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RDC – Affaire 1500 logements sociaux Samibo: Bitakwira lié par 13 millions de dollars

Comment au détour d’un avenant, l’ancien ministre du Développement rural est impliqué dans l’augmentation du nombre et coût des maisons préfabriquées commandées dans le cadre du programme de 100 jours, passé de 900 à 1500, au prix de 26.750.000 dollars à 57.600.000 dollars, soit une hausse de 29.722 dollars à 38.400 dollars, soit encore une hausse vertigineuse de 8.678 dollars par habitation…

Justin Bitakwira, ancien ministre du Développement rural dans le gouvernement Tshibala, est dans la position d’un acteur clé dans le détournement des fonds publics déploré dans le contrat conclu avec la société Samibo Congo SARL pour la construction de 1500 logements sociaux dans le cadre du Programme d’urgence de 100 jours. Un scandale que les rédactions d’AfricaNews constatent après avoir passé au peigne fin la documentation relative à ce feuilleton des maisons fabriquées.

Avril 2018, sous Joseph Kabila et Bruno Tshibala, le gouvernement de la République projette de construire 900 logements sociaux dans 9 provinces, à raison de 100 maisons par province. Kinshasa, Kongo Central, Kasaï Central, Kasaï Oriental, Nord-Kivu, Tanganyika, Sud-Kivu, Lomami et Lualaba sont retenus dans ce programme visant l’installation des villages modernes à travers le pays. Signé entre le ministre du Développement rural de l’époque, Justin Bitakwira, et le groupement d’entreprises «Samibo Congo SARL-Karmod Prefabrik Yapi Teknolojileri Ltd» représenté par sieur Samih Houballa Jammal, actuellement en prison, le contrat se chiffre à 26.750.000 dollars, soit 29.722 dollars par maison préfabriquée. Les parties conviennent de domicilier les fonds dans le compte du groupement intitulé «Samibo Congo Sarl» logé chez Ecobank. Mais le dossier en reste là.
Félix Tshisekedi arrive au pouvoir en janvier 2019. Près de trois mois après, en avril 2019, le projet des logements sociaux est déversé dans le Programme d’urgence de 100 jours. C’est vraisemblablement à cette occasion que Bitakwira fait éclater sa capacité de truander. Dans une lettre transmise le 5 juillet 2019 à la Direction des contrôles des marchés publics -DGCMP-, il explique avoir signé un avenant avec Samibo pour la commande des maisons. Le nouveau marché porte sur 300 logements sociaux à construire dans 5 provinces au lieu de 9 initialement: Kinshasa, Kongo Central, Kasaï Central, Kasaï Oriental et Sud-Kivu. Un total de 1500 maisons bizarrement facturées à 57.600.000 dollars.

Pistes sérieuses et vrais protagonistes
«Il y a nécessité de modifier, par avenant, le contrat initialement signé entre l’Autorité contractante et l’attributaire du marché conformément aux dispositions légales et réglementaires en vigueur sur les Marchés publics prenant en compte la réduction du nombre de provinces à cinq -5- et augmentant le nombre de maisons préfabriquées à 300 impactant ainsi l’enveloppe total à un montant de 57.600.000 dollars américains au lieu de 26.750.000 dollars américains comme prévu initialement», argumente Bitakwira. Il y a eu un tour de passe-passe que la DGCMP a soit cautionné, soit négligé. Parce qu’un petit calcul suffit pour découvrir la supercherie. Le coût d’une maison est sensiblement revu à la hausse, passant de 29.722 dollars à 38.400 dollars, soit une augmentation vertigineuse de 8.678 dollars par habitation. Il n’est pas risqué de déduire que Justin Bitakwira et Samih Jammal ont empoché 13.017.000 dollars dont ils doivent justifier la destination.
Selon les termes de l’Ordonnance du Tribunal de paix de Kinshasa/Matete publiée le 11 avril dernier, le Parquet poursuit Vital Kamerhe, le Directeur de Cabinet du Chef de l’État placé en détention préventive, pour détournement présumé des fonds de l’État, entre autres 47 millions de dollars, par «le mécanisme d’attribution des marchés publics de gré à gré à des entreprises fictives» dont Samibo Congo SARL. Kamerhe se défend, affirmant que «tous les marchés publics qui existent entre la République et les tiers ont été hérités du gouvernement Tshibala et aucun marché public de gré à gré ne porte sa signature».
Mardi et mercredi, le Parquet a confronté Kamerhe et l’ancien ministre Bitakwira dans le cadre des enquêtes ouvertes sur les 100 jours. Selon le site Politico.cd, Bitakwira dégage sa responsabilité. «Dès qu’il a été décidé qu’il n’y aurait plus de mouvement des fonds sans l’aval du Directeur de Cabinet du Chef de l’Etat, le projet en question est devenu comme un papier errant entre mon ministère et le ministère du Budget. C’est la raison pour laquelle durant cette période allant de janvier à septembre 2019, lors de l’entrée du nouveau gouvernement en place, moi en tant que ministre sectoriel, je n’ai plus su à quel niveau les opérations financières ont été effectuées…», se défend Bitakwira cité par Politico.cd, rejetant la balle à Kamerhe. La décision de la Présidence de la République portant gel des engagements et dépenses publiques a beau être prise le 25 janvier 2019, Bitakwira ne s’est pas empêché de signer l’avenant au contrat des logements sociaux avec Samibo en avril 2019, de revoir à la hausse le prix des maisons préfabriquées commandées au nom de la République et d’en faire part en juillet de la même année à la DGCMP. «L’ancien ministre n’a qu’à brandir la lettre du Directeur de Cabinet donnant l’ordre d’augmenter et le nombre et le prix des logements sociaux pour se tirer d’affaires et prouver qu’il n’est pas lié aux 13 millions de dollars qui font scandale», commente un chroniqueur judiciaire, arguant que du point de vue constitutionnel, un ministre est le seul responsable de son secteur et sous l’angle pénal, l’infraction est individuelle.
Loin de l’idée d’influencer les instructions judiciaires en cours, voici que toute la correspondance se rapportant au contrat Samibo et à son avenant parait apporter davantage de lumière et donner aux magistrats des pistes supposées plus sérieuses, avec des vrais protagonistes.

AKM

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