Nous avons également échangé avec des membres du Congrès américain, des représentants du Département d’État, et des responsables d’organisations engagées auprès de la RD-Congo. Même à l’Université George-Washington, nous avons eu l’occasion de présenter notre projet de paix», a indiqué Mgr Muteba. 

Pour lui, si la situation sur le terrain se stabilise, de grandes avancées sont possibles. Le président de la CENCO a également parlé de la philosophie de leur démarche. «Nous sommes convaincus qu’une paix durable ne peut être construite que sur une base solide de dialogue -un dialogue sincère entre RD-Congolais, mais aussi entre la RD-Congo et ses voisins. Cela suppose de mettre de côté les questions qui alimentent les conflits depuis plus de trente ans».

Au point de savoir ce qu’il pense des consultations lancées par le Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi à travers son Conseiller spécial en matière de sécurité, Mgr Fulgence Muteba a souligné que la CENCO-ECC n’est pas contre l’initiative du Chef de l’Etat. «Nous ne sommes pas contre cette initiative. Mais nous estimons que la crise est beaucoup plus profonde et qu’un gouvernement d’union nationale, à lui seul, ne saurait tout résoudre. D’où notre plaidoyer pour une approche globale et inclusive».

La tournée entreprise par les membres de la CENCO-ECC a été très, longue. Ne voyez-vous pas surtout qu’elle est partie de l’Est de la RD-Congo, du Rwanda, de l’Angola, du Kenya, de l’Europe, de l’Amérique, etc. À ce sujet, l’Archevêque de Lubumbashi a précisé: «Non, c’est une initiative mûrement réfléchie. Il faut écouter tous les partenaires, internes comme externes, pour obtenir un consensus solide. Cela prend du temps, mais c’est nécessaire». A en croire Mgr Fulgence Muteba, la liste des personnes à consulter est encore longue. «Nous envisageons de nous rendre en Afrique australe. Il est capital d’obtenir des garanties de la part de la SADC, afin de résoudre certains blocages», a-t-il martelé.

Quant à certains responsables kinois qui voient d’un mauvais œil leur démarche et si cela ne risque pas d’entraver leur mission, le prélat catholique s’en remet toujours aux propos du Chef de l’Etat qui avait loué leur projet.

«Nous nous en tenons aux propos du Président Tshisekedi, lui-même, qui nous a dit que notre initiative était louable. Quant à ceux qui nous accusent de collusion avec des ennemis de la République, ce sont des allégations sans fondement», a répondu calmement le président de la CENCO. Et de renchérir: «beaucoup de ceux qui critiquent notre démarche, n’ont même pas pris le temps de lire notre feuille de route. Qu’ils le fassent, et ils constateront qu’aucune de ces accusations ne tient».

Abordant des enregistrements audios impliquant les religieux membres de la CENCO-ECC, Mgr Fulgence Muteba est sorti de son silence. «Le Congo est accablé par des crises multiples depuis des décennies. Aujourd’hui, il est presque paralysé. Pour sortir de cette impasse, il faut impérativement dialoguer. Cela implique nécessairement des contacts. Et puis, le Président Tshisekedi n’a-t-il pas lui-même rencontré le Président Kagame à Doha? Des discussions directes avec le M23 n’ont-elles pas été envisagées? Alors que nous reproche-t-on?», s’est-il interrogé. Quant à savoir la pertinence de l’initiative de la CENCO-ECC face aux médiations de Luanda, de Nairobi, ou même du Qatar, Fulgence Muteba reste toujours optimiste.

«Absolument. Notre processus est complémentaire de ceux de Luanda et de Nairobi. Il ne les contredit en rien. Quant à la médiation du Qatar, elle a au moins permis aux acteurs de se parler. Ce qui compte aujourd’hui, c’est de trouver des solutions durables», a-t-il précisé. Et de poursuivre: «nous ne sommes pas là pour attaquer un régime, mais pour empêcher l’effondrement du pays. Ce n’est un secret pour personne: la RD-Congo est dans une situation catastrophique».

Maintenant que la souveraineté du pays est mise à mal avec une partie du territoire national qui est occupée, Mgr Fulgence Muteba qualifie d’anormal la présence d’une armée étrangère sur le sol RD-congolais. «Il n’est pas normal qu’une armée étrangère vienne s’installer sur notre sol, que des milices occupent des zones entières du territoire national. Le niveau de vie de nos populations est indigne. Cela doit cesser!», a fait remarquer l’Archevêque de Lubumbashi.

A ceux qui pensent que le tandem CENCO-ECC travaille pour faire partir le Président Tshisekedi, Mgr Fulgence Muteba a rejeté cette pensée. «Nous ne travaillons au départ de personne, pas plus que nous ne faisons campagne pour l’arrivée de quiconque. Le Pacte social que nous proposons n’a pas cette vocation-là. Relisez notre feuille de route: nulle part nous ne formulons un tel objectif», a clarifié le président de la CENCO. S’il arrivait que demain, le Président de la République retirait son soutien à initiative de la CENCO-ECC, le prélat catholique estime qu’ils se remettre aux évêques et aux pasteurs de deux églises.

«Nous consulterons alors nos pairs: les évêques de la CENCO et les pasteurs de l’ECC. Ensemble, nous trouverons la voie à suivre», a éclairé Mgr Muteba.

Au sujet du financement de leur tournée, il a indiqué que l’Église catholique et l’ECC sont des institutions solides, qui fonctionnent et qui savent mobiliser leurs ressources. Certains États amis ont aussi contribué: l’Angola, le Kenya, l’Ouganda et même le Rwanda. Le Rwanda a estimé que notre initiative allait dans le bon sens. Nous sommes des pasteurs, nous cherchons des solutions. Nous ne jugeons pas les intentions, nous nous concentrons sur les issues possibles pour la paix», a fixé Mgr Muteba qui estime qu’il est temps d’arrêter la guerre pour tout mettre en œuvre en vue de construire la RD-Congo.

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