
C’est un signal fort, un véritable plaidoyer vert qui est parti, le vendredi 29 mai dernier, des installations de l’école internationale «Casa d’éducation», située dans la commune de la Gombe, à Kinshasa. À travers une exposition artistique de haute facture, axée sur le thème évocateur: «Partager la planète», les élèves de cet établissement -de la première maternelle à la cinquième primaire- ont démontré qu’en matière de protection de l’environnement, la valeur n’attend point le nombre des années. Récit d’un événement qui interpelle la conscience collective. Dans les couloirs transformés pour l’occasion en galerie d’art contemporain, le spectacle était saisissant. Peintures, collages, installations… les écoliers ont utilisé toutes les facettes des arts plastiques pour traduire en images les leçons apprises en classe dans le cadre du prestigieux programme du Baccalauréat international. Pour les visiteurs, le parcours offrait un double visage, oscillant entre le cri de détresse et l’hymne à la vie.
D’un côté, le constat amer de la gestion humaine actuelle: déboisement anarchique, lourdes menaces sur l’écosystème, prolifération de produits ménagers polluants et usage excessif des véhicules. Ici, les tons marrons dominent les œuvres, métaphore d’une terre qui se meurt et se dégrade sous nos yeux indifférents. De l’autre côté, heureusement, l’espoir renaît. Les pinceaux des enfants dessinent un avenir plus clément: campagnes de reboisement, gestes éco-citoyens simples à appliquer à la maison et préservation de l’oxygène. «Ça garde l’oxygène propre», a résumé avec une touchante spontanéité Catherine Becky, enseignante à Casa d’éducation.
Pour cette dernière, l’exercice visait principalement à inculquer aux plus jeunes l’impact direct des actions de l’homme sur la nature, mais surtout les solutions à portée de main. Preuve de la maturité de ces jeunes esprits, le choix des thématiques n’a pas été imposé. «Chaque groupe a choisi son plus grand souci», ont expliqué en chœur Ameera Bhans et Riyaan Kadhwani, deux élèves fiers de leur démarche. Qu’il s’agisse de la pollution, de la perte de biodiversité ou du gaspillage des ressources, ils ont su porter le message avec leurs propres mots, leurs propres sensibilités et leurs propres couleurs. Cette formidable dynamique créative a été rendue possible grâce à l’encadrement de Francesco Sunda, affectueusement surnommé «Mister Francescool», enseignant d’arts plastiques et visuels.
Pour ce maître d’œuvre, «Casa d’éducation» s’impose comme un terrain idéal pour libérer le génie créatif qui sommeille en chaque enfant. Cette manifestation pose d’ailleurs les jalons d’une tradition, puisqu’il s’agit de la première édition d’une exposition artistique annuelle entièrement conçue par les élèves, avec pour ambition d’instaurer une transmission intergénérationnelle durable. Présente à l’événement, Nazeema Lalani, fondatrice de cette école créée en 2023, n’a pas caché sa légitime satisfaction. Partie à l’origine avec un effectif réduit, l’institution a fait le pari d’une éducation de qualité dès la petite enfance. Trois ans plus tard, le résultat est au rendez-vous.
En réussissant ce coup de maître, «Casa d’éducation» apporte la preuve que la sensibilisation environnementale n’a pas d’âge et peut -voire doit- commencer dès la maternelle. À travers leurs œuvres, les enfants ne se sont pas contentés d’exposer leur talent; ils ont également lancé un appel pressant aux décideurs et aux adultes. Car, comme le rappelle si bien le thème de leur exposition, «partager la planète» commence d’abord par savoir la protéger. Un message reçu cinq sur cinq.
Hénoc AKANO
