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L’avenir de la province de la Tshopo est-il menacé

Qui veut aller loin ménage sa monture, dit un vieux dicton. Aller loin tout simplement veut dire être capable de prendre totalement et efficacement son destin en main. Cela ne semble pourtant pas, jusque-là, être le cas pour les ressortissants de la province de la Tshopo. C’est ce qui fait dire à certains prophètes de malheurs ou devins mystico-fétichistes que l’avenir de la province est hypothéqué et menacé.
Face aux multiples enjeux qui se profilent à l’horizon, l’on ne sent pas encore en eux cette détermination et cette volonté politique de s’engager à corps perdu dans la bataille pour le développement, l’émergence et même la survie de leur province, malgré les potentialités et richesses dont elle regorge. Tout porte ainsi à croire qu’ils s’érigeraient eux-mêmes en pourfendeurs de cette nouvelle province, attitude qui mettrait en péril son avenir.
A observer avec attention le comportement qu’adoptent la quasi majorité des ressortissants de la province de la Tshopo, l’on finit par constater que personne n’a encore bien compris que dans toute tâche ou action de grande envergure devant amener à un résultat de qualité, il doit y avoir des pionniers. C’est-à-dire des personnes qui s’engagent corps et âme et avec abnégation dans un projet d’intérêt général, acceptant la souffrance et les sacrifices de toutes natures. Même un arbre fruitier a un cycle de croissance qu’il suit et des conditions à remplir avant de produire des fruits. C’est dire donc que tout projet sérieux doit se planifier dans le temps avant de produire des intérêts. Très souvent, nos frères s’alignent aisément derrière les autres et croient vite à des vendeurs d’illusions, à des personnes inconnues n’ayant d’ailleurs aucune référence avérée.
Prendre en main la destinée de la province
A chaque événement qui marque un nouveau tournant pour cette entité politique, l’opinion se pose souvent la question de savoir si les filles et fils de la Tshopo se décident de prendre en main la destinée de leur propre province ou se condamnent à suivre et à toujours suivre les autres badant ainsi leur identité et leur personnalité.
Car cette contrée ne manque pourtant pas d’intellectuels de grande valeur, de politiciens et autres cadres chevronnés et compétents en matière d’organisation et de gestion de la chose publique. De ce fait, la question d’identité et de patriotisme se pose avec acuité par rapport à l’appartenance d’un chacun à une terre, à une histoire ou mieux aux valeurs culturelles communes. Chacun doit s’attacher à la terre de ses ancêtres et la protéger à tout prix.
En principe, aujourd’hui, tous les élus membres de l’Assemblée provinciale et ceux du 1er exécutif d’après le démembrement doivent revêtir le costume des pionniers, accepter la souffrance, liguer leurs efforts et consentir des sacrifices. Ce n’est que de cette manière qu’ils entreront dans l’histoire comme des bâtisseurs de la province de la Tshopo. Les gouvernants de la Tshopo doivent prendre conscience de leurs responsabilités devant l’histoire en mettant en exergue les valeurs culturelles et l’intérêt supérieur de leur province. Ils doivent donc servir de modèles, être de véritables leaders afin d’indiquer une voie à suivre aux autres, d’imprimer une vitesse à la marche pour un développement durable et d’embarquer la jeunesse et les masses populaires. L’élite intellectuelle et politique doit reprendre sa place comme «sel et lumière» de la société et assurer la défense et la primauté des valeurs de la connaissance et de la culture. N’importe qui ne peut donc devenir gouverneur de la province pour la seule raison d’avoir séjourné longtemps en Europe.
L’opinion a, en effet, tendance à considérer que la province de la Tshopo après le découpage égale avant le découpage. La crainte qui prend corps aujourd’hui dans la population et dans les milieux des intellectuels est que les gens prédisent qu’au bout de cinq ans après ce découpage, la Tshopo risque d’être à la traîne des autres provinces de la République, malgré ses divers atouts. Tout le monde est donc appelé à mettre la main dans la pâte face à la bataille pour le développement.
Bataille pour le gouvernorat
Le démembrement de l’ancienne Province Orientale n’a pas servi d’occasion de réflexion profonde aux ressortissants de la Tshopo. Les gens sont restés, de manière permanente, dans des querelles byzantines et des «luttes fratricides» de bas étage. Cette farouche rivalité les a aveuglés, car elle n’a pas permis aux filles et fils de la Tshopo d’examiner avec pertinence l’évolution politique dans le pays, en général, et, particulièrement, la situation sociopolitique de la nouvelle province de la Tshopo.
