
Le vice-Premier ministre en charge du Budget, Adolphe Muzito, se veut optimiste. Dans un entretien accordé à «Jeune Afrique», il estime que les réformes économiques engagées depuis 2019 placent la RD-Congo sur une trajectoire de croissance durable, malgré l’insécurité persistante dans l’Est du pays. Selon lui, les principaux indicateurs macroéconomiques ont enregistré une nette progression au cours des cinq dernières années. «Le produit intérieur brut -PIB- de la RD-Congo est passé de 46,84 milliards de dollars en 2019 à 70 milliards de dollars en 2023. Dans le même temps, le budget de l’État financé sur ressources propres a plus que doublé, passant de 4 à 8,5 milliards de dollars. Les réserves de change ont également bondi, de 800 millions à 5,5 milliards de dollars», déclare-t-il. Adolphe Muzito attribue ces résultats aux orientations du Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi et à l’action du gouvernement dirigé par la Première ministre, Judith Suminwa.
Cap sur les infrastructures
Le vice-Premier ministre en charge du Budget reconnaît toutefois des retards, notamment dans le secteur agricole. Selon lui, le gouvernement a accordé la priorité aux infrastructures afin de désenclaver le pays et de stimuler la croissance. Il rappelle qu’en 2019, la RD-Congo ne disposait que d’environ 5 000 kilomètres de routes nationales asphaltées et de 1 000 kilomètres de voies ferrées réellement opérationnelles. L’objectif fixé est désormais d’atteindre 10 000 kilomètres de routes revêtues et 1 500 kilomètres de chemins de fer d’ici à 2028.
À plus long terme, Adolphe Muzito évoque un vaste programme d’investissements de plus de 100 milliards de dollars. Celui-ci prévoit la construction de 50 000 kilomètres de routes, de 4 000 kilomètres de voies ferrées, ainsi que d’infrastructures portuaires, aéroportuaires et hydroélectriques. Tablant sur une croissance annuelle moyenne de 5,5% entre 2026 et 2035, le patron du Budget projette un PIB de 215 milliards de dollars à l’horizon 2035. «D’ici à 2035, la RD-Congo pourrait devenir la troisième puissance économique d’Afrique subsaharienne», affirme-t-il, estimant que cette dynamique permettra au pays de financer une part croissante de ses projets sur fonds propres.
Un débat constitutionnel jugé légitime
Interrogé sur l’après-2028, le vice-Premier ministre salue la capacité du Président Félix-Antoine Tshisekedi à impulser le développement. Concernant une éventuelle révision de la Constitution, Adolphe Muzito, président du parti Nouvel Élan et favorable à cette réforme, précise qu’il ne s’exprime pas au nom de sa formation politique. Il estime toutefois que ce débat est légitime dans un État démocratique et que le dernier mot reviendra toujours au peuple. Il affirme par ailleurs que la RD-Congo dispose désormais des capacités financières nécessaires pour organiser un éventuel référendum constitutionnel ainsi que les élections prévues en 2028.
Réagissant aux réserves exprimées par les évêques catholiques, qui s’interrogent sur l’opportunité d’une révision de la Constitution en période de guerre, Adolphe Muzito cite l’exemple de l’Ukraine. Selon lui, la priorité, en temps de conflit, demeure la préservation de l’intégrité territoriale. Le vice-Premier ministre en charge du Budget rejette enfin les accusations de l’Opposition, qui l’accuse de vouloir instrumentaliser la guerre pour prolonger le mandat présidentiel. Selon lui, celle-ci ne propose ni alternative crédible ni véritable projet de société.