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Sur France 24, Muyaya rejette la faute sur Kigali et minimise la menace FDLR

Un an après la signature de l’accord de paix à Washington, le gouvernement congolais hausse le ton. Invité sur France 24, le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, venu régler ses comptes, a pointé du doigt le Rwanda pour le blocage du volet sécuritaire. 

«Depuis juillet 2022, nous sommes engagés pour la paix» 

Face aux critiques de Massad Boulos, envoyé spécial de Donald Trump, qui estimait que «le volet sécurité n’est pas appliqué, ni par la RDC, ni par le Rwanda», Muyaya a défendu le bilan de Kinshasa. «C’est depuis juillet 2022 qu’on a commencé les discussions pour le retour de la paix dans l’Est», rappelle le ministre. Il évoque les pourparlers de Luanda en décembre 2024, avortés, puis la chute de Goma début janvier et «ses milliers de morts».

Pour lui, la responsabilité incombe à Kigali: «Le jour même de la signature par les chefs d’État le 4 décembre à Washington, il y a eu une offensive militaire partie de Butare au Rwanda qui a attaqué la ville d’Uvira le 10 décembre». Conclusion: «Si nous n’avons pas avancé dans la mise en œuvre de l’accord, c’est essentiellement à cause des agissements du président rwandais et de ses différents fils dans l’Est».

Les FDLR, «un faux prétexte» selon Kinshasa. «L’empire du mensonge» selon Muyaya

Le nœud gordien reste la présence des FDLR. Six zones ont été identifiées avec les médiateurs américains, dont cinq «sous contrôle du M23 et du Rwanda», affirme Muyaya. Kinshasa dit avoir engagé une «sensibilisation» avant de partager un rapport aux mécanismes conjoints de suivi. Mais «les événements d’Uvira ont perturbé» le calendrier. La première réunion du mécanisme conjoint de sécurité ne s’est tenue qu’en février 2026. 

La question des FDLR est un «faux prétexte», martèle-t-il, citant des rapports de Human Rights Watch, du Groupe d’experts de l’ONU et «les services de renseignements de pays étrangers». «Même s’il existe des résidus, ils ne représentent pas une menace pour le Rwanda».Il va plus loin: «Il ne faut pas attendre du Rwanda qu’il reconnaisse la vérité sur ces actes criminels». Pour le ministre, la vraie raison est «une agression criminelle avec tous ces milliers de morts… tout ça pour couvrir le processus de pillage».

«Au moins 10 000 soldats rwandais», la CIJ et Ebola 

Interrogé sur le nombre de militaires rwandais présents en territoire de la République Démocratique du Congo, Muyaya n’avance pas de chiffre exact. Mais il se base sur les opérations depuis janvier: «On a un minimum de 10 000 hommes qui sont impliqués et d’ailleurs qui sont réguliers». Objectif dénoncé: «Une stratégie délibérée décidée par le président rwandais d’occuper cette partie du territoire national par la violence».

Autre front: la justice. Le 26 juin, Kinshasa a saisi la Cour internationale de Justice, accusant Kigali de «campagne génocidaire dans l’Est depuis 1996». Réponse de Kigali: c’est Kinshasa qui vise les Tutsis congolais. Muyaya renvoie la balle: «Peut-être que c’est devant la CIJ qu’ils devront s’expliquer». Il s’appuie sur «30 ans de rapports» dont le Rapport Mapping de l’ONU. Et annonce une commission d’enquête de l’ONU à Genève depuis janvier 2022. «Il faut que le Rwanda paye comme pays, mais aussi tous les complices, dont les différents fils du président Kagame».

Sur les sanctions américaines, il veut aller plus loin. « Les Américains sont diplomates. Ils auraient pu aller plus fort», estime-t-il, en rappelant les mots de Mike Waltz en décembre 2025: les États-Unis «utiliseront tous les leviers». Il cite HRW: «violences faites aux femmes, recrutements d’enfants, toutes les horreurs commises à la face du monde».

Il met aussi en cause l’impact sur la vie congolaise: «Il y a une gouvernance par crime qui empêche même aux Congolais de célébrer la qualification à la seizième phase finale de la Coupe du monde.» Et alerte sur «l’épidémie d’Ebola dans la région avec des supplétifs qui n’ont aucune expertise».

En résumé: Un an après Washington, Kinshasa campe sur sa ligne. Pas de retrait rwandais sans désescalade, et pas de mise en œuvre sans «volonté politique» à Kigali. «Pour nous, il est urgent que les Américains utilisent des leviers supplémentaires», conclut Muyaya. L’impasse sécuritaire reste donc totale à l’Est.

Natine K.

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