
C’est un duel à distance. D’un côté, Joseph Kabila, ancien président pendant dix-huit ans, s’exprimant depuis l’étranger sur la démocratie, la paix et la mauvaise gouvernance. De l’autre, Marie Nyange Ndambo, professeure et ministre de l’Environnement, qui a choisi de lui répliquer via un message de huit pages.
Le ton est poli, mais la riposte est sans détour. «On ne peut pas se présenter comme un donneur de leçons démocratiques lorsque l’on a exercé le pouvoir pendant dix-huit ans, quitté le pays, pris position aux côtés de forces armées étrangères», lance la ministre.
Premier recadrage: l’économie
À Joseph Kabila qui affirme que le pays ne cesse d’empirer, Marie Nyange oppose les données du FMI et de la Banque centrale. À l’alternance en janvier 2019, les réserves de la République démocratique du Congo étaient de 657 millions de dollars, soit à peine deux semaines d’importations. Au 29 septembre 2026, elles sont de 7,8 milliards, soit 2,96 mois. Le budget est passé de 4 milliards à 20 milliards de dollars. Le PIB de 47 milliards à 120 milliards.
La croissance, malgré la guerre à l’Est: 6,1 % en 2024, 5,7 % en 2025, 5,7 % projetés en 2026. L’inflation, tombée de 11,7 % fin 2024 à 2,3 % fin 2025, remonte certes à 7,25 % cumulés fin septembre 2026, mais Nyange assume une politique de vigilance avec un taux directeur à 12,5 %. Elle revendique aussi, à l’instar de tout le gouvernement, le retour sur les marchés avec un eurobond de 1,25 milliard.
Deuxième recadrage: l’armée
C’est le passage le plus dur. La ministre ne minimise pas la tragédie humanitaire: 6,1 millions de déplacés, 26 millions en insécurité alimentaire, offensives de l’AFC/M23 autour de Goma et Bukavu. Mais elle renvoie Kabila à sa responsabilité: «Héritée de ses 18 ans de pouvoir, la faiblesse chaotique des FARDC découle de l’infiltration liée au brassage, mixage et autres arrangements contre nature, savamment orchestrée par un sentiment antipatriotique et l’intelligence avec l’ennemi».
Troisième recadrage: la démocratie
Kabila s’inquiète d’une dérive autoritaire et d’une révision constitutionnelle. Réponse de Nyange: le débat est légitime, «mais il ne peut pas être réservé à un seul homme, ni transformé en tabou lorsque celui qui en parle a lui-même gouverné pendant dix-huit ans sous une Constitution qu’il avait largement façonnée».
Elle rappelle alors les zones d’ombre: violences de Lubumbashi, crise Kamuena Nsapu au Kasaï, militants de l’UDPS brûlés vifs au siège du parti à Kinshasa, et les dossiers des «5 chantiers» et de Bukanga-Lonzo. «Celui qui veut juger la gouvernance actuelle doit accepter que son propre passage soit jugé avec la même exigence», assène-t-elle.
La conclusion tient en trois phrases, adressées directement à l’ancien président: «S’il dénonce la violence, qu’il condamne sans équivoque toutes les forces qui prennent les armes. S’il dénonce la corruption, qu’il accepte que les dossiers de son époque soient examinés. S’il défend la démocratie, qu’il s’exprime depuis le pays».





