
Le projet de dialogue intercongolais confié à l’Angola est au point mort. Selon une enquête publiée ce mardi par Jeune Afrique, les désaccords entre Kinshasa et Luanda sur le format, les participants et le lieu des discussions ont plongé l’initiative dans une impasse.
João Lourenço agacé, Félix Tshisekedi intransigeant
Mandaté en février 2026 pour engager des consultations en vue d’un «dialogue inclusif intercongolais pour la paix durable et la réconciliation nationale», le président angolais João Lourenço «ne cache plus son agacement» face au blocage, rapporte Jeune Afrique. S’il n’a pas officiellement jeté l’éponge, «diverses sources diplomatiques confirment que le projet se trouve pour l’instant dans l’impasse». Le 7 mars, Luanda a transmis à Félix Tshisekedi une feuille de route de 21 pages. Le document, consulté par Jeune Afrique, propose un «pacte de Luanda» issu d’un dialogue organisé dans la capitale angolaise, sous l’égide de Lourenço comme «parrain et coordinateur principal». Les discussions seraient ensuite menées par le médiateur de l’Union africaine, le Togolais Faure Gnassingbé.
Le nœud: AFC/M23 et ´Joseph Kabila
L’Angola suggère 90 participants: 30 pour la majorité, 30 pour l’opposition politique et militaire, 30 pour la société civile. Problème: Luanda veut inclure dans le quota de l’opposition des groupes armés, dont l’AFC/M23 et la CRP de Thomas Lubanga. «La légitimité du processus dépend de la participation effective de toutes les composantes», justifie la médiation angolaise, proposant aussi des mesures de confiance comme la libération de prisonniers politiques. Pour Kinshasa, c’est une ligne rouge. Le pouvoir congolais refuse catégoriquement d’asseoir à la table l’AFC/M23, qu’il considère comme une rébellion soutenue par le Rwanda, ainsi que l’ancien président Joseph Kabila, condamné à mort par la justice militaire pour ses liens avec le mouvement. Kinshasa conteste aussi l’architecture du dialogue. «Il reviendrait à Félix Tshisekedi de convoquer ce dialogue et qu’il se tienne exclusivement dans la capitale congolaise», ont rappelé les autorités, là où Luanda voulait accueillir les débats.
La contre-proposition de Tshisekedi: des «états généraux» et une 4ᵉ République
Après deux mois de silence, Félix Tshisekedi a dépêché mi-mai son haut représentant Sumbu Sita Mambu à Luanda. Selon Jeune Afrique, il a remis une contre-proposition: des «états généraux de la refondation de l’État pour le salut de la patrie». La note conceptuelle congolaise, également obtenue par l’hebdomadaire, parle d’un «dialogue entre Congolais, sous l’égide des Congolais eux-mêmes». Elle pointe «des prédateurs étatiques», le Rwanda et l’Ouganda, accusés de «velléités d’expansion territoriale». Le format change radicalement: 500 participants, des sous-états généraux par secteur, et des conclusions destinées à Tshisekedi. Parmi les résultats attendus figurent «le changement ou l’adaptation de la Constitution» et «l’avènement d’une quatrième République», avec maintien en fonction du président «jusqu’à l’élection du nouveau président».
Luanda ne veut pas d’un dialogue d’exclusion
La réponse de João Lourenço, transmise le 20 mai, a été laconique. Dans un communiqué, le ministère angolais des Affaires étrangères s’est contenté de réaffirmer sa volonté de «maintenir des relations de bon voisinage». Mais en coulisses, «la contre-proposition congolaise ne satisfait pas la médiation angolaise», écrit Jeune Afrique. Luanda «ne souhaite pas accompagner un dialogue qui exclurait une partie des acteurs, dont l’AFC/M23 et Joseph Kabila, et qui déboucherait sur un changement de la Constitution, avec la crainte de fortes tensions politiques».
«Entre le format proposé et le fait que la RDC a mis deux mois à répondre, les Angolais ont perçu cela comme un manque de bonne foi», confie un visiteur du président Lourenço cité par le média. Déjà écartée en mars 2025 au profit du Qatar dans la gestion de la crise, l’Angola n’entend pas pour autant se désengager formellement. «Ils disent qu’ils n’ont pas le choix, qu’ils sont obligés de maintenir un engagement parce qu’il y a des intérêts communs», souligne la même source. Luanda surveille notamment l’ex-Katanga, frontalier du nord du pays.
De leur côté, les émissaires de Félix Tshisekedi prévoient de défendre leur proposition auprès d’autres médiateurs, dont le Togo.
Avec Jeune Afrique