
Alors que Félix-Antoine Tshisekedi relance l’idée d’un dialogue national inclusif pour «resserrer les rangs» face à la crise à l’Est, un fait s’impose dans l’histoire politique récente de la République Démocratique du Congo: sur 35 ans, l’Union pour la démocratie et le progrès social -UDPS- est la formation qui a le plus profité des grandes concertations nationales pour conquérir la Primature. De la Conférence nationale souveraine de 1991 aux pourparlers de 2016, chaque dialogue majeur a débouché sur la nomination d’un cadre du parti fondé en 1982 à la tête du gouvernement. Un record.
Quatre PM, quatre dialogues
Le premier acte se joue en 1991. À la CNS, Étienne Tshisekedi Wa Mulumba, figure historique de l’opposition zaïroise et président de l’UDPS, est désigné Premier ministre. Il sera nommé à trois reprises jusqu’en 1997 et incarnera la revendication démocratique du parti. Deux ans plus tard, deuxième tour. Après le départ d’Étienne Tshisekedi, Faustin Birindwa, ancien secrétaire général de l’UDPS, est nommé à la Primature par le maréchal Mobutu. Il dirige l’exécutif de 1993 à 1994.
Troisième étape: 2016-2017. L’UDPS est servi deux fois. D’abord, dans le cadre du Dialogue de la Cité de l’UA facilité Edem Kodjo conclu par la nomination du Premier ministre Samy Badibanga. Puis, à l’issue du dialogue de la CENCO, sanctionné par l’Accord du 31 décembre, dit «de la Saint-Sylvestre», qui prévoit un Premier ministre sorti du Rassemblement, plateforme dominée par l’UDPS. Bruno Tshibala, cadre du parti, est nommé par Joseph Kabila. Il conduit la transition jusqu’à l’organisation des élections de 2018. Celles-ci consacrent la première alternance pacifique du pays, avec la passation entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi, fils du sphinx de Limete qui avait battu Emmanuel Ramazani Shadary, dauphin du régime sortant. Au total: Étienne Tshisekedi, Faustin Birindwa, Samy Badibanga, Bruno Tshibala. Aucun autre parti n’a obtenu autant de chefs de gouvernement via ce mécanisme.
Le dialogue comme mode d’accès au pouvoir
Pour les analystes kinois, cette récurrence n’a rien de fortuit. Parti de lutte non-violente, l’UDPS a érigé le dialogue inter-congolais en doctrine. «Le dialogue a été pour l’UDPS à la fois une tribune de légitimation et une voie d’accès institutionnelle quand les élections étaient bloquées», analyse un politologue de Kinshasa. «À chaque crise, l’UDPS a exigé un dialogue. Et à chaque dialogue, l’UDPS a obtenu la Primature».
1991: la CNS ouvre la transition. 2016: le dialogue inclusif débloque le processus électoral et installe un Premier ministre de l’opposition. Dans les deux cas, la concertation s’est traduite par un poste exécutif. Vendredi dernier, en recevant les confessions religieuses, le Président Tshisekedi a annoncé un nouveau dialogue national inclusif. Dans les rangs de l’UDPS, on y voit la continuité d’une méthode. «Le Président a toujours cru au dialogue entre fils du pays. C’est notre ADN», confie un haut responsable du parti.
Pour les détracteurs de l’UDPS, cette prédominance historique pose la question de l’équilibre des forces. Pour ses partisans, elle reflète simplement le rôle de «parti de combat pour la démocratie» joué depuis 1982.



