
N’en déplaise à la fausse lecture d’un colistier de l’ex-cadre de la FIFA et ancien Secrétaire général de la CAF, acteur clé de la nomination du Conor: être juge et partie est pire que toucher un chèque. Comparer pour comprendre.Les épisodes s’empilent dans le feuilleton FECOFA. Et la défense du camp Mosengo vient de rater son penalty. Sur la toile, un post rappelait comment Michel Platini a perdu la FIFA pour violation de l’éthique. Réplique immédiate d’un colistier de Veron Mosengo: «La différence est que, dans le cas d’espèce, Platini est auteur de l’acte qu’il pose. Ici, le prétendant prépare un dossier de candidature, il soumet à l’organe compétent qui examine et le valide. Que lui reprocherait-on ? Il n’a posé aucun acte répréhensible…»
Fausse route. Ne pas signer le crime ne lave pas les mains sales. Dire que le candidat n’a «posé aucun acte répréhensible» parce qu’il a juste «préparé un dossier»? C’est confondre la main qui tient le stylo et la tête qui dicte la lettre. Pire: le cas Mosengo écrase celui de Platini en gravité. Voici pourquoi.
Le conflit d’intérêts n’attend pas la signature
Michel Platini a été sanctionné pour un paiement déloyal qu’il a reçu et accepté. Il était auteur direct, sur un fait précis. Ici, le problème est systémique. L’homme qui contribue à l’installa du comité de normalisation est le même qui veut diriger la FECOFA. Veron Mosengo, ancien SG de la CAF, a participé à la création du Conor, choisi ses hommes, orienté sa feuille de route et fait le déplacement de Kinshasa pour y tenir, le 25 avril 2023, une conférence de presse dédiée à sa mise en place. Trois ans après, il se présente devant sa propre créature. C’est le braconnier qui devient garde-chasse. L’acte répréhensible, c’est d’avoir participé à la mise en place du système qui, aujourd’hui, l’aide à servir son ambition. Platini a violé une règle. Mosengo a fabriqué les règles.
«Préparer un dossier» est déjà un acte
Le dossier ne tombe pas du ciel. Il suppose des statuts modifiés, un PV du 11 janvier 2025 taillé sur mesure, une commission électorale contournée, un mail de la FIFA pour couvrir. Le concurrent Patrice Rainier Mangenda, trois présidents de ligues et, avec eux, la commission électorale ont dénoncé la démarche, soupçonnant l’aspirant Mosengo d’avoir inspiré, piloté ou bénéficié de ce tripatouillage, et d’être co-auteur présumé de cette machination. En droit pénal, on appelle ça complicité par instigation ou par fourniture de moyens. Le code d’éthique de la FIFA vise exactement ça: article 19 «conflits d’intérêts», article 20 «offrir ou accepter des avantages», article 27 «devoir de collaboration». Préparer, c’est agir. Et agir en amont, c’est verrouiller l’aval. Pour être passé par la FIFA, Mosengo connaît bien ces principes. La validation par un organe «compétent» ne blanchit rien.
Si l’organe, le Conor dans le cas d’espèce, a été nommé par le candidat, et si la Commission électorale est obligée de statuer sur des textes que le candidat a fait rédiger ou modifier ou tendent à profiter à ce dernier et à lui seulement, alors ces deux organes ne sont plus compétents: ils sont captifs. Une validation viciée vaut zéro. Fraus omnia corrumpit. La fraude corrompt tout. La FIFA l’a rappelé dans des dizaines de cas: une élection validée sur la base de statuts frauduleux est annulée, et les auteurs écartés. Platini a été jugé par une commission indépendante. Mosengo veut être jugé et donc élu par ses obligés.
La question n’est pas «qu’a-t-il signé?» mais «à qui profite le crime?»
À qui profite le PV du 11 janvier 2025 sorti de nulle part et frauduleusement publié au Journal officiel sans avoir été préalablement entérinée par une Assemblée générale ordinaire? À qui profite le silence des ligues, des membres de l’Assemblée générale et de la presse sportive? À qui profite le mail complice de Zurich? Au candidat. Quand le bénéficiaire exclusif de l’irrégularité est aussi celui qui a placé les acteurs du Conor, le lien de causalité est établi. On n’a pas besoin de sa signature. On a ses empreintes, son ombre, son influence, de la CAF au Conor.
Et la formule qui cloue les becs: Michel Platini est tombé parce qu’il a pris l’argent. Ici, on tombera pour avoir cherché à prendre les commandes d’un système flou qu’on a aidé à fabriquer ou qu’on a carrément fabriqué. L’un a signé un chèque. L’autre est soupçonné, par un candidat, trois membres de l’Assemblée générale voire la commission électorale, d’avoir écrit ou fait écrire les règles en sa faveur. Il y a aussi des fortes présomptions que ses amis de la FIFA, notamment l’auteur du mail, aient pu être appelés à la rescousse. Le premier a triché dans le jeu. Le second voudrait posséder l’arbitre, le terrain et le sifflet.
Donc, que lui reproche-t-on? D’être juge et partie. D’avoir fabriqué ou fait fabriquer l’échelle pour grimper au fauteuil. L’acte répréhensible n’est pas dans le dossier déposé. Il est dans le système monté pour que ce dossier passe et soit imposé et à la Commission électorale et à tous les autres concurrents.
N’en déplaise au colistier : le cas Mosengo est plus grave que la forfaiture de Platini. Parce qu’on ne juge pas un braconnier qui vole du gibier. On juge, et de manière la plus sévère, celui qui privatise la forêt.

