
La transformation économique de la République démocratique du Congo passe aussi par la qualité de son information économique. C’est l’une des principales idées ressorties du déjeuner de presse organisé mercredi 12 août par BGFIBank RDC, autour du thème «Banque et médias: quels leviers pour accompagner la transformation économique de la RDC?». Tenue au siège de la filiale du groupe gabonais à Kinshasa, la rencontre a permis à la banque de présenter ses performances, de dévoiler les grandes lignes de son nouveau plan stratégique et d’ouvrir un débat plus large sur les rapports entre institutions financières, médias et opinion publique.
Dans son mot, l’Administrateur directeur général de BGFIBank RDC, Francesco De Musso, a défendu l’idée d’une responsabilité partagée. «La transformation économique de la République démocratique du Congo ne peut pas être portée par un seul acteur», a-t-il souligné, citant les pouvoirs publics, les entreprises, les institutions financières, les investisseurs, la société civile, mais aussi les médias.
Pour le patron de BGFIBank RDC, les médias ont un rôle déterminant dans une économie en mutation. Ils doivent, selon lui, «informer, expliquer, vulgariser, questionner et parfois alerter». De son côté, la banque entend contribuer à cette transformation par le financement de l’économie, l’innovation, l’inclusion financière et le développement de solutions adaptées aux besoins de ses clients.
Une banque qui change d’échelle
Cette ambition s’appuie sur une croissance significative de BGFIBank RDC au cours des cinq dernières années. Entre 2021 et 2025, le total bilan est passé de 157,4 millions à 618,6 millions de dollars, soit une multiplication par 3,9. Les dépôts de la clientèle ont progressé de 53,6 millions à 450,4 millions de dollars, tandis que les crédits nets sont passés de 78 millions à 331,8 millions de dollars.
Le produit net bancaire a, lui, évolué de 11,7 millions à 49 millions de dollars. Surtout, le résultat net, déficitaire de 1,3 million de dollars en 2021, a atteint 13,2 millions de dollars en 2025, consacrant une quatrième année consécutive de rentabilité.
La dynamique s’est poursuivie au premier semestre 2026. Au 30 juin, le bilan s’établissait à 738 millions de dollars, avec un produit net bancaire en hausse de 37 % et un résultat net en progression de 33 % sur un an, selon les chiffres présentés par l’ADG.
Derrière ces indicateurs, Francesco De Musso voit surtout la traduction de la confiance des clients et des choix opérés par la banque. Mais BGFIBank RDC entend désormais franchir un nouveau cap.
De « Mbotama ya Sika » à BRD28
Après le cycle stratégique « Mbotama ya Sika », qui a accompagné la transformation de la filiale entre 2022 et 2025, BGFIBank RDC entre dans une nouvelle séquence avec BRD28, déclinaison congolaise du projet d’entreprise du groupe BGFIBank, baptisé B30, pour la période 2026-2030.
L’objectif affiché est de faire de BGFIBank RDC un acteur régional de référence en matière d’efficacité commerciale, digitale et opérationnelle, avec une croissance rentable, une meilleure expérience client, davantage de digitalisation et une exigence renforcée en matière de conformité et de maîtrise des risques.
La banque entend notamment poursuivre son accompagnement du secteur minier, tout en se positionnant davantage sur les secteurs appelés à porter la diversification de l’économie congolaise : infrastructures, agriculture, industrie, distribution, santé, services et PME.
Les jeunes, les femmes et la diaspora figurent également parmi les segments que BGFIBank RDC veut davantage cibler. La digitalisation occupe une place centrale dans cette stratégie, avec notamment la poursuite du développement de RAKKACash et l’automatisation de plusieurs processus, de l’entrée en relation avec les clients au KYC et à la gestion des réclamations.
Médias : informer sans confondre les rôles
Le débat a également porté sur la nature de la relation entre banques et médias. Conseillère au CSAC, Chantal Kanyimbo a rappelé que les deux secteurs ont besoin l’un de l’autre, tout en appelant à préserver la spécificité du travail journalistique.
« Les banques ont besoin des médias et vice versa », a-t-elle relevé, avant d’insister sur la nécessité de « faire la part des choses entre la communication institutionnelle et l’analyse, la critique et la vérification ».
Une distinction qui prend une importance particulière à l’heure où les institutions financières développent leur communication sur plusieurs plateformes et où les réseaux sociaux bouleversent les circuits traditionnels de diffusion de l’information.
Président provincial de l’UNPC, Jean-Marie Kassamba a, pour sa part, insisté sur la nécessité de disposer d’un paysage médiatique professionnel et économiquement viable. « On ne peut accorder d’autorisation de diffusion à des médias qui ne sont pas viables », a-t-il soutenu.
Les échanges ont également abordé l’émergence des influenceurs dans l’écosystème de l’information. Kassamba a rapproché la notion d’influenceur de celle de prescripteur, estimant que tous deux recommandent les produits ou services qu’ils maîtrisent.
« La communication intervient dès la conception »
La place de la communication dans les politiques publiques et les stratégies des institutions a également été mise en avant par le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya.
« La communication c’est comme la sécurité. Elle ne vient pas en appui, elle intervient dès la conception », a-t-il déclaré, résumant la nécessité pour les institutions de ne plus considérer la communication comme une fonction secondaire intervenant après la prise de décision.
Cette approche rejoint, en partie, la réflexion portée par BGFIBank RDC sur la diversification de l’économie afin d’attirer davantage d’investissements. La banque plaide également pour une meilleure capacité à expliquer les réformes, en plus des mécanismes financiers.
Pour Francesco De Musso, le dialogue avec la presse doit ainsi dépasser la simple présentation des résultats de la banque. Il doit permettre de réfléchir à la manière de rendre l’information financière plus accessible aux citoyens, de mieux expliquer les transformations économiques du pays et de valoriser les initiatives susceptibles de contribuer au développement.
« Nous voulons pouvoir vous présenter nos résultats et nos projets, mais nous voulons également entendre votre regard », a-t-il lancé aux professionnels des médias.
Avec BRD28, BGFIBank RDC entend donc poursuivre sa croissance tout en renforçant son ancrage dans l’économie congolaise. Mais le déjeuner de presse du 12 août aura surtout mis en évidence l’équation autour de l’accompagnent la transformation économique suppose aussi de mieux communiquer sur celle-ci, sans pour autant confondre communication institutionnelle et journalisme.
WIDAL

