
C’est un coup de gueule qui ne va pas passer inaperçu. Dimanche 27 septembre à l’ouverture de l’année pastorale 2026-2027 de l’Archidiocèse de Kinshasa, le Cardinal Ambongo a placé un mot sur l’insalubrité dans la ville de Kinshasa. Lors de la messe d’ouverture dite à la Cathédrale Notre-Dame du Congo, l’archevêque de Kinshasa a consacré une grande partie de son homélie à l’environnement dans lequel vivent les fidèles placés sous sa responsabilité. «Kinshasa la belle, notre ville, est devenue aujourd’hui une immense poubelle», a déploré le Cardinal. Ce constat amer rappelle à la fois le passé glorieux de la capitale mais aussi le virage triste qu’elle emprunte depuis le début du 21ème siècle.
Durant les années Zaïre, Kinshasa était considérée comme l’une des villes les plus modernes, propres et dynamiques d’Afrique centrale, avec ses avenues larges, ses espaces verts entretenus. Aujourd’hui, le tableau est tout autre. Pour illustrer cette dégringolade, le Cardinal a cité notamment les caniveaux débordants et bouchés par des tonnes de déchets plastiques, sachets et bouteilles qui jonchent les rues. Cette pollution étouffe la capitale sous des «odeurs nauséabondes» et causent des «inondations récurrentes et meurtrières à chaque saison des pluies». Des familles entières perdent leurs maisons, des églises et des écoles sont envahies par les eaux, à cause des rivières et canalisations bouchées.
Pour le prélat catholique, la situation dépasse le cadre d’un simple problème d’urbanisme et relève plus d’une véritable crise environnementale et sanitaire qui n’épargne personne. Pour sauver les meubles, a exhorté le Cardinal, tous devraient s’impliquer, gouvernants et gouvernés, dans un sursaut collectif. «Chaque Kinois est responsable de la dégradation de cette ville», a-t-il lancé. Cette responsabilité partagée, entre gestion défaillante des déchets, incivisme de la population qui utilise les caniveaux comme dépotoir, et prolifération anarchique des marchés et des constructions sur les emprises publiques, contribue à la destruction du paysage urbain.
Selon plusieurs experts, la ville produirait plus de 10.000 tonnes de déchets par jour, dont moins de 20% seraient collectés. Le coup de gueule du Cardinal Ambongo est également une manière de réveiller la conscience collective alors que des travaux de voirie et d’assainissement sont visibles dans certains coins de la ville. Malgré ces interventions ponctuelles, du chemin reste cependant à parcourir pour redonner à Kinshasa sa belle robe d’antan. Et pour le Cardinal, si l’humain aime Dieu qui a créé toutes choses, il doit aussi aimer et entretenir les œuvres de son Créateur.
«Prendre soin de la création n’est pas une préoccupation étrangère à l’évangélisation. Aimer Dieu, aimer le Créateur, nous engage à respecter sa création», a-t-il conscientisé. L’exhortation d’Ambongo n’est pas tombée comme un cheveu dans la soupe. Bien plus, elle cadre avec le thème retenu pour l’année pastorale 2026-2027 qui est «Ensemble pour une gestion évangélique de l’environnement». Dans cette optique, le Cardinal a annoncé que durant l’année pastorale ouverte dimanche, la conversion écologique et l’écologie intégrale occuperont une place centrale, dans l’esprit de l’encyclique Laudato Si’ du Pape François.
Céleste BOLA








