Société

Kinshasa: la grille tarifaire chiffonnée et piétinée par les chauffeurs

Le secteur des transports en commun en RD-Congo en général et dans la ville de Kinshasa en particulier est celui dans lequel l’autorité de l’État se fait visiblement inexistante, laissant libre cours aux humeurs des transporteurs qui en profitent pour dicter leur loi. De ce fait, les prix des courses, loin de rester statiques selon l’esprit et la lettre de la grille tarifaire en vigueur, changent à tout moment, selon les circonstances. C’est à se demander si réellement le ministre en charge de ce secteur existe, et ce, sur le plan tant national que provincial. Pour beaucoup, la réponse est négative. Or, il est un fait qu’à tous les deux niveaux, les titulaires de ce secteur sont bel et bien là, mais, curieusement, assistent indifférents au calvaire de la population.

Sur ces entrefaites, c’est un laisser-aller général qui s’observe, au point que chaque personne, en quittant sa maison le matin pour le parking, n’a aucune précision sur le coût global du transport aller-retour. Si hier elle a dépensé, par exemple, 3000 francs congolais à l’aller, aujourd’hui, quand elle arrive, c’est la surprise. Les chargeurs ont déjà revu le tarif à la hausse alors que le prix du litre du carburant à la pompe n’a pas bougé. Ils crient 500 au lieu de 5000 francs congolais, question d’amoindrir un peu la dépense pour ceux qui déboursent pour payer leurs billets.

Dans la foulée, on ne comprend pas trop comment une course pour un trajet Mandela-UPN peut coûter 5000 francs congolais dans les après-midis. Ce, au grand dam des gagne-petit qui n’ont que leurs oreilles pour entendre, désespérés. Et le tout, dans une témérité totale du côté des transporteurs, sans craindre personne, si ce n’est le ciel qui peut tomber sur leurs têtes. Pour toute justification aux mécontentements et à la moue de leurs clients, les receveurs et chauffeurs brandissent les embouteillages qui leur consomment plus de carburant que d’habitude, ce qui est faux. D’autant plus que l’autorité urbaine, en procédant à la fixation des prix se trouvant sur ce tableau ignoré, avait tenu compte de tous les paramètres. Mais les clients, qui n’ont pas de choix, passent leur temps à jaser autour du sort réservé à cette grille tarifaire publiée en bonne et due forme par l’autorité compétente. Et ça, du côté des concernés, c’est un non-événement, dans la mesure où celle-ci -grille- est superbement ignorée. Mais, tout compte fait, il ne s’agit là que d’une ignorance consciente, car certains, dans leurs réponses téméraires, disent même l’avoir déjà chiffonnée, voire déchirée avant de la piétiner une fois jetée au sol. En d’autres termes, «cette grille ne nous regarde pas», soutiennent-ils. Ce qui pousse même à se poser un certain nombre de questions: où est l’État? Où sont passés les ministres des Transports et le gouverneur de la ville de Kinshasa? Ou mieux, que font-ils comme travail, pendant que la population broie du noir? À vrai dire, on est face à l’inaction de l’autorité ayant en charge ce secteur important. C’est pourquoi ces préoccupations de la population de la capitale sont légitimes et fondées. En ce sens que, une chose est de publier la grille tarifaire, une autre, d’en assurer le suivi. Ce qui n’est pas le cas pour les autorités susvisées. Face à l’indifférence notoire du gouverneur de la ville et des deux ministres -qui ont du mal à faire appliquer leur propre décision- la population ne sait à quel saint se vouer. Mais elle n’a que ses oreilles pour entendre le chargement des véhicules à la criée, surtout à des prix non fixés par l’autorité urbaine. C’est ici le lieu et le moment d’interpeller encore une fois les ministres à tous les deux niveaux, y compris l’Hôtel de ville, qui doivent sortir de leur indifférence face à la population abandonnée à son triste sort. Ils feront œuvre utile en imposant par des méthodes fortes le respect des tarifs contenus dans la grille, lesquels ont été, en quelque sorte, adaptés au pouvoir d’achat de la population.  

JJM

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