Aujourd’hui, après le découpage territorial, la Tshopo demeure une province très absente dans toutes les grandes institutions de la République. A part une personne au Bureau du Sénat, la moisson est, sous divers prétextes, nulle au gouvernement central, au Bureau de l’Assemblée nationale, dans la structure de gestion des entreprises publiques et même dans le bureau politique de la Majorité présidentielle. Ici, les ressortissants de la Tshopo doivent comprendre que la maîtrise de leur destin politique passe par la création de leurs propres partis politiques pour éviter d’être victimes du phénomène de «fonolisation», c’est-à-dire des personnes qui travaillent pour un «patron» qui vit ailleurs ou dans un autre monde.
Le Chef de l’Etat, garant de la survie des institutions de la République et des valeurs démocratiques, a tenu au respect de la Constitution concernant les actuelles Assemblées provinciales. Ces structures doivent être revitalisées, démocratie oblige! Mais, dans la Province de la Tshopo, comme le démontrent les analyses, les politiciens ont saisi cette occasion pour déclencher une bataille qui fait rage pour le poste de Gouverneur de Province, au point même de remettre en cause les alliances politiques.
Que peut faire le Chef de l’Etat face au désordre créé par les politiciens d’une province nouvellement érigée, mais qui l’entraînent aussitôt dans la confusion, au lieu du calme et de la paix? Lui qui entendrait d’eux, dans le cadre des alliances politiques, ne fût-ce que le soutien aux différents choix proposés par la Majorité Présidentielle. Nous n’avons aucun intérêt à entrer en contradiction avec les instances supérieures de la Majorité Présidentielle. Il faut, au contraire, resserrer les rangs autour du Chef de l’Etat.
Quelles priorités pour la Tshopo
Devant l’état de délabrement avancé du tissu économique et des infrastructures de base, le gouvernement provincial se présente comme la seule alternative pourvoyeuse de l’emploi pour tout le monde, y compris la jeunesse. Tout doit être mis en œuvre pour occuper les jeunes et éviter qu’ils ne soient instrumentalisés pour créer l’insécurité et constituer une junte à la merci des leaders politiques sans idéal. Les quelques unités de production qui jadis faisaient la fierté de notre province sont aujourd’hui en état d’arrêt: SORGERIE, Lotokila, BRACONGO, CELCO, Bamboli, etc. Il s’agit donc d’un véritable challenge pour la survie de la Tshopo étant donné que le chômage est à son comble. L’avenir de la Tshopo sera ce que nous aurons fait de notre jeunesse et de nos richesses.
Le devenir de la Tshopo devra être l’image des relations que les Dirigeants politiques auront entretenues avec la population, face à leurs besoins vitaux et à leur bien-être. La Tshopo est une province «universitaire», c’est-à-dire regardante des valeurs intellectuelles de ses filles et fils, voire de ses dirigeants. L’on ne peut donc pas comprendre que des «gens» douteux, sans identité réelle et sans aucune référence avérée cherchent à les séduire par le seul fait d’avoir vécu à l’étranger sans jamais faire des études sérieuses ou occuper des fonctions préparant à la gestion de la res publica. Nos frères venus d’ailleurs et qui ont choisi notre terre comme leur milieu de vie doivent nous aider, comprendre et s’intégrer avec modestie et humilité dans le combat du développement. Sans xénophobie, nous exigeons seulement un respect mutuel. Comprenne qui pourra!
Quel avenir pour la Tshopo?
De ce qui précède et au delà du combat pour le Gouvernorat de province, la Tshopo qui n’a pas connu, pendant la période coloniale, des sociétés à charte comme la SOMINKI, l’Union minière du Haut-Katanga, ne peut offrir que ses forêts, ses eaux, ses ressources naturelles et halieutiques dans la recherche et la production des richesses pour le bien-être de ses populations. Son développement doit donc passer par l’agro-industrie, la foresterie, les infrastructures de base, l’énergie, l’exploitation minière et même pétrolière, les techniques de l’information et de la communication, le tourisme et les finances à travers les investissements, et cela dans un climat de paix. La bonne gouvernance doit être un atout principal pour les nouveaux dirigeants. C’est dire aussi qu’une lutte acharnée doit être menée contre les fléaux de la corruption et du coulage des recettes publiques qui constituent une source réelle de démotivation pour les investisseurs et un blocage pour l’amélioration du climat des affaires.
En conclusion, on peut donc affirmer sans ambages que l’avenir de la Tshopo n’est pas du tout hypothéqué, étant donné que la prise de conscience du rôle important que les dirigeants actuels sont appelés à jouer dans la marche pour le développement se révèle peu à peu dans leur esprit. Il reste donc que cette prise de conscience prenne de la hauteur et se galvanise dans les actes réels à poser. Nous devons tous être sérieux et engagés dans le combat du développement durable. On n’a jamais été mieux servi que par soi-même, dit-on.
Boniface LOPAKA
Correspondance particulière

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