
Annoncé jeudi 27 août par le chef de l’État comme «souverain, congolais et sur le sol congolais», le dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État provoque une pluie de réactions contrastées. Entre soutien appuyé de la majorité et rejet frontal d’une partie de l’opposition et de la société civile, le format même du processus est au cœur des contestations. L’adresse du président Félix Tshisekedi n’a pas refermé le débat. Elle l’a ouvert.
Dans l’Opposition, le «juge et partie» ne passe pas
La charge la plus structurée vient de Jean-Claude Vuemba Luzamba, président national du MPCR. Dans une longue déclaration intitulée «sur le retour annoncé du comité central du MPR Parti-État», l’opposant en exil ne conteste pas le principe du dialogue: «Le Congo a besoin d’un dialogue. Personne ne peut sérieusement le contester».
C’est la méthode qui est frontalement attaquée. Pour Vuemba, Félix Tshisekedi «ne peut pas être à la fois l’initiateur, l’organisateur, l’arbitre et celui qui décide, par avance, qui mérite ou non de s’asseoir autour de la table». Il dénonce un «dialogue sous la direction de Félix Tshisekedi, selon les règles de Félix Tshisekedi et avec des participants choisis par Félix Tshisekedi».
Au-delà de la forme, le leader du MPCR pose ses lignes rouges: pas question, dit-il, de participer à une entreprise visant à «fabriquer artificiellement un consensus autour du maintien au pouvoir ou d’une modification des fondamentaux de la Constitution du 18 février 2006». Citant les articles 70 et 220, il martèle: «Deux mandats présidentiels de cinq ans: pas un jour de plus».
Même scepticisme, mais avec un autre angle, du côté de l’opposition katumbiste. Proche de Moïse Katumbi, Christian Mwando qualifie l’initiative de «vaste kermesse qui ne va pas mettre un terme au conflit». L’ancien ministre du Plan relève la disparition du mot «inclusif» dans la dernière communication présidentielle et s’interroge sur l’articulation avec le processus de Doha: «Qu’est-ce qui est dit à Doha qui ne peut pas être dit au dialogue ?» Sa conclusion: «Je doute fort que l’opposition adhère au schéma proposé».
José Makila, de Sauvons la RDC, va plus loin: «Le discours de Tshisekedi sur le dialogue est une grave déception. Quand la Nation est en crise, le Président ne peut être à la fois l’initiateur, le maître du jeu et l’arbitre de son propre dialogue. Se prendre pour l’Alpha et l’Oméga du dialogue national, c’est confondre la République avec son pouvoir».
La majorité salue une «rupture méthodologique»
À l’inverse, dans le camp du pouvoir, on salue une initiative «historique». Vital Kamerhe, membre du présidium de l’Union sacrée et ex-président de l’Assemblée nationale, y voit «une rupture méthodologique inédite». Pour lui, ce dialogue «replace enfin les causes profondes des crises congolaises au cœur du débat national, en faisant de notre peuple à la fois le principal acteur du diagnostic et l’architecte des solutions». Il assure que la démarche «ne procède ni d’un artifice politique ni d’une quelconque pression», mais traduit «une volonté souveraine d’engager la Nation dans un moment de vérité».
Même tonalité chez le député national Lambert Mende. L’ancien proche de Joseph Kabila, passé à l’Union sacrée, applaudit «l’esprit d’ouverture» du chef de l’État tout en fixant une limite: exclure, selon ses termes, les personnes «de mèche avec le pays agresseur, le Rwanda». Une position qui fait écho à l’appel de Félix Tshisekedi à placer la défense de la République et la préservation de l’unité nationale au-dessus des clivages.
La société civile exige une médiation internationale
Enfin, un troisième front s’est ouvert du côté de la société civile de la diaspora. Dans une déclaration commune datée du 28 août à Anvers, le consortium Urgence DRC et 33 ONG affirment: «Pas de dialogue sous la dictée: Félix Tshisekedi est le problème, il ne peut être le juge».
Le texte, signé par Palmer Kabeya, Victor Tesongo et Bibi Kapinga, estime que «tout dialogue sous sa convocation est un échec programmé» et que ce serait «un simulacre dont les conclusions sont déjà écrites». Le consortium exige pour condition une «médiation internationale directe, placée sous l’égide exclusive du Conseil de sécurité des Nations unies» et un «mandat clair et officiel donné aux chefs spirituels, à savoir les évêques de l’Église catholique et les dirigeants de l’Église protestante».
Entre un pouvoir qui veut garder la main sur un processus qu’il présente comme souverain, une opposition qui exige des actes de décrispation préalables – libération des prisonniers politiques, retour des exilés, accès aux médias publics – et une société civile qui ne jure que par une médiation neutre, les contours du futur dialogue restent plus que jamais incertains.
Natine K.



