
L’Inspection générale des finances – IGF – entre dans une nouvelle phase, avec l’instauration du contrôle systémique, un mode de surveillance des flux financiers voulu plus intelligent et permanent. Pour présenter cette nouvelle arme contre les détournements, journalistes et acteurs de la société civile participent, depuis le lundi 8 juin, à un séminaire de renforcement des capacités. Jusqu’au samedi 13 juin, les participants vont s’imprégner des contours de ce plan stratégique triennal 2026-2028 centré sur une approche fondée sur la prévention des risques, l’exploitation des données et la digitalisation. Pour l’IGF, ce tournant est une petite révolution et exige une meilleure vulgarisation afin d’obtenir plus d’adhésion.
Pendant longtemps, le contrôle des finances publiques a ressemblé à une course-poursuite. Les irrégularités étaient détectées après leur commission, les enquêtes ouvertes une fois les fonds détournés et les sanctions intervenaient souvent lorsque le préjudice était déjà consommé. En 2020, l’institution a franchi un cap sous la direction de Jules Alingete. D’un contrôle a posteriori, elle est passée à un contrôle a priori. Une méthode qui a permis d’intervenir avant que les détournements, les fraudes ou les mauvaises pratiques ne se produisent. Mais l’IGF veut faire mieux et quitter les sentiers battus des contrôles ponctuels. Durant six jours, l’institution dirigée par l’inspecteur général, chef de service Christophe Bitasimwa, va expliquer les fondements de sa nouvelle approche, appelée à transformer en profondeur la manière dont l’État surveille et protège ses ressources financières.
Du contrôle des faits au contrôle des causes
Pour comprendre le contrôle systémique, il faut d’abord revenir sur l’évolution du rôle de l’IGF. Créée en 1987, l’IGF est longtemps intervenue en aval. À partir de 2020, elle a migré vers un contrôle en amont, mais de manière ponctuelle. Avec le contrôle systémique, les interventions ne devraient plus s’arrêter à identifier les irrégularités ou à empêcher certaines opérations à risque. Désormais, les inspecteurs de l’IGF vont s’attaquer aux failles structurelles qui produisent les irrégularités. «Éteindre les incendies ne suffit plus, il faut empêcher qu’ils ne se déclarent», résume la philosophie portée par Bitasimwa.
Pour atteindre cet objectif, l’institution mise sur une transformation numérique d’envergure. Le contrôle systémique repose sur la collecte, l’analyse et l’exploitation des données produites par les administrations publiques, les entreprises du portefeuille de l’État, les régies financières, les provinces et les entités territoriales décentralisées. L’ambition est de créer un vaste écosystème numérique capable d’interconnecter les différents systèmes d’information publics. Grâce à cette interconnexion, l’IGF espère accéder en temps réel à un volume considérable d’informations financières, budgétaires et administratives. L’utilisation des données massives, de l’intelligence artificielle, de l’analyse prédictive et de la cartographie des risques permettra alors d’identifier rapidement les anomalies et les signaux d’alerte.
Protéger les recettes, mais aussi le patrimoine de l’État
Le contrôle systémique ne concerne pas uniquement les recettes et les dépenses publiques. L’IGF veut également renforcer la protection du patrimoine de l’État, souvent mal connu ou insuffisamment valorisé. Les biens mobiliers et immobiliers publics, les infrastructures, les ressources naturelles et les investissements réalisés par l’État figurent parmi les domaines qui feront l’objet d’un suivi accru. «Chaque actif public mal géré représente une richesse nationale qui échappe au développement du pays», a expliqué un responsable de l’IGF. C’est dans cette logique que la nouvelle stratégie s’intéresse également à la qualité de la dépense publique. Le contrôle systémique entend ainsi renforcer la surveillance des projets publics, des marchés de l’État et des dépenses d’investissement afin de lutter contre les surfacturations, les projets inachevés et les dépenses improductives. L’ambition est de faire de la dépense publique un véritable levier de croissance économique et d’amélioration des conditions de vie de la population.
Chiffré à 39,63 millions de dollars américains, le Plan stratégique triennal consacre 37 % à la digitalisation et au développement des outils technologiques nécessaires à la mise en œuvre du contrôle systémique. Le programme repose sur six axes prioritaires : la transformation digitale, le contrôle des recettes et des dépenses publiques, la protection du patrimoine de l’État, l’amélioration de la gouvernance des entreprises publiques, l’optimisation de la qualité de la dépense publique et le renforcement des capacités institutionnelles.
Les médias, partenaires clés de la mutation
Selon Bitasimwa, cette mutation ne peut être l’affaire exclusive des institutions étatiques. Les journalistes et les acteurs de la société civile jouent un rôle essentiel dans la diffusion de l’information, l’éducation citoyenne et la promotion de la culture de la redevabilité. Le séminaire organisé à Kinshasa poursuit ainsi un double objectif : permettre aux participants de mieux comprendre les enjeux du contrôle systémique et renforcer leurs capacités afin qu’ils deviennent des relais crédibles de la réforme auprès de la population. «Les médias et la société civile constituent des partenaires de l’État dans l’édification d’une gouvernance moderne et responsable», a déclaré Bitasimwa.
Pour le patron de l’IGF, la réussite des réformes engagées dans la gestion des finances publiques ne peut reposer sur les seules institutions de contrôle. Elle exige également l’implication des citoyens, des organisations de la société civile et des médias, appelés à jouer un rôle actif dans la diffusion d’une information fiable, l’éducation citoyenne et la promotion de la culture de la redevabilité.
WIDAL


