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Lihau: comment le VPM a voulu zapper l’ordonnance du Conseil d’État

Le vice-premier ministre en charge de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, est au cœur d’une vive controverse pour avoir tenté d’imposer une décision administrative jugée illégale, en violation d’une ordonnance rendue par la plus haute juridiction administrative du pays. Au sein de l’Inspection générale de la Police judiciaire des parquets, une crise institutionnelle couve. En février 2025, Lihau signait un arrêté réhabilitant et replaçant Antoine Camille Boyau au poste d’Inspecteur général de la Police judiciaire. Une décision controversée: cette structure relève non pas de la Fonction publique, mais du ministère de la Justice.

«Le vice-Premier ministre Lihau a tout faux. Il n’est pas habilité à nommer ou remplacer un Inspecteur général de la Police judiciaire», fustigeait à l’époque un agent judiciaire, sous couvert d’anonymat. Il dénonçait également de fortes pressions exercées sur Constant Mutamba, alors ministre de la Justice, pour avaliser l’arrêté.

Un désaveu cinglant du Conseil d’État

Saisi par Léon Musadila, Inspecteur général de la Police judiciaire des parquets depuis 2023, empêché d’exercer ses fonctions à cause de la mesure intempestive et irrégulière du VPM, le Conseil d’État a tranché. Par une ordonnance en référé-suspension rendue le 6 juin, la haute juridiction a suspendu les effets de l’arrêté Lihau, évoquant une «violation manifeste des procédures administratives» et un «doute sérieux sur la compétence de l’auteur de l’acte». Le juge administratif a rappelé que l’Inspection générale de la Police judiciaire des parquets relève exclusivement du ministère ayant la Justice dans ses attributions, et non de la Fonction publique. 

Une tentative de passage en force?

Malgré cette décision juridiquement contraignante, des sources concordantes accusent Lihau de vouloir passer outre l’ordonnance du Conseil d’État. Objectif: imposer, coûte que coûte, Camille Antoine Boyau, pourtant en liberté conditionnelle après une incarcération pour détournement de fonds publics. Certains observateurs évoquent une motivation à caractère ethnique, soulignant que les deux hommes sont originaires du Grand Équateur. Lihau tenterait de placer un proche, malgré une décision judiciaire retoquant son arrêté polémique.

Descente policière et tensions internes

La tension est montée d’un cran lorsque des éléments de la Police nationale ont fait irruption au siège de la Police judiciaire, avec pour mission d’installer de force Camille Boyau. Une descente musclée, qui a provoqué la stupeur au sein des services judiciaires et entraîné le gel des fonds secrets de recherche. Cet épisode met en lumière les fragilités institutionnelles dans l’appareil de l’État. Il révèle surtout la capacité de certains responsables politiques à contourner les décisions de justice, pourtant rendues au nom du peuple et exécutées au nom du Président de la République, conformément à la Constitution.

En pleine tourmente, cette affaire relance le débat sur le respect de la séparation des pouvoirs et l’indépendance des juridictions en République démocratique du Congo.

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