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Dilemme pour Kigali: la guerre dans les Kivu ou la F1 à Bugesera

En 2030, les bolides de Formule 1 feront leurs premiers tours de roue sur le circuit de Bugesera. Ce sera un grand succès pour le Rwanda et pour l’Afrique, qui accueillera de nouveau cette prestigieuse compétition automobile plus de trente ans après Kyalami, en Afrique du Sud. Selon les études, il faudra au minimum dix ans au Rwanda pour amortir un investissement estimé à au moins 250 millions de dollars américains, ce qui correspond précisément à la durée du premier contrat. Il est fort probable que ce bail soit reconduit après 2040. Néanmoins, grâce aux activités dérivées -notamment le tourisme-, Kigali pourrait réaliser de très bonnes affaires. La rentabilité de cet important investissement sera d’autant plus optimale si la paix revient dans la région. En effet, la Formule 1 est particulièrement frileuse face à l’insécurité.

Avec un paddock dont la valeur globale avoisine le milliard de dollars, cette compétition regarde de très près où elle met les pieds: les risques politiques et sécuritaires figurent en tête de liste des dangers redoutés par la F1. Pour la saison en cours, les étapes de Bahreïn et d’Arabie saoudite ont d’ailleurs été retirées du calendrier en raison des risques sécuritaires. Selon les compagnies d’assurances de la F1, les deux monarchies du Golfe persique représentaient un danger certain pour les écuries. Situés à plus ou moins 500 km du détroit d’Ormuz, ces pays étaient à la portée de missiles balistiques ou de drones. Un essaim de Shahed iraniens pouvant couvrir cette distance en une heure aurait suffi à gâcher la fête du sport automobile de haut niveau.

Si la situation sécuritaire actuelle perdure dans l’Est de la République Démocratique du Congo en raison du soutien documenté du régime de Kigali à l’AFC/M23, Bugesera sera alors situé à seulement 150 kilomètres d’un conflit armé. N’importe quelle force équipée d’un lance-roquettes lourd guidé de nouvelle génération,  comme les munitions ER-GMLRS ou PHL-03/AR3, pourrait viser le circuit, tout comme un drone kamikaze à longue portée -munition téléopérée- pourrait causer des dégâts considérables dans le paddock. Le circuit de Bugesera se transformerait alors en une catastrophe réputationnelle pour l’Afrique et un désastre financier pour le Rwanda. Kigali est ainsi placé face à une alternative: choisir de poursuivre sa guerre par procuration en République Démocratique du Congo ou franchir une nouvelle étape pour transformer le pays en un hub du développement africain.

Ce choix doit être fait dès à présent car la F1, très à cheval sur l’éthique, ne tolérera pas que l’argent de la prédation rwandaise en République Démocratique du Congo serve à financer la construction du circuit de Bugesera. Or, sans ce trafic, le Rwanda ne mène pas large sur le plan financier; le pays vit sous perfusion financière internationale et arrondit ses fins de mois grâce aux produits de la rapine dans le Kivu. Si, pour Paul Kagame, la présence de la RDF sur le sol congolais est perçue comme un gage de survie pour son régime, il restera toujours à l’Afrique l’option d’accueillir à nouveau la F1 sur le circuit de Kyalami en Afrique du Sud – qui a, lui, l’avantage d’exister déjà, contrairement à Bugesera qui part d’une page blanche. Kigali ne pourra pas mener la guerre en République Démocratique du Congo et organiser la F1; il lui faudra choisir. La décision de la Fédération internationale de l’automobile -FIA- en faveur du Rwanda n’est pas un chèque en blanc.

John NGOMBUA

Correspondance particulière

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