
La ville de Tianjin, située à environ 120 kilomètres au Sud-Est de Pékin, continue d’affirmer son statut de grande métropole moderne du Nord de la Chine. Au milieu de gratte-ciel futuristes, d’industries intelligentes et d’infrastructures dernier cri, une silhouette domine toujours l’horizon: la tour de radio-télévision de Tianjin, qu’on appelle ici «Tianta». Mardi 26 mai 2026, cette tour emblématique a accueilli une délégation de journalistes africains dans le cadre du programme 2026 du Centre international de la presse et de la communication de Chine -CIPCC. Une visite guidée qui allait bien au-delà du simple tourisme: l’occasion de plonger dans l’histoire d’un monument clé de la Chine contemporaine, mais aussi de découvrir les mutations technologiques et médiatiques de la ville.
Avec ses 415,2 mètres de hauteur, la tour Tianta reste l’un des grands symboles architecturaux de la Chine post-réforme. Inaugurée en 1991, elle était alors la plus haute tour d’Asie. Aujourd’hui encore, elle figure parmi les plus grandes du continent et occupe la troisième place en Chine. Membre de la Fédération mondiale des grandes tours, elle possède une particularité qui la rend unique au monde: c’est la seule tour de cette taille construite au milieu d’un lac artificiel. Autour d’elle s’étend le lac Tianta, avec ses 22 hectares d’eau aménagés après la construction afin de donner l’impression que la tour émerge directement des flots. Ce mariage entre la rigueur de l’acier et la douceur du paysage aquatique est devenu l’une des signatures visuelles les plus marquantes de Tianjin. Construite entre 1988 et 1991, la tour est née dans un contexte historique bien particulier.
À l’époque, la Chine accélérait sa politique de réforme et d’ouverture lancée par Deng Xiaoping. Tianjin, grand port stratégique du Nord, cherchait à affirmer son renouveau économique et sa modernisation. Les autorités locales voulaient un symbole fort, capable d’incarner l’ambition d’une ville tournée vers l’avenir. Des ingénieurs et techniciens venus de Wuhan, Xi’an et Pékin ont participé au chantier. Pendant plus de trois ans, ils ont bravé des conditions climatiques difficiles pour ériger cette structure gigantesque de près de 100 000 tonnes. Ce dépassement collectif a donné naissance à ce que les autorités chinoises appellent encore aujourd’hui «l’esprit Tianta», un symbole de persévérance et d’innovation.
L’architecture de la tour frappe d’emblée par son audace futuriste. Sa plateforme principale, suspendue entre 248 et 278 mètres de hauteur, évoque une immense soucoupe volante. Avec un diamètre maximal de 46,2 mètres, cette structure métallique battait à l’époque un record mondial, dépassant même celui de la célèbre tour CN. Plus de 2 300 pièces d’acier, soit environ 1 560 tonnes, ont été nécessaires pour assembler cette plateforme spectaculaire. L’ascenseur rapide qui file à cinq mètres par seconde, permet d’atteindre le belvédère panoramique situé à 253 mètres en moins d’une minute. De là, une vue à 360 degrés dévoile toute l’étendue de cette métropole de plus de 13 millions d’habitants.
La tour abrite aussi l’une de ses attractions les plus originales: la «Bibliothèque Tianta Xiān», présentée comme la plus haute librairie du monde, perchée à 257 mètres, avec près de 10 000 ouvrages à disposition. Mais Tianta n’est pas qu’un site touristique. C’est aussi un équipement stratégique pour la ville. Conçue à l’origine comme un centre de diffusion audiovisuelle, elle assurait la transmission des signaux de télévision et de radio sur plus d’une centaine de kilomètres, bien avant l’arrivée de la 5G et des technologies satellitaires modernes. Cette vocation médiatique trouve aujourd’hui un prolongement naturel dans l’évolution du Centre des médias Haihe de Tianjin.
Héritier de plusieurs structures audiovisuelles locales, ce puissant groupe médiatique dispose désormais de trois journaux, dix fréquences radio et huit chaînes de télévision. Sa plateforme numérique revendique plus de 100 millions d’abonnés cumulés sur les nouveaux médias, tandis que ses réseaux IPTV couvrent près de quatre millions d’utilisateurs dans la municipalité. Ces dernières années, le Centre des médias Haihe a accumulé les distinctions nationales. Plusieurs productions journalistiques ont remporté les plus prestigieux prix chinois du journalisme, de la radio et de la télévision. Sa filiale numérique, Tianjin Jinyun New Media Group, figure même parmi les entreprises culturelles chinoises à la plus forte croissance.
Avec la préparation de l’Exposition mondiale des industries intelligentes 2026, Tianjin entend désormais mettre en avant ses ambitions dans les technologies intelligentes et l’économie numérique. La visite de Tianta a donc été bien plus qu’une simple découverte touristique. Pour les participants au programme CIPCC 2026, elle a offert une véritable lecture de l’évolution de la Chine contemporaine. Ce pays qui, depuis les années 1990, associe infrastructures monumentales, innovation technologique et puissance médiatique pour projeter son influence. Plus de trente ans après son inauguration, la célèbre inscription gravée à l’entrée de la tour semble toujours d’actualité: «Émergeant de l’eau, unique au monde; élancée et splendide, fierté du pays». À Tianjin, la tour Tianta continue de regarder vers le ciel, comme un symbole du dialogue permanent entre modernité chinoise et ouverture sur le monde.
Olitho KAHUNGU, depuis Tianjin

