
Devant le Conseil de sécurité, la République Démocratique du Congo affirme que cinq soldats ont été tués lundi 28 septembre par un drone TB2 à Pinga, au Nord-Kivu. Elle demande une vérification indépendante et la suspension des contingents rwandais. La tension remonte d’un cran entre Kinshasa et Kigali. Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, mardi 29 septembre, la République Démocratique du Congo a accusé l’armée rwandaise d’avoir mené une frappe de drone contre une position de l’armée congolaise à Pinga, dans le territoire de Walikale, au Nord-Kivu. Un incident qui, s’il était avéré, constituerait une violation grave du cessez-le-feu et fragiliserait encore davantage les processus de paix en cours.
Cinq morts selon Kinshasa, un drone attribué à l’AFC/M23 selon les premières informations
Selon la délégation congolaise à New York, la frappe aurait eu lieu lundi 28 septembre contre une position des Forces armées de la République Démocratique du Congo à l’aérodrome de Pinga. Bilan avancé par Kinshasa: cinq morts et huit blessés graves. Le type d’appareil est précisé: un drone de type TB2. Kinshasa demande au Conseil de sécurité de faire vérifier les circonstances de l’incident et de le condamner.
Cette version doit être mise en regard des premières informations disponibles sur le terrain. Lundi, des sources locales et militaires avaient confirmé une frappe de drone à Pinga, ciblant bien une position des Forces armées de la République Démocratique du Congo à l’aérodrome. Ces premiers témoignages attribuaient l’attaque à l’AFC/M23, sans établir publiquement à ce stade de lien direct avec l’armée rwandaise ni de bilan humain définitif. C’est précisément ce point que Kinshasa veut faire éclaircir par une vérification indépendante.
Kinshasa défend ses engagements
Devant le Conseil, la République Démocratique du Congo a tenu à répondre aux accusations de non-respect de ses engagements. La délégation a mis en avant sa participation au processus de Doha et les premières missions menées dans le cadre du Mécanisme conjoint de vérification élargi plus, notamment à Minembwe et à Masisi. Le gouvernement de Kinshasa a également rappelé avoir signé, dans le cadre du processus de Washington, un protocole portant sur le désarmement, la démobilisation et le cantonnement des combattants des Forces démocratiques de libération du Rwanda, FDLR-FOCA, avec pour objectif leur retour au Rwanda.
«Pompiers et pyromanes»: Kinshasa vise les casques bleus rwandais
Au-delà de l’incident de Pinga, la République Démocratique du Congo a renouvelé une demande plus large et directement liée: la suspension de la participation de contingents rwandais aux opérations de maintien de la paix des Nations unies. Kinshasa invoque la résolution 2773 du Conseil de sécurité et demande qu’aucun nouveau déploiement rwandais ne soit autorisé dans les opérations de paix de l’ONU tant que le retrait des forces rwandaises du territoire congolais n’aura pas été vérifié. Selon la formule employée par la délégation congolaise, un État ne peut agir à la fois «en pompiers et en pyromanes».
Selon Kinshasa, la frappe de Pinga est d’ailleurs intervenue alors que les Forces armées de la République Démocratique du Congo préparaient une opération visant les FDLR, un argument qui vise à démontrer que l’attaque aurait cherché à faire échec aux efforts de neutralisation de ce groupe. Cette prise de position intervient dans un contexte sensible pour la MONUSCO, qui poursuit son mandat de protection des civils. Son chef, James Swan, s’est rendu récemment à Beni et à Bunia, où il a insisté sur la dégradation de la situation sécuritaire. Le Conseil de sécurité doit désormais examiner les éléments présentés par les parties, alors que les efforts diplomatiques se poursuivent pour tenter de faire respecter les engagements pris à Doha et à Washington.
Natine K.






