Actualités

427 détenus pour 150 places à Mbanza-Ngungu et un parquet en bois de 1956, le voyage choc de Guillaume Ngefa au Kongo Central

427 détenus pour 150 places, un parquet logé dans un préfabriqué en bois de 1956, une maison de redressement centenaire à l’abandon. Pour sa première grande tournée dans le Kongo Central, le ministre de la Justice Guillaume Ngefa Atondoko Andali a choisi le terrain. Et le terrain lui renvoie des évidences effroyables.

Entre Madimba et Mbanza-Ngungu, les 1er et 2 septembre, le garde des Sceaux a découvert ce que les rapports ne disent jamais: une justice qui tient encore debout, mais à peine.

Madimba, le fantôme de la justice des mineurs

Tout commence à Madimba. Au bout d’une piste, un site immense, chargé d’histoire. L’ancien Établissement de garde et d’éducation de l’enfant en conflit avec la loi. Créé en 1913 par l’administration coloniale, c’était autrefois le centre national de la rééducation. On y apprenait la menuiserie, l’imprimerie, la mécanique. On y formait des jeunes, on les réinsérait. Depuis 2003, plus rien. A l’abandon. Pillée, dégradée, en partie transformée en école, une portion de sa concession serait aujourd’hui occupée illégalement.

Face aux ruines, une voix s’élève, celle de Cornélie Kavua. Fille du dernier directeur technique, elle a grandi là. Elle se souvient des ateliers qui tournaient, des jeunes qui apprenaient un métier. Elle plaide, avec émotion, pour que l’État réinvestisse les lieux. Pour elle, la réponse au phénomène «Kuluna» qui gangrène les villes est là, dans la formation, pas seulement dans la répression.

Le ministre l’écoute. Et promet. Sur ce site stratégique, son ministère envisage de construire un établissement moderne, aux normes internationales de prise en charge des mineurs. En attendant, il ordonne un audit. Vérifier les titres fonciers, identifier les spoliations, récupérer le patrimoine de l’État. Le chantier est devenu l’une de ses obsessions.

Car à Madimba, tout ramène à la terre. L’administrateur du territoire, Francis Ntoto Nsuba, lâche le chiffre qui explique tout: plus de 90 % des dossiers qui arrivent au tribunal sont des conflits fonciers. Des limites de champs contestées, des successions qui s’éternisent, des concessions qui se chevauchent, notamment à Kintanu, à la frontière avec Mbanza-Ngungu. La terre est la première source d’engorgement des tribunaux, de lenteur judiciaire et de colère populaire. Les audiences foraines, explique-t-on, ont permis de faire baisser la délinquance, mais le mal est profond.

Mbanza-Ngungu, entassés comme des sardines et un parquet de 1956

Le lendemain, changement de décor, mais même délabrement. Mbanza-Ngungu. La prison centrale. Une ancienne maternité reconvertie. Le directeur, Trésor Malonda Nsanga, aligne les chiffres comme on aligne un constat d’échec: 427 détenus pour 150 places. Près de trois fois la capacité. Entassés comme des sardines. Dans le détail, 191 prévenus qui attendent leur jugement et 236 condamnés. Sept femmes, deux mineurs. Les femmes ont un petit espace à part. Pour le reste, prévenus et condamnés dorment ensemble. Les mineurs n’ont aucun quartier adapté.

Et dans quelles conditions ? Des détenus dorment à même le sol, faute de couchettes. Les sanitaires sont insuffisants. Un seul repas par jour, selon la direction, qui affirme ne plus avoir reçu de subvention de Kinshasa depuis cinq mois. La tuberculose et le choléra circulent. Le petit poste de santé ne fait que des premiers soins. Le reste est envoyé à l’hôpital général.

Guillaume Ngefa ne s’est pas contenté du bureau du directeur. Il est allé dans les cellules. Il a parlé avec les détenus. Conditions de détention, nourriture, accès aux soins, dossiers qui n’avancent pas. Une méthode directe, qui tranche avec les visites protocolaires. Même constat, quelques rues plus loin, au Parquet de grande instance. Ici, la justice est rendue dans une baraque en bois datant de 1956. Le bois est pourri, le toit fuit, les archives s’entassent. On y juge le destin des gens dans un décor indigne. C’est tout le symbole de cette justice de province, qui juge des vies dans des conditions qui ne respectent plus la sienne.

La justice de proximité comme priorité

De Madimba à Mbanza-Ngungu, la tournée de Guillaume Ngefa raconte la même histoire. Celle d’une justice de province abandonnée depuis des décennies, où magistrats et greffiers travaillent sans moyens, où les prisons sont des mouroirs et où le foncier est devenu le contentieux de tout un peuple.

Le ministre le sait, sa mission ne s’arrête pas là. Après Mbanza-Ngungu, cap sur Matadi, Boma et Muanda. L’objectif affiché: transformer ce diagnostic de terrain en plan d’action. Désengorger les prisons en accélérant les procédures des prévenus, améliorer les conditions de détention, protéger les plus vulnérables, ces femmes et ces mineurs perdus au milieu des adultes, et surtout, réhabiliter les infrastructures. À Kinshasa, on parle de réformes et de grands dialogues. Dans le Kongo Central, Guillaume Ngefa a compris que la crédibilité de l’État se joue d’abord ici, dans une cellule surpeuplée et dans un parquet en bois de 1956.

Tino Mabada

Doyen de la rédaction, Tino Mabada en est également le couteau suisse. Attaché à la rigueur journalistique, il suit avec une attention particulière les enjeux liés à la gouvernance, à la justice et à la vie publique. À travers ses reportages et ses analyses, il s'attache à fournir une information claire, contextualisée et fiable, contribuant ainsi à la mission d'AfricaNews : offrir une information crédible, vérifiée et sans filtre.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Bouton retour en haut de la page