Politique

Le député Roger Mpanano plaide en faveur du rejet du transfèrement des eaux de la rivière Ubangi vers le lac Tcha

Roger Mpanano
La question est au cœur des discutions à Kinshasa entre les parlementaires de la CEMAC et les députés de la RD-Congo. Mardi 3 novembre dans la salle des Banquets du Palais du peuple, les deux camps ont échangé autour des options juridiques, politiques et socio-économiques devant caractériser cet éventuel transfert des eaux. Des points de vue restent partagés mais les élus RD-congolais dans l’ensemble estiment qu’il est très tôt de penser directement au transfèrement des eaux de l’Ubangui vers le lac Tchad, alors que d’autres solutions alternatives susceptibles d’augmenter le niveau d’eau du lac Tchad devraient être trouvées. Sachant que la rivière Ubangi reste le plus grand affluent du fleuve Congo, construire un deuxième barrage sur l’Ubangi suscite la crainte de la RD-Congo dans la mesure où ce projet va sans nul doute provoquer des impacts environnementaux et sociétaux sur ses populations. Opposé à ce projet parmi tant d’autres compatriotes, le député Roger Mpanano Ntamwenge a expliqué les raisons qui militent en faveur de son rejet par la RD-Congo. Pour remédier à l’assèchement du lac Tchad, Mpanano préconise à ce stade des solutions alternatives.  Entre autres le désensablement du lac Tchad, ses affluents et la protection des berges; la bonne gestion des eaux des pluies; l’irrigation responsable ainsi que la réalisation du projet de la  grande muraille verte consistant à la plantation des arbres tout au long du Sahel, de Djibouti jusqu’à Dakar au Sénégal.
Mpanano propose aussi la réalisation des projets Inga III et Grand Inga, étant donné que les émissions des Gaz à effets de serre et le déboisement sont parmi les causes de la réduction de la pluviométrie au sahel et donc de l’assèchement du lac Tchad, leur diminution sera  normalement une des solutions alternatives pour restaurer le lac Tchad, démontre-t-il. Les travaux s’étendent jusqu’au vendredi 6 novembre prochain. Ci-dessous l’intégralité de l’intervention du député national Roger Mpanano Ntamwenge.
Olitho KAHUNGU
 
 
 
 
 
 
Hon. Président de l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo;
Hon. Président du Sénat de la République démocratique du Congo;
Distingués collègues Députés et Sénateurs
Chers participants,
 
C’est pour moi un grand honneur que d’échanger avec des éminentes personnalités venues de l’Afrique et du monde autour du thème: Assèchement du lac Tchad.
Notre propos sera axé sur 3 points, à savoir:
-L’évolution du lac Tchad dans le temps -Histoire
-Les causes de l’assèchement du lac Tchad
-Les solutions alternatives
 

  1. I.                  Evolution du lac Tchad

 
Le lac Tchad a toujours connu des fluctuations tout au long de son histoire:
-20.000 Av. JC: disparition totale du lac Tchad
-4.000 Av. JC: 1.000.000 km2
-2.000 Av. JC: Assèchement total du lac Tchad
-1908: petit marécage
-1963: 22.000 à 25.000 km2
-2008: 2.500 km2
-2012: Montée des eaux
 

  1. II.               Causes de l’assèchement du lac Tchad

 
Beaucoup de chercheurs ont évoqué les causes ci-après pour expliquer l’assèchement du lac Tchad:
 
-l’avancée du désert et la chute de la pluviométrie -entre 15 et 20 %-,
-l’irrigation qui a quadruplé entre 1983 et 1994,
-la construction de trois barrages dans le bassin du lac Tchad: sur le Komadougou, sur le Yobé –Nigeria- et la digue de Maga -Nord du Cameroun-,
-le déboisement pour pourvoir en énergie,
-la croissance démographique et
-l’implantation anthropique dans les nouvelles terres libérées par l’assèchement.
 
Certains chercheurs  estiment que la pollution atmosphérique par les émissions des Gaz à effets de serre est également une des causes de l’assèchement du lac Tchad, car elle est à la base du déficit des précipitations dans le Sahel.
 
D’autres enfin soutiennent que la position géographique du lac Tchad, dans la région Sahélienne, non loin du tropique de Cancer où la subsidence des contre-alizés -vents chauds et secs- ne peut favoriser la pluviométrie est l’une des raisons de cet assèchement.
 
Nous pouvons donc confirmer que l’assèchement du lac Tchad est les résultats de tous ces phénomènes conjugués et peut-être bien d’autres encore que les études approfondies découvriront plus tard.
 

  1. III.           Solution alternatives pour le lac Tchad

Avant de penser à un projet de transfèrement des eaux comme solution pour le lac Tchad, il est plus prudent d’essayer d’abord les solutions alternatives ci-dessous dont la conjugaison des effets peut restaurer l’eau au lac Tchad:
-Le désensablement du lac Tchad, ses affluents et la protection des berges;
-La bonne gestion des eaux des pluies: les orienter vers le lac;
-L’irrigation responsable: éviter le gaspillage;
-Réalisation du projet de la «grande muraille verte»: C’est un projet de plantation des arbres tout au long du Sahel, de Djibouti jusqu’à Dakar au Sénégal.
 
-Dessaler l’eau de l’Océan Atlantique au large du port maritime de Douala au Cameroun et l’acheminer dans le lac Tchad sur une distance de 1700 kms.
-Réaliser les projets Inga III et Grand Inga:
 
Etant donné que les émissions des Gaz à effets de serre  et le déboisement sont parmi les causes de la réduction de la pluviométrie au sahel et donc de l’assèchement du lac Tchad, leur diminution sera  normalement une des solutions alternatives pour restaurer le lac Tchad.
 
