Société

Désengagement de l’UE dans la gestion des déchets à Kinshasa : le gouvernement incapable de prendre le relai

Depuis fin août 2015, date du désengagement de l’Union européenne -UE- du Projet d’appui à la réhabilitation et l’assainissement urbain de la ville de Kinshasa -PARAU-, la politique de gestion des immondices dans la capitale est tombée en panne. Le constat sur le terrain est amer. L’évacuation des immondices vers le centre d’enfouissement de Mpasa à quelques kilomètres de Kinshasa ne se fait plus, les ordures ménagères et d’autres déchets s’accumulent et traînent plus longtemps dans les décharges publiques.
Par conséquent, les Kinois habitant les alentours des dépotoirs sont exposés à plusieurs maladies. Intervenant sur ce sujet dans les medias, mardi 17 novembre, le gouverneur de la ville de Kinshasa, André Kimbuta, a indiqué qu’après le désengagement de l’UE de ce projet, il était convenu que le gouvernement central prenne le relai, l’exécutif provincial de Kinshasa s’étant déclaré financièrement incapable de prendre en charge l’assainissement de la ville.
Selon nos sources, un mois après ce désengagement, le Premier ministre Matata Ponyo ne reconnait plus sa promesse faite en août dernier. Une confusion totale qui a plongé, selon d’autres sources, les services du  Premier ministre et ceux du gouverneur de la ville de Kinshasa dans un désaccord total.
Les éboueurs de la RATPK ont observé un mouvement de grève, depuis jeudi 12 novembre. A l’origine, ils décrient le non-paiement de leur salaire, le manque de frais de fonctionnement, le non-respect du contrat avec les partenaires dont les propriétaires des véhicules et le fournisseur de carburant -KM Oil. Selon nos sources, ce projet a coûté énormément d’argents. «PARAU accordait à un camion multi-benne, 150 litres de carburant par jour vers le site d’enfouissement de Mpasa. Ce qui donnait une somme de 1,3 millions d’Euros de frais d’exploitation mensuel», soulignent-elles.
Précisant que selon le calcul du gouvernement RD-congolais, 800.000 Euros étaient largement suffisants pour ce faire. Curieusement, au mois de septembre déjà, donc un mois après le départ de l’Union européenne -UE-, le gouvernement RD-congolais n’a pu décaisser que 600.000 Euros, et les travaux de forage de 200m3 ont été arrêtés.  «Le gouvernement Matata avait accepté de mener ce projet d’assainissement durant une période transitoire d’une année, en décaissant la bagatelle de 800.000 Euros par mois.
Un mois seulement après avoir honoré son engagement, le gouvernement central s’est désengagé», a fait savoir un responsable d’une décharge dans la commune de Kalamu, avouant que la Régie d’assainissement et des travaux publics de la ville de Kinshasa -RATPK- a perçu, mardi 17 novembre, une subvention de 12.000 litres de gasoil pour tenter d’évacuer les décharges de transit qui infestent déjà la ville. A l’en croire, cette quantité de gasoil n’est qu’une goutte de carburant dans un océan de besoins en gasoil qu’éprouve le PARAU.
Aujourd’hui, la population kinoise a raison, elle qui craignait une gestion calamiteuse du projet après le départ de l’Union européenne. Et tout bon observateur constate que les Kinois respirent les odeurs nauséabondes provenant de dépotoirs disséminés à travers la ville, qui ont déjà pris la forme des montagnes. Ça s’appelle aussi pollution de l’environnement. Les conséquences sont légion. Selon un chercheur en Biologie interrogé par «AfricaNews», Kinshasa est soumise à un risque d’intoxication au gaz méthane que produisent les immondices.
Sur le terrain, le constat est vraiment amer. A Kauka, par exemple, la décharge située entre le marché Makolo Ngulu et l’hôpital de l’ex-ONATRA pompe une puanteur indisposant les usagers du marché et les malades. En face de la cité de la Radiotélévision nationale Congolaise -RTNC-, c’est la honte! Bientôt, les immondices vont atteindre la chaussée de Libération, l’ex-24. La grande inquiétude, c’est aussi chez les habitants de Mpasa où les ordures ne sont pas triées et enfouies depuis près de deux semaines. Par ailleurs, la situation reste similaire dans tous les quartiers où sont installés les dépotoirs transitoires des déchets.
Pour mémoire, le PARAU est un programme réalisé dans 9 des 24 communes de la ville de Kinshasa depuis six ans, sur financement de l’Union européenne. Il permettait de traiter 11.000 mètres cube de déchets urbains chaque semaine. PARAU est l’élargissement du Programme d’assainissement et d’urbanisation de la ville de Kinshasa -PAUK- réalisé de 2007 à 2010 sur financement de l’Union européenne. PAUK concernait les communes de Barumbu, Gombe et Kinshasa. Il a aussi permis l’aménagement du centre d’enfouissement technique de Mpasa et des stations de transfert des ordures ménagères dans les trois communes précitées.
Olitho KAHUNGU

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