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Quand la dette TDB-Frontera se paie en invectives [Édito]

Une fâcheuse habitude tend à s’installer à Kinshasa. Celle d’intimer aux médias de se taire, ou à défaut, de gober. Quiconque prend la liberté de recadrer le débat public, chiffres et faits à l’appui, est aussitôt pris à partie par une cohorte de «communicateurs» bien identifiés. Leur méthode est immuable: diffamer le média, l’accuser d’être financé, et chercher à noyer les faits sous les insultes. C’est devenu le bouclier de certains anciens gestionnaires. AfricaNews a fait le choix inverse. Celui d’exercer sa mission.

Après les affirmations de Nicolas Kazadi sur le premier Eurobond congolais – qualifié de «cher» à 9% lors du Space de Stanis Bujakera – notre Rédaction a apporté la contradiction, au nom du droit du public à une information juste. L’ancien ministre est revenu à la charge vendredi sur X, avec un long plaidoyer sur la soutenabilité. Nous y avons répondu par un article.

Puis est venue la deuxième séquence: la dette de 157,5 millions de dollars qu’il a lui-même contractée auprès de la TDB et de Frontera -et non Fujiri comme écrit précédemment- pour achever le Centre financier de Kinshasa, ce chantier inauguré en grande pompe alors que certains étages n’ont jamais été livrés. Là encore, les mêmes comptes, dont un certain Kabenda Israelo, se sont précipités pour défendre l’ancien argentier avec un calcul tronqué qui résume la méthode. Écrivons-le: «16,5 millions par an et non 52 millions, (150.000.000 x 0,11), même un simple calcul, vous ne maîtrisez pas».

Ce raisonnement est faux. Et il est l’illustration parfaite de ce que nous dénonçons.

Primo, le montant exact n’est pas de 150 mais de 157,5 millions de dollars, selon la note de la Direction générale de la dette publique -DGDP- du 18 mai 2023 que nous avons consultée. Secundo, le taux n’est pas de 11% fixe, mais de SOFR 6 mois + 6,5%, soit 11,12% au 26 mai 2023 selon la même note, variable. Tertio, et c’est le plus grave, 16,5 millions, ce n’est que l’intérêt. Il oublie le capital. Rappelons ce qu’est le SOFR: le «Secured Overnight Financing Rate». C’est le taux d’intérêt de référence du dollar américain qui a remplacé le Libor. Il reflète le coût de l’argent au jour le jour sur le marché américain. Dire SOFR + 6,5% signifie donc que la RDC paie le prix du marché américain plus une prime de risque de 6,5%. Quand le taux américain monte, la facture congolaise monte automatiquement. C’est une dette à taux variable, donc imprévisible et plus risquée qu’un taux fixe.

Cette dette, toujours selon la note DGDP que nous avons consultée, dure quatre ans et demi, dont un an et demi de grâce. Pendant la grâce, le Trésor paie en effet 8,76 millions de dollars par semestre d’intérêts. Mais dès que la grâce s’achève, il paie 26,25 millions de capital plus les intérêts: 35,01 millions au quatrième semestre, 33,55 millions au cinquième, 32,09 millions au sixième. Soit près de 70 millions par an pendant trois ans. Avec les 3,94 millions de frais d’arrangement payés cash à la signature, toujours selon la note, l’addition monte à 218 millions remboursés pour 157,5 millions empruntés.

Dire que cela ne coûte que 16,5 millions de dollars par an, c’est expliquer à un locataire que son logement ne coûte que les charges, sans le loyer. Le reste de l’argumentaire n’est pas plus solide. «Dette commerciale pour des projets spécifiques et non sans projet», dit-il. Personne n’a dit qu’il n’y avait pas de projet. Nous disons que le projet est non productif. Des bureaux pour loger le ministère des Finances et certains privés ne génèrent pas assez de recettes en devises. Une route nationale, une interconnexion électrique, un barrage, si. C’est la base même de l’analyse de soutenabilité que Nicolas Kazadi invoque. «Les décaissements ont suivi l’évolution des projets.» Faux. La même note de la DGDP du 18 mai 2023 montre que 2,5% de frais d’arrangement et 2,5% de commission d’engagement sont prélevés avant la première brique.

«Le modèle prévoyait un retour sur investissement en 10 ans.» Quel retour ? L’État est propriétaire et occupant. Le modèle présenté en Conseil des ministres reposait sur la location de 30% des surfaces à des banques. Deux ans après l’inauguration, certaines surfaces sont vides et d’autres inachevées. Même à 20 dollars le mètre carré, il faudrait 35 ans pour amortir 452 millions de dollars – le coût total du Centre avec avenants et intérêts selon nos informations – pas dix. Voilà les faits. Ils sont têtus. Nous le répétons: la sortie de Nicolas Kazadi passe mal non parce que l’Eurobond à 9% serait bon marché – il est cher par rapport au Sénégal ou à la Côte d’Ivoire – mais parce que celui qui le qualifie de cher est le même qui, selon la DGDP, a fait endetter l’État à 11,12% sur quatre ans et demi essentiellement pour des bureaux administratifs.

Gouverner, c’est prévoir, écrit-il. Prévoir, c’est ne pas faire payer 35 millions de dollars tous les six mois au Trésor pour du béton administratif quand on peut en payer 7 pour des infrastructures productives. AfricaNews continuera de compter. Même quand on lui demande de se taire.

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