
«Sans paix désarmée, les accords de Washington sont voués à l’échec», a déclaré sans détour le Cardinal Fridolin Ambongo lors de clôture de la 15ᵉ Assemblée plénière de l’Association des Conférences épiscopales de l’Afrique centrale -ACEAC. Dimanche, devant l’assemblée réunie à la Cathédrale Notre-Dame du Congo, l’archevêque métropolitain de Kinshasa a partagé ses préoccupations croissantes face à la dégradation continue de la situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Son intervention, teintée d’angoisse, a été particulièrement marquée par la chute récente d’Uvira entre les mains des rebelles du M23-AFC, appuyés par Kigali, survenue juste après la conclusion des accords de Washington entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda.
Le Cardinal Ambongo souligne ainsi que ces événements constituent une illustration édifiante des limites des mécanismes de paix existants. Selon lui, aucun accord ne saurait produire des résultats durables sans une véritable paix, qu’il décrit comme «désarmée et désarmante». La chute d’Uvira, survenue à peine une semaine après la ratification des accords, soulève de sérieuses interrogations sur la crédibilité de certains processus de paix et leur capacité à protéger les populations civiles.
Allant encore plus loin, le prélat remet en question les fondations mêmes de ces initiatives internationales, estimant que toute approche conçue sans l’engagement direct et sincère des Congolais est vouée à l’échec et risque d’accroître l’exploitation des ressources du pays. Il insiste sur le fait que cette exclusion engendre un profond sentiment d’injustice et fragilise encore plus la cohésion nationale.
Devant ce tableau inquiétant, Fridolin Ambongo réaffirme la nécessité de l’initiative conjointe de la Conférence épiscopale nationale du Congo -CENCO- et de l’Église du Christ au Congo -ECC. D’après lui, le pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble pourrait représenter une alternative crédible, fondée sur un dialogue inclusif, la reconnaissance des souffrances des populations, et la responsabilité collective des acteurs nationaux et régionaux. Bien qu’il reconnaisse les efforts diplomatiques des États-Unis et du Qatar, le cardinal suggère que ces initiatives pourraient être renforcées par un processus interne plus structuré.
Dans ce cadre, les confessions religieuses appelent le Chef de l’État à entreprendre des actions institutionnelles significatives en vue de convoquer un dialogue national basé sur une feuille de route déjà rendue publique. Néanmoins, le Président Félix Tshisekedi reste inébranlable dans sa position, affirmant que tout dialogue doit se dérouler exclusivement dans le cadre de l’initiative qu’il a définie. Cette divergence de perspectives met en lumière les tensions permanentes entre les approches institutionnelles et celles portées par les forces morales du pays, alors que la quête d’une paix durable s’avère plus pressante que jamais dans l’Est de la République Démocratique du Congo.
Natine K.

