
Réunis devant la gare ferroviaire de Lhassa dans la région autonome du Xizang ou du Tibet, la semaine dernière, des responsables gouvernementaux, diplomates et experts ferroviaires venus d’Afrique et de Chine ont donné le coup d’envoi du programme «Qinghai-Xizang Railways Tour for African Professionals».
Objectif: renforcer les échanges de compétences et ouvrir un nouveau chapitre dans le partenariat sino-africain en matière d’infrastructures.
Cette rencontre, lourde de symboles, a coïncidé avec le 70ème anniversaire des relations diplomatiques entre la Chine et les pays africains, le 50ème anniversaire du chemin de fer Tanzanie-Zambie -TAZARA- et les 20 ans d’exploitation de la ligne Qinghai-Xizang, considérée comme l’un des exploits les plus impressionnants de l’ingénierie ferroviaire mondiale. Dans leurs différents discours, les responsables chinois ont rappelé que les infrastructures ferroviaires ne sont pas de simples moyens de transport.
Ce sont des leviers de développement économique, des outils pour réduire les inégalités territoriales et des ponts entre les peuples. Gama Zedeng, président du gouvernement populaire de la région autonome du Xizang, a présenté la ligne Qinghai-Xizang comme une «route du bonheur, de l’unité, de l’innovation et du développement vert», capable d’allier performance technologique et protection de l’environnement. Construite dans des conditions extrêmes, à plus de 4000 mètres d’altitude et sur des zones de pergélisol, cette voie ferrée a désenclavé le plateau tibétain, boosté le tourisme, dynamisé le commerce local et amélioré les conditions de vie des habitants. Les autorités chinoises estiment que cette expérience pourrait inspirer plusieurs pays africains confrontés à des défis similaires en matière de connectivité et de développement régional. Yang Wanming, président de l’Association du peuple chinois pour l’amitié avec les pays étrangers, a souligné que cette initiative s’inscrit dans l’Année des échanges humains et culturels Chine-Afrique.
Selon lui, la coopération ne doit plus se limiter au financement des infrastructures. Il faut aussi miser sur la formation des talents, le transfert de technologies, l’harmonisation des normes techniques et le partage des retours d’expérience en gestion ferroviaire. Le ministre chinois des Affaires étrangères a, de son côté, réaffirmé la volonté de son pays d’accompagner les pays africains dans la modernisation de leurs réseaux ferroviaires. À l’en croire, les autorités chinoises ont notamment mis en avant la relance du projet de réhabilitation du TAZARA, ainsi que les nombreux investissements chinois réalisés ces dernières années sur des lignes stratégiques comme Addis-Abeba-Djibouti, Mombasa-Nairobi ou Abuja-Kaduna. Les représentants africains présents à Lhassa ont unanimement salué cette coopération. L’ambassadeur d’Éthiopie en Chine, Tefera Derbew Yimam, a souligné que la ligne Addis-Abeba-Djibouti est aujourd’hui un véritable moteur économique pour son pays, ayant considérablement réduit les délais de transport, créé des dizaines de milliers d’emplois et formé toute une nouvelle génération de techniciens africains.
Au nom des délégations africaines, Fredrick Siame, Directeur des transports au ministère zambien des Transports et de la Logistique, a rappelé que les chemins de fer restent un levier essentiel pour l’intégration régionale, le commerce et l’industrialisation du continent. Il a exprimé l’espoir que cette visite d’étude permettra aux experts africains de s’approprier davantage les innovations chinoises en matière d’ingénierie, de sécurité, de protection de l’environnement et d’exploitation ferroviaire. Au-delà des aspects techniques, tous les intervenants ont insisté sur la dimension humaine de cette coopération. Pour eux, les rails ne relient pas seulement des villes ou des marchés; ils rapprochent également les peuples, favorisent les échanges culturels et renforcent une communauté de destin fondée sur le respect mutuel et le développement partagé.
Avec cette initiative organisée sur le «toit du monde», la Chine entend montrer que son expérience en matière d’infrastructures ferroviaires peut contribuer au développement durable de l’Afrique. Les participants africains sont repartis convaincus que les chemins de fer continueront de jouer un rôle clé dans la transformation économique du continent. Ainsi, le partenariat sino-africain entame un nouveau chapitre placé sous le signe de l’innovation, du transfert de compétences et d’une coopération toujours plus resserrée.
Olitho KAHUNGU, depuis Tibet
