
Le sénateur Salomon Kalonda Idi Della a placé samedi les services de renseignement au centre du débat sur l’intégrité électorale en Afrique, accusant au passage la communauté internationale «silence coupable», lors du Forum parlementaire sur le renseignement et la sécurité à Addis-Abeba.
Lors de la 5e session sur «l’Intégrité électorale et la démocratie en Afrique», l’élu du Haut-Katanga et membre de l’opposition a d’emblée établi un lien direct entre contrôle démocratique et scrutins libres.
«Un renseignement sans contrôle démocratique, au service du pouvoir, est une arme contre la démocratie. Un service de renseignement doit être au service du peuple, pas d’un parti ni d’un président», a-t-il déclaré.
«L’arbitre est aussi le joueur»
Pour le sénateur, proche de Moïse Katumbi, la crise électorale africaine repose sur deux «faiblesses structurelles».
Il a d’abord dénoncé la partialité des organisateurs: «Dans certains pays, ce sont les ministères de l’Intérieur qui organisent les élections. Le même ministère qui contrôle les forces de sécurité. Le même gouvernement qui est candidat à sa propre réélection. L’arbitre est donc aussi le joueur».
Il a ensuite pointé le manque d’indépendance des commissions électorales: «Des fichiers électoraux biaisés. Des résultats proclamés dans l’opacité. Tout cela détruit la démocratie de l’intérieur», créant selon lui «une crise de confiance profonde et légitime».
Un «silence coupable» de la communauté internationale
Kalonda a élargi sa charge aux partenaires extérieurs de l’Afrique, accusés de complaisance face aux dérives autoritaires. «Des Constitutions sont tripatouillées, des limitations de mandats supprimées, des Cours constitutionnelles rendent des décisions sur commande et la communauté internationale regarde. On publie un communiqué. On exprime une préoccupation. Et puis on signe les accords commerciaux», a-t-il fustigé, parlant d’«hypocrisie démocratique».
La RDC citée en exemple
Pour illustrer son propos, le parlementaire a pris en exemple la République Démocratique du Congo -RDC. «Un pays qui a tout: des ressources, du potentiel et un peuple résilient», mais qui peine à «transformer ses richesses en prospérité pour sa population et un vote libre en pouvoir réel».
Il a décrit des électeurs qui «risquent leur vie pour voter. Ils parcourent des kilomètres, bravent la pluie, la chaleur et les menaces, puis attendent des heures dans les files d’attente. Et à la fin ? Le résultat ne reflète pas leur choix».
«Depuis 1990, l’Afrique a connu des centaines d’élections contestées, des résultats rejetés, des violences, des morts et des institutions fragilisées», a-t-il conclu. Pour lui, l’enjeu reste «la confiance: elle se construit ou elle se détruit».
Le Forum, qui réunit plus de 100 élus et experts africains, américains et européens doit se pencher jusqu’à dimanche sur le renforcement du contrôle démocratique des services de renseignement.

