
Isidore Kwandja Ngembo, directeur honoraire des IXes Jeux de la Francophonie, met en garde l’Organisation internationale de la Francophonie -OIF- contre l’abandon du consensus au profit d’un vote majoritaire, qu’il qualifie de «fausse audace démocratique ou suicide géopolitique». Dans une tribune publiée mardi, l’auteur répond à l’éditorial de François Soudan dans Jeune Afrique du 29 juin. L’éditorialiste plaidait pour que l’OIF «devienne enfin une organisation comme les autres» en adoptant le vote et la limitation des mandats.
Le consensus, «bouclier» et non archaïsme
Pour Kwandja Ngembo, le consensus inscrit dans la Charte de Niamey «n’a jamais été un outil d’immobilisme». Il est «une épreuve de sagesse» qui oblige «les puissances du Nord et les nations du Sud» à trouver un équilibre. L’abandonner reviendrait à «introduire le poison de la division là où la cohésion est une question de survie».
Risque de fracture dans un contexte tendu
L’expert estime qu’imposer un scrutin majoritaire dans le contexte actuel, marqué par le départ de trois États membres et les tensions dans la région des Grands Lacs, est «un péril mortel». Il redoute qu’un camp «célèbre une victoire mathématique pendant qu’un autre nourrira des frustrations légitimes», au risque de pousser des États vers la sortie. Il plaide en revanche pour une «limitation des mandats» et une «présidence tournante» actées par consensus, afin de garantir une «équité dans la représentativité».
L’argument financier
Kwandja Ngembo rappelle que si «le cœur démographique de la Francophonie bat en Afrique», l’essentiel du financement vient des pays du Nord. Un vote mécanique risquerait de «rompre ce pacte implicite» et de rendre les programmes «des coquilles vides, faute de financements».
Concluant en invoquant Senghor, Bourguiba et Diori, il estime que l’urgence est «de négocier pour rassembler», et non de «voter pour compter les forces».
Natine K.
