
C’est l’axe du réveil. Mardi 23 juin, le ministre des ITP, John Banza Lunda, a inspecté le chantier de la route Kananga-Ilebo-Idiofa, un tracé de +600 km voulu par Félix Tshisekedi. L’objectif: reconnecter le cœur du pays, trop longtemps isolé. Car cette route est stratégique. Elle va relier trois provinces: le Kasaï-Central, le Kasaï et le Kwilu, en traversant Demba, Kakenge, Mweka, Katembo, Dibaya Lubwe et Mangai. Un couloir économique qui doit redonner vie à toute la région.
Ilebo, l’ancien poumon à ranimer
«Ilebo a été pendant longtemps une des plaques tournantes de l’économie du pays», rappelle un député du Kasaï-Central. Jadis terminus du chemin de fer et port fluvial majeur sur le Kasaï, Ilebo faisait transiter diamants, produits agricoles et marchandises vers Kinshasa. Mais le chemin de fer ne fonctionnant plus, l’agglomération s’est asphyxiée. «Cette route peut aider au réveil», insiste l’élu. Le bitume doit remplacer les rails et rendre à Ilebo son rôle de carrefour national.
Un double flux économique
Car chaque territoire traversé porte une richesse endormie, faute de route. À Demba, premier verrou après Kananga, les terres sont fertiles. Maïs, manioc, arachide: c’est un grenier agricole qui n’attend que des débouchés pour écouler sa production. Plus loin, Kakenge dort sur un potentiel diamantifère reconnu. L’enclavement a nourri la fraude et tué l’investissement. La route doit sécuriser l’exploitation et relancer l’artisanat minier.
Mweka, ancien centre administratif et commercial, vit de la forêt et du petit commerce. Avec la route, elle peut redevenir un nœud logistique entre le Kasaï-Central et le Kasaï. Ensuite, Katembo, Dibaya Lubwe et Mangai ouvrent sur les vastes savanes agro-pastorales entre le Kasaï et le Kwilu. Élevage, pêche sur la rivière Kasaï, agriculture: la zone peut alimenter les grands centres urbains. Enfin, Idiofa, dans le Kwilu, est l’un des plus grands territoires agricoles du pays. Riz, arachide, huile de palme: sa production peine à sortir. La route Kananga-Ilebo-Idiofa lui offre un accès direct vers le centre et l’est.
La porte ouverte aux produits de Kinshasa
Mais inversement, la route va aussi favoriser l’ouverture des centres commerciaux alimentés à partir de Kinshasa. Matériaux de construction, produits manufacturés, ciment, tôles, carburant, médicaments, intrants agricoles: tout ce qui manque aujourd’hui pourra arriver plus vite et moins cher.
De Kananga à Ilebo, en passant par Mweka et Dibaya Lubwe, les commerçants attendent déjà de voir leurs dépôts se remplir. La baisse des coûts de transport va stimuler la consommation, encourager l’installation de nouveaux dépôts, quincailleries et pharmacies. Le flux Kinshasa-Grand Kasaï, autrefois bridé par des semaines de navigation ou des pistes impraticables, peut redevenir quotidien.
Désenclaver pour produire et consommer
De la semence au marché, des champs aux ports, mais aussi des usines de Kinshasa aux boutiques de Mangai, cet axe de +600 km redessine la carte économique du centre. Il contourne la dépendance au chemin de fer à l’arrêt et à la voie fluviale aléatoire.
Sur le chantier, les engins sont déjà à l’œuvre. Profilage, compactage, ouvrages d’art: les travaux avancent par lots. Pour John Banza Lunda, en visite sur le terrain, «il n’y a pas de développement sans route». Une phrase qui résonne fort ici, où l’isolement a figé le potentiel pendant des décennies. Avec cet axe, le centre du Congo veut se remettre en mouvement, dans les deux sens.


