
Une délégation de journalistes africains, dans le cadre du programme 2026 du Centre international de presse et de communication de Chine -CIPCC-, a visité, la semaine dernière, le terminal intelligent du port de Tianjin, en Chine, considéré aujourd’hui comme l’un des terminaux portuaires les plus avancés de la planète. À son arrivée sur le site, la délégation a été conviée à suivre une vidéo projetée sur un vaste écran numérique, présentant brièvement l’ensemble des activités développées dans chaque compartiment du port. Une plongée spectaculaire dans l’avenir de la logistique maritime, mais aussi dans l’une des vitrines les plus parlantes de la coopération économique sino-africaine. Le terminal intelligent et zéro carbone, situé dans la section C de la zone nord de la baie du port de Tianjin, impressionne par ses dimensions et ses performances.
Avec ses trois quais de 200 000 tonnes, il peut accueillir les plus gros porte-conteneurs en circulation sur les océans. Sur ses 750 000 mètres carrés de plateforme logistique, 12 portiques de quai, 42 portiques de parc et 92 véhicules intelligents autonomes travaillent de concert, sans aucune intervention humaine directe. Grâce à des technologies de pointe mêlant la 5G, le système de navigation satellitaire chinois Beidou et un système d’exploitation développé sur place, l’ensemble du processus de manutention est automatisé. Ce terminal est également une référence mondiale en matière de développement durable. Alimenté exclusivement par des énergies renouvelables, grâce notamment à cinq éoliennes et à une importante production photovoltaïque, il produit chaque année plus d’électricité qu’il n’en consomme. Résultat: des opérations portuaires à émission de carbone nulle et une réduction notable des nuisances sonores.
Selon les responsables du port, cette modernisation a permis au terminal d’atteindre des performances impressionnantes. En 2025, il a traité plus de 3,21 millions d’équivalents vingt pieds -EVP-, battant plusieurs records nationaux pour un terminal automatisé. Par ailleurs, le port de Tianjin joue un rôle stratégique dans le développement des échanges entre la Chine et l’Afrique. Premier port du nord de la Chine et principal débouché maritime de la région Pékin-Tianjin-Hebei, il est devenu un maillon essentiel de l’initiative «Ceinture et Route» prônée par le Président chinois Xi Jinping. Avec 150 lignes maritimes reliant plus de 500 ports dans 180 pays et régions, il figure parmi les hubs logistiques les plus importants du monde. Dans leur présentation, les responsables du terminal ont particulièrement mis en avant les lignes maritimes desservant l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique australe.
«Des liaisons régulières relient notamment Tianjin aux ports de Tema, au Ghana, de Lomé, au Togo, d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, ainsi qu’aux ports sud-africains de Coega et Durban. Chaque semaine, des milliers de tonnes de marchandises prennent la direction du continent africain: véhicules et pièces détachées, acier, matériaux de construction, produits chimiques, équipements industriels ou encore produits alimentaires transformés. En sens inverse, les navires transportent vers la Chine des minerais stratégiques et divers produits agricoles africains», a fait savoir l’un des responsables.

Pour les autorités portuaires, ces échanges illustrent parfaitement la complémentarité économique entre la Chine et l’Afrique. «Le port de Tianjin n’est plus seulement une plateforme de transport; il est devenu un véritable corridor de coopération, favorisant l’intégration des chaînes industrielles, la circulation des investissements et le développement des échanges commerciaux entre les deux partenaires», a-t-il souligné. Et d’ajouter: «nous utilisons le port comme un lien pour approfondir la complémentarité des ressources et promouvoir un développement mutuellement bénéfique entre la Chine et l’Afrique».
Une histoire tournée vers le monde
La force actuelle du port de Tianjin puise ses racines dans une longue histoire intimement liée à celle de la ville. Bien avant l’arrivée des grues automatisées et des réseaux numériques, c’est le transport fluvial qui a donné naissance à Tianjin. Pendant des siècles, les voies navigables ont attiré commerçants, artisans, fonctionnaires et travailleurs, transformant peu à peu ce lieu en un centre économique majeur du nord de la Chine. En 1404, sous la dynastie Ming, l’empereur Yongle fit construire une forteresse et un poste militaire pour protéger les routes d’approvisionnement en céréales destinées à la capitale impériale. Ce poste reçut le nom de «Tianjin Wei», marquant officiellement la naissance de la ville. Grâce à sa position stratégique, Tianjin est devenue par la suite l’un des principaux foyers du mouvement d’industrialisation et d’ouverture de la Chine à la fin de la dynastie Qing.
L’inauguration, en 1888, de la ligne ferroviaire Tangjin, l’une des premières voies ferrées modernes du pays, permit de relier efficacement le port à l’arrière-pays industriel de Tangshan, renforçant considérablement son rayonnement économique. Le XXIème siècle marque une nouvelle étape décisive. En 2001, le port franchit pour la première fois le seuil symbolique des 100 millions de tonnes de marchandises traitées, devenant le premier port du nord de la Chine à atteindre cette performance. Depuis, sa croissance n’a cessé de s’accélérer. Aujourd’hui, avec plus de 500 millions de tonnes de fret et plus de 24 millions d’EVP traités chaque année, Tianjin figure parmi les dix plus grands ports du monde.
Le plus grand port artificiel en eau profonde de la planète, doté d’un chenal de 300 000 tonnes et d’une profondeur de 22 mètres, constitue désormais la porte maritime de Pékin et l’un des piliers logistiques de l’économie chinoise. Face aux quais ultramodernes et aux véhicules autonomes circulant sans conducteur, les visiteurs africains ont découvert un port qui allie héritage historique et innovation technologique. Du poste militaire fondé il y a plus de six siècles à l’un des terminaux intelligents les plus performants du monde, le port de Tianjin incarne l’évolution spectaculaire de la Chine moderne. Il symbolise une vision du développement fondée sur l’ouverture, l’innovation et la connectivité internationale. À travers ses corridors maritimes reliant l’Asie, l’Europe et l’Afrique, Tianjin confirme aujourd’hui son statut de véritable «porte maritime» de la Chine. Une porte qui s’ouvre de plus en plus largement vers le continent africain, au bénéfice d’une coopération économique appelée à jouer un rôle croissant dans les décennies à venir.
Olitho KAHUNGU, de retour de Tianjin