
C’est une première qui veut rapprocher deux mondes. À Kinshasa, l’Inspection générale des finances -IGF- a ouvert mardi un séminaire inédit avec le corps académique du pays. Objectif: mettre la transformation numérique au service d’une meilleure gestion de l’argent public. Pendant une journée, recteurs, professeurs et chercheurs ont planché sur une même question: comment le numérique peut-il rendre l’université congolaise plus performante et les finances publiques plus transparentes? Au programme, trois exposés très attendus. Le ton a été donné par le professeur Ekolo Adiaka, conseiller aux réformes au ministère de l’Enseignement supérieur. Pour lui, la digitalisation n’est plus une option. C’est le levier qui doit permettre de moderniser l’administration des universités, de fluidifier l’accès à l’information et de booster la recherche. Mais il a aussi pointé les blocages: infrastructures insuffisantes, formations à renforcer et réformes qui peinent à se concrétiser sur le terrain.
Deuxième temps fort, la présentation du plan stratégique 2026-2028 de l’IGF par son chef de service, Christophe Bitasimwa Bahii. Le patron de l’IGF a défendu une autre façon de contrôler: le contrôle systémique. Exit la simple vérification d’une facture isolée. L’idée est désormais d’analyser tout le système, de détecter les failles structurelles en amont pour éviter les détournements. Une ambition qui passe, là encore, par la donnée et la numérisation des procédures.
«L’IGF ne veut plus seulement constater les irrégularités après coup, elle veut les prévenir», a-t-il insisté devant un parterre d’universitaires invités à devenir des partenaires de cette réflexion. Enfin, le professeur Kodjo Ndukuma Adjayi a montré très concrètement comment les outils numériques peuvent changer la donne.
Traçabilité des opérations, sécurisation des recettes, détection automatique des anomalies: le numérique offre des garde-fous précieux pour les universités, souvent pointées du doigt pour leur gestion opaque. Mais l’expert a prévenu: sans formation du personnel, sans sécurité des données et sans procédures claires, la digitalisation peut vite devenir un gadget coûteux. Les échanges ont été nourris. Comment financer cette transition ? Quelle place pour les chercheurs congolais dans la conception de ces outils? Les questions ont fusé, signe d’un réel intérêt du monde académique pour cette main tendue de l’IGF. Les travaux se poursuivent ce mercredi avec au menu les expériences étrangères et la question cruciale de l’audit interne dans les universités. Une deuxième journée qui doit déboucher sur des recommandations concrètes. À travers ce séminaire, l’IGF confirme sa stratégie: s’appuyer sur l’expertise des universités pour rendre l’État plus redevable.







