Politique

L’avocat qui a menti à Matata

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Manipulation et mensonge sont désormais mêlés au paiement des redevances et droits d’auteur dus à l’exécution de Debout Congolais. Leur auteur, un avocat prétendument mandaté par les Jésuites, a délibérément caché des pans entiers d’une correspondance dans laquelle la Congrégation du géniteur de l’hymne national concède à la famille du révérend père Boka le droit d’entreprendre les démarches destinées à cette rétribution et s’engage à n’y faire aucun obstacle
Imposture. Rien d’autre. L’irruption d’un avocat, Me Willy Wenga, qui affirme avoir reçu mandat de la Compagnie de Jésus -la Congrégation des Jésuites- pour réclamer en sa faveur l’intégralité des droits d’auteur sur l’hymne national, le Debout Congolais, au détriment de la famille du révérend père Boka, fait polémique à Kinshasa. La culture de la vérité et l’honneur à la profession d’avocat s’est perdue au grand dam du barreau: Me Willy Wenga n’a pas indiqué que la suite de la lettre brandie par lui concède à la famille du révérend Boka le droit d’entreprendre les démarches destinées à ce paiement et s’engage à ne pas y faire obstruction. Donc Me Willy Wenga a menti au public et au Premier ministre Augustin Matata Ponyo, le but étant de foutre le bordel, brouiller les pistes et bafouer les droits de la succession Boka pour des intérêts obscurs.
Me Willy Wenga s’est déconsidéré. Il a manifestement levé l’option d’altérer la vérité en ne présentant que la partie de la correspondance de la Province d’Afrique centrale de la Compagnie de Jésus datée le 16 février 2011 et adressée au liquidateur de la Société nationale des éditeurs, compositeurs et auteurs -SONECA-, où il est affirmé que le père Boka s’était dessaisi de son droit d’auteur sur l’hymne national, le Debout Congolais, et de tout ce qui lui reviendrait en termes de donation et legs au profit de sa Congrégation. Me Willy Wenga a menti au Premier ministre Matata Ponyo. Il a caché, pour des raisons faciles à deviner, des pans entiers de ce courrier favorables à la famille de l’auteur de l’hymne national de la RD-Congo.
AfricaNews a eu accès à la copie certifiée conforme de cette correspondance signée par Ntima Kanza, le responsable Afrique centrale de la Compagnie de Jésus, que Wenga n’a brandie qu’à moitié au public. La partie dissimulée tape: «Il est évident que le Manuel du Droit de la Compagnie de Jésus n’a pas tenu compte des dispositions du Code Congolais de la Famille qui, du reste, a été élaboré bien plus tard après 1968 ce, dans un esprit totalement différent de l’idéal religieux de la gratuité et du renoncement à la famille naturelle».
Mauvaise foi doublée de mauvaise lecture de la loi sur la succession
Puis: «Aussi, bien que la Compagnie, seule habilitée du point de vue de son droit interne à traiter les questions concernant l’hymne national, ne voit pas l’utilité pour elle-même d’entreprendre des réclamations à ce sujet et en sa propre faveur, cependant, si le Code congolais de la famille ouvre des perspectives favorables à sa famille naturelle d’accéder aux droits relatifs à cette œuvre et si le ministère de la Culture et des Arts ainsi que la SONECA ont établi le bien fondé de la requête de la famille, la Compagnie de Jésus concède à la famille du père Boka le droit d’entreprendre les démarches concernant cette rétribution et promet de n’y faire aucun obstacle. Elle encourage les autorités compétentes concernées à traiter la requête de la famille avec humanité et compréhension, pourvu que le nom de notre confrère ne serve d’instrument de commerce ni à sa famille ni à personne d’autre; ce qui serait pour nous, Jésuites, un affront à sa mémoire». Dissimulation volontaire de la vérité.
Mensonge grossier puisque celui de Me Willy Wenga a consisté à dire le contraire de la vérité. Mais ce n’est pas seulement un mensonge grossier. Il est surtout inutile. Il aurait suffi à Wenga de dire qu’il existe un courrier affirmant que les droits d’auteur sur l’hymne nationale ont été cédés aux Jésuites qui, à leur tour, ont accepté de les concéder à la famille de Boka. Cette transparence, cette clarté et le fait de ne pas chercher à désorienter le gouvernement auraient été bien accueillis pas l’opinion.
En évoquant le Code congolais de la famille, le courrier de la Compagnie de Jésus apporte, du reste, de l’eau au moulin de la Succession Boka. Et on a beau chercher les raisons de l’imposture de Me Willy Wenga, on s’arrête en chemin. Mauvaise foi, tout est mauvaise foi. Me Wenga a-t-il juré de manipuler le Premier ministre? A-t-il interrogé la loi RD-congolaise sur la succession avant de nous livrer son spectacle abject? Sauf mauvaise lecture de sa part, la législation est pourtant sans équivoque. Il y est dit  clairement que «les clercs et les religieux conservent, chacun dans sa famille, son droit à la succession en tant qu’héritier de la première, deuxième, troisième ou même de la quatrième catégorie, selon le cas».
Cette même législation précise qu’inversement, «il va de soi que les membres de famille des clercs et des religieux décédés ont le droit de réclamer l’héritage de ces derniers, car légalement le diocèse, l’Institut, l’ordre ou la congrégation ne peut se substituer aux membres de la famille du défunt pour recueillir son héritage. Etant entendu que les clercs et les religieux ne peuvent en principe avoir des enfants ni même se marier, ce sont leurs père et mère, et leurs frères et sœurs ou encore leurs oncles et tantes paternels ou maternels qui sont appelés à leur succession».
Dans une correspondance transmise au Premier ministre le 22 juillet dernier, Me Luvumbu M’Bota-Yika, l’avocat de la Succession Boka a évoqué la théâtralisation de l’affaire et réitéré la menace de saisir les instances internationales face aux tergiversations du gouvernement.
AKM

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