
Le président national de l’Alliance des forces démocratiques du Congo -AFDC-A et deuxième vice-président du Sénat, Modeste Bahati Lukwebo, a tenu, mercredi 4 mars dernier, une conférence de presse au siège de son parti, dans la commune de Lingwala à Kinshasa. Face à la presse, il a structuré sa communication autour de trois axes majeurs, à savoir: la dénonciation d’une «cabale» liée au dossier Bralima Bukavu, le soutien aux initiatives diplomatiques en faveur de la paix, et la mise en garde contre les risques de balkanisation de la RD-Congo.
D’entrée de jeu, Modeste Bahati a fustigé ce qu’il qualifie de manœuvre orchestrée par «des officines», en complicité avec la société Bralima et le cabinet d’avocats Liedekerke, au sujet de l’acquisition de la succursale de Bralima Bukavu auprès du groupe néerlandais Heineken. Le sénateur a catégoriquement rejeté le rapport du Directeur général de Bralima Kinshasa, Étienne Saada, adressé au Directeur de cabinet du Chef de l’État, le présentant comme actionnaire dans une société ayant racheté cette succursale.
«Cette information est fausse et infondée», a-t-il martelé, annonçant qu’il a saisi la justice pour «rétablir son honneur et sa réputation». Visiblement affecté, le président national de l’AFDC-A a rappelé qu’il figure parmi les victimes directes de la guerre à l’Est, affirmant avoir perdu des proches et vu son patrimoine -résidence, hôtels, véhicules, immeubles et usines- occupé par les rebelles de l’AFC/M23 soutenus par le Rwanda.
«Comment imaginer que je puisse composer avec mes bourreaux?» a-t-il lancé, dénonçant une tentative de diabolisation visant à l’opposer au Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi, à qui il a réitéré sa loyauté. Modeste Bahati a invité toute personne désireuse d’obtenir davantage d’informations sur ce dossier de la Bralima Bukavu à s’adresser aux ministres des Finances, Doudou Fuamba, et de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni.
Soutien aux initiatives diplomatiques et à l’accord de Washington
Abordant le deuxième point de son intervention, Modeste Bahati a appelé les RD-Congolais à soutenir l’Accord de Washington ainsi que toutes les initiatives diplomatiques en cours, en attendant la réorganisation et la restructuration des forces armées. Il a salué, à cet effet, la «diplomatie agissante» du Président Félix-Antoine Tshisekedi.
Commentant les sanctions prises par l’administration Trump contre l’armée rwandaise, il a estimé qu’elles constituent «un pas vers la fin des hostilités» dans l’Est du pays, évoquant des restrictions appelées à produire des effets concrets. Sur la question du cessez-le-feu, le deuxième vice-président du Sénat a appelé à la lucidité.
«Lorsqu’on observe un cessez-le-feu, chaque camp garde sa position», a-t-il rappelé, soulignant qu’une partie significative du Nord-Kivu et du Sud-Kivu reste sous occupation et administration de l’AFC/M23. Pour lui, soutenir le statu quo reviendrait à appuyer une balkanisation de facto du pays. Il a ainsi plaidé pour la stricte application de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, exigeant le retrait des troupes rwandaises du territoire RD-congolais. Dans le même registre, il a mis en garde «ceux qui passent leur temps à courtiser les décideurs et à stigmatiser certains dirigeants», les appelant à tirer les leçons du passé récent.
État de siège, Wazalendo et phénomène Mobondo
Interrogé sur l’état de siège en vigueur dans certaines provinces de l’Est, Modeste Bahati a reconnu la complexité de la situation. Selon lui, un retour à la gestion civile demeure difficile tant que des zones restent sous occupation rebelle. Il estime nécessaire d’attendre le retrait des troupes rwandaises avant de redéfinir les modalités de gouvernance locale.
Concernant les groupes d’autodéfense dits «Wazalendo», il a salué leur rôle dans la défense du territoire national tout en insistant sur la nécessité de leur encadrement. Il a également évoqué le phénomène Mobondo dans le Grand Bandundu, appelant à leur réintégration encadrée dans la société et saluant le départ d’un grand nombre d’entre eux vers Kaniama Kasese pour des programmes d’apprentissage.
Union sacrée et mandat présidentiel
Sur le plan politique interne, Modeste Bahati a rejeté toute idée de division au sein de l’Union sacrée de la Nation, plateforme soutenant le Chef de l’État Félix Tshisekedi. S’il a admis une certaine léthargie, il a assuré que des mécanismes sont en place pour éviter qu’elle ne se reproduise. Il a également insisté sur le respect du principe de «poids politique» dans la gestion de la majorité au pouvoir.
Enfin, abordant la question du mandat présidentiel, il a rappelé que celui de Félix Tshisekedi court jusqu’en 2028, le décrivant comme «un républicain qui respecte la Constitution». Pour lui, une révision de la Constitution n’est pas nécessaire à l’heure actuelle. Il a souligné que la RD-Congo n’a pas un problème de textes, plutôt d’hommes.
«Il ne faut pas être hypocrite. Quand on aime son chef, on lui dit la vérité», a-t-il dit. En filigrane de son intervention, le leader de l’AFDC-A a martelé un message central: la paix durable à l’Est demeure la priorité absolue. «J’ai perdu des proches dans cette guerre. Notre souhait est que la paix revienne», a-t-il conclu, se disant solidaire avec toute la population meurtrie et déterminé à poursuivre le combat politique pour la stabilité et l’intégrité territoriale de la RD-Congo.


