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OIF: faut‑il des hommes forts ou une organisation forte?

Isidore Kwandja Ngembo plaide pour une gouvernance axée sur la performance et la Francophonie économique…

À l’heure où s’ouvrent les hostilités pour la succession à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), une question simple et nette restructure le débat: pour diriger la Francophonie, faut‑il un poids politique -un “homme fort”- ou une institution renforcée capable de produire des résultats? Dans une tribune récente, Isidore Kwandja Ngembo, candidat déclaré au poste de secrétaire général, tranche en faveur de la deuxième option.

Confronté aux critiques selon lesquelles il n’a jamais porté le titre de ministre, Ngembo répond par son parcours et ses réalisations. Il rappelle son rôle central dans l’organisation des Jeux de la Francophonie à Kinshasa -présenté comme un succès face au scepticisme- et près de vingt années passées dans une administration publique structurée. Pour lui, ces expériences ont forgé une “rigueur managériale” et une capacité à conduire des projets complexes, qualités qu’il juge plus déterminantes que l’étiquette ministérielle.

Pour étayer son propos, il prend pour modèle de grandes organisations multilatérales. L’histoire du secrétariat général de l’ONU montre, selon lui, que peu de titulaires avaient été chefs d’État avant leur nomination: diplomates, hauts fonctionnaires et ministres des affaires étrangères ont longtemps constitué le vivier naturel du poste. Même observation côté Commonwealth, où les secrétaires généraux ont été presque exclusivement des diplomates, ministres ou hauts fonctionnaires. «L’OIF ne doit pas faire bande à part», écrit Ngembo, estimant que la recherche d’un ancien chef d’État risque de transformer le secrétariat en “maison de retraite dorée”.

Au‑delà de la querelle des titres, la tribune recentre le débat sur la finalité de l’organisation: produire des résultats tangibles pour les populations francophones. Pour le candidat, la promotion du français passe aujourd’hui par l’économie -innovation, emplois qualifiés, attractivité des universités francophones- plutôt que par de simples manifestations culturelles. L’objectif affiché : retenir les jeunes talents et attirer des apprenants d’autres langues en faisant de la Francophonie un moteur de compétitivité.

Cette orientation vers une “Francophonie économique” intervient dans un contexte international où la légitimité des organisations multilatérales est de plus en plus liée à leur capacité d’action concrète. Les donateurs et les États membres réclament des bonnes pratiques de gouvernance, une gestion rigoureuse des ressources et des indicateurs de performance clairs. Ngembo propose, à travers sa candidature, de mettre ces attentes au cœur du mandat du futur secrétaire général.

Reste à savoir si les États membres partageront cette lecture. Certains pourront privilégier la stature politique, le réseau diplomatique ou les équilibres géopolitiques régionaux. D’autres, séduits par la promesse d’efficacité, pourraient voir dans un profil managérial et orienté résultats la meilleure réponse aux défis contemporains de l’espace francophone.

La campagne pour la relève à la tête de l’OIF s’annonce donc comme un moment décisif: il ne s’agit pas seulement de choisir une personne, mais d’affirmer une vision pour l’organisation. Isidore Kwandja Ngembo a posé ses jalons en plaidant pour une gouvernance renforcée et une Francophonie tournée vers l’emploi et la croissance. À présent, le débat s’ouvrira entre ceux qui misent sur la force d’un individu et ceux qui parient sur la force d’une institution.

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