La disponibilité de l’énergie propre, verte et renouvelable entrainera donc la diminution des émissions des GES et le taux de déboisement.
 
Or les projets les barrages d’Inga III et Grand Inga peuvent produire plus de 44.000 mW.
 
Puissance Hydroélectrique des barrages d’Inga:
 
-Inga 1: 351 à 360 mW
-Inga 2: 1 400 à 1424 mW
-Inga 3: 3000 à 4 800 mW -projet
-Grand Inga: 39.000 à 40 000 mW -projet
La puissance en énergie hydraulique de la RDC est estimée à 100.000 MW dont 44.000 MW sont concentrés dans le cite d’Inga en province du Kongo Central, un potentiel hydroélectrique unique au monde qui offre des opportunités d’export d’énergie sur tout le continent africain et l’Europe.
Le Grand Inga sera une combinaison de 7 barrages sur un même site. Il s’agit de:
-Inga 3 basse chute: 1ère phase de Grand Inga

  • Production estimée: 4800 mW
  • Canal de 12 km du fleuve Congo
  • Barrage en béton de 150 m
  • Centrale électrique équipé de 11 groupes -turbines
  • Desservir le Katanga et l’Afrique Australe
  • Financement de 12 milliards de dollars USD -dont 8,5 milliards de coût de construction
  • Début des travaux: 2017
  • Durée des travaux: 7 ans

-Inga 3 Haute Chute

  • Production potentielle: 7800 mW

-Inga 4-5-6-7-8: 42.000 mW
 
 
Jusqu’à l’horizon 2030 – 2050 la RD-Congo n’aura besoin que de 4000 à 6000 mW sur un potentiel total de 100.000 mW
 
Le reste de cette énergie propre peut couvrir toute l’Afrique et l’Europe Méditerranéenne et diminuer ainsi les émissions de GES et la pression sur les forêts -causes de l’assèchement du lac Tchad.
Grand Inga doit être considérer comme un projet Panafricain dont la capacité supérieure où égale 40 000 mW, est équivalent à la production énergétique de 24 réacteurs nucléaires de 3ième génération.
Pour être plus viable, le projet Grand Inga doit avoir une ligne haute tension allant jusqu’en Europe en passant par les jungles équatoriales du Congo Brazzaville et de la République Centre Africaine, le Soudan, le désert du Sahara, l’Egypte puis passerait sous la méditerranéenne.
Les projets Inga 1-2-3 et grand Inga nécessite un effort général car ils contribueront efficacement dans la lutte contre le changement climatique.
Pour lutter de manière efficace contre l’élévation de la température sur la planète Terre, nous avons besoin de réductions strictes et contraignantes des émissions des GES en utilisant de l’énergie propre.
Si l’électricité hydraulique doit être développé dans la cité d’Inga, il est nécessaire de satisfaire à plusieurs conditions préalables dont:
La régularité du débit moyen du fleuve Congo. En effet et conformément à la loi sur l’eau en RD-Congo, tout projet de transfert d’eau doit faire, au préalable, l’objet d’une étude d’impact environnemental et socio-économique.
Dans le cas d’espèce, le Méga projet TRANSAQUA est susceptible de diminuer sensiblement le débit du fleuve Congo avec une incidence nette sur le barrage d’Inga -surtout Grand Inga.
Pour ne pas déstabiliser le débit du fleuve Congo et mettre en péril les projets Inga -une garantie pour le développement industrielle de toute l’Afrique-, il est impérieux de tenir compte des solutions alternatives pour sauver le lac Tchad:
 
Conclusion:
 
L’assèchement du lac Tchad est une réalité indiscutable. Nous tous devons conjuguer nos efforts et nos idées pour la restauration de cet écosystème.
 
Cependant, nous devons éviter de chercher à résoudre une catastrophe en créant une autre qui peut être plus grave encore -comme qui dirait déshabiller Saint Paul pour habiller Saint Pierre.
 
La forêt du bassin du Congo -deuxième poumon écologique du monde- est aussi menacée par les effets du changement climatique et pour preuve:
 
-Le lac Tumba -qui est alimenté en eaux par le fleuve Congo-, situé en plein milieu de la forêt équatoriale s’assèche progressivement
-L’Oubangui n’est plus navigable que 5 mois sur 12
-Le fleuve Congo est en étiage à partir du mois de Juin jusqu’au mois de septembre.
 
Ainsi, il est clair que la réalisation du projet TRANSAQUA peut avoir des impacts sur les écosystèmes, en amont et en aval du fleuve Congo.
 
Voilà pourquoi, avant de penser à la matérialisation d’un tel projet, il est nécessaire, je dirais obligatoire de:
 
-Mettre sur orbite les solutions alternatives pour le lac Tchad.
-Elaborer des études minutieuses d’impacts environnementaux et socio-économiques du projet TRANSAQUA sur:

  • La forêt du bassin du Congo
  • La navigabilité du fleuve Congo et Oubangui
  • Les écosystèmes -dont les réserves naturelles
    • Garamba: Rhinocéros
    • Maiko: Okapi
    • Virunga: Gorille de montagne, lion etc.
    • Les populations autochtones
    • Les barrages d’Inga
    • La santé -importations départ et d’autre pathologies nouvelles
    • Etc.

 
Même si le transfèrement ne pouvait avoir lieu qu’au niveau de l’embouchure comme le prévoit la loi sur l’eau en RD-Congo, celui-ci nécessite aussi des études d’impacts environnementaux et sociaux car le reflux des eaux de l’océan vers le continent peut avoir des incidences majeures entre autre sur la forêt des mangroves.
 
 
 
Je vous remercie pour votre attention
 

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