
Kinsuka Power se veut l’un des grands chantiers énergétiques privés de Kinshasa, la capitale de la République du Congo, mêlant ambition industrielle et promesse écologique. Fruit d’une joint‑venture entre Great Lake Energy, fondée par Yves Kabongo, et le Groupe Forrest International via sa filiale Congo Energy, le projet entend renforcer durablement l’approvisionnement électrique de Kinshasa.
Ainsi présenté comme stratégique, Kinsuka Power repose sur un investissement estimé à 2,8 milliards de dollars et une capacité installée de 900 MW. En chiffres, la production annuelle moyenne est attendue à 7 450 GWh, avec une énergie garantie de 6 500 GWh -des volumes susceptibles de changer la donne pour une ville et un pays qui peinent à couvrir leurs besoins.
Par ailleurs, le projet s’inscrit dans un contexte national contrasté: la République Démocratique du Congo dispose d’un potentiel hydraulique théorique de l’ordre de 100 000 MW, alors que le taux d’accès à l’électricité reste inférieur à 23 %. De ce constat naît l’urgence d’accroître l’offre, condition sine qua non à la compétitivité industrielle et au développement des services.
Sur le plan technique, Kinsuka exploitera un site naturel de l’île de Kiudi, sur le fleuve Congo. La configuration locale -une succession de rapides et une chute d’environ 15 mètres sur près de 10 kilomètres- permet un aménagement «au fil de l’eau», sans grand barrage, assurant une production continue et un impact hydraulique et environnemental limité.
En outre, l’absence de retenue majeure est mise en avant comme un avantage ESG: l’énergie fournie sera 100 % renouvelable et sans émissions directes de CO2, contribuant ainsi aux engagements climatiques et aux objectifs de développement durable, notamment les ODD 7 -énergie propre-, 8 -croissance économique-, 9 -industrie, innovation- et 13 -action pour le climat.
Pour sa réalisation, les promoteurs avancent un délai estimé à cinq ans après bouclage financier. Les études de préfaisabilité menées par Tractebel, cabinet international de référence, ont été validées par les autorités compétentes, attestant la faisabilité technique, économique et environnementale du projet.
Côté gouvernance, Kinsuka Power est porté par une association d’expériences: Yves Kabongo apporte la vision et l’initiative, tandis que le Groupe Forrest International -présidé par George Arthur Forrest et piloté par Malta David Forrest- met à disposition son expertise industrielle. Congo Energy, dirigée par Spyros Giourgas, est présentée comme l’opérateur clé pour la mise en œuvre opérationnelle.
De surcroît, le projet bénéficie d’un appui institutionnel notable. Le ministère des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, sous la houlette d’Aimé Sakombi Molendo, a intégré Kinsuka dans les priorités nationales, et la Société Nationale d’Électricité -SNEL SA-!est associée afin d’assurer la cohérence avec le réseau électrique national. Les autorisations administratives et environnementales nécessaires ont été, selon les promoteurs, obtenues.
Sur le plan économique, l’intérêt pour le secteur minier est évident : une fourniture 24/7, une moindre dépendance au diesel, une compétitivité opérationnelle accrue et la possibilité de contractualiser l’énergie produite. En somme, Kinsuka pourrait réduire les coûts énergétiques et améliorer l’acceptabilité sociale des acteurs extractifs.
Reste, enfin, la question du financement et de la mobilisation des capitaux internationaux. Les promoteurs mettent en avant la conformité du projet aux critères des bailleurs climatiques, espérant ainsi attirer des fonds privés et des partenaires institutionnels pour boucler le montage financier et lancer les travaux.
Qu’il s’agisse d’un levier d’industrialisation ou d’un outil de transition énergétique, Kinsuka Power se présente désormais comme une promesse à concrétiser, à condition que la feuille de route financière, technique et sociale tienne toutes ses promesses.
Natine K.



