Politique

Dialogue: la recette Kambinga

En tant qu’élu et acteur politique, le ministre RD-congolais de l’Industrie propose l’intégration, dans le processus de l’organisation du dialogue convoqué par le Chef de l’Etat, des experts issus de la SADC, de la CEEAC et de la CIRGL.
Pour lui, ces organisations africaines de la sous-région ont une connaissance politique, sécuritaire et technique plus affinée des réalités RD-congolaises
Le ministre de l’Industrie, Germain Kambinga Katomba, reste fermement convaincu que le dialogue politique national et inclusif, convoqué par le Chef de l’Etat Joseph Kabila Kabange, est judicieux.
À ces assises, il n’y a pas d’alternative qui tienne actuellement. Pour lui, toutes les fois que le pays a gagné, c’est quand ses dignes fils se sont mis autour d’une table afin de trouver des solutions à leurs problèmes.
Rencontré dans son cabinet de travail mardi 14 juillet 2016, le ministre Kambinga, dans une interview exclusive accordée à AfricaNews, fait part de sa recette susceptible de garantir ou renforcer l’impartialité de la facilitation au dialogue.
Sa potion: l’intégration dans le processus de l’organisation de ce forum de la Southern african development community -SADC-, de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale -CEEAC- et de la Conférence internationale sur la région des grands lacs -CIRGL.
À en croire ses propos, ces organisations africaines de la sous-région ont une connaissance politique, sécuritaire et technique plus affinée des réalités RD-congolaises. Le dialogue, selon lui, permettra de résoudre un problème politique et non juridique déjà résolu par la Constitution et tranché par la Cour constitutionnelle. Interview!
Nous sommes à quelque cinq mois de la fin du mandat de l’actuel Chef de l’Etat. Pensez-vous, qu’à ce stade, le dialogue est toujours opportun?
Le dialogue est plus que jamais d’actualité. Nous avons toujours à l’esprit le contenu de l’ordonnance du Chef d’Etat. La problématique de l’organisation du processus électoral reste d’actualité. Des avancées significatives sont constatées. La CENI a annoncé le démarrage de l’opération d’enrôlement au courant de ce mois. Le gouvernement se mobilise malgré la conjoncture économique pour mettre à sa disposition des moyens conséquents. Il est donc important d’aller encore plus vite et de trouver un consensus sur une des questions majeures notamment la problématique du calendrier et du cycle électoraux ainsi que du financement. Puisque la bonne foi du gouvernement ne peut pas objectivement être remise en cause, il est important qu’un consensus général soit trouvé sur les problématiques politiques puisque les problématiques techniques sont en train d’être rencontrées à travers le financement et la mobilisation de la CENI en toute indépendance.
Les dernières sorties médiatiques des principaux ténors du PPRD, parti-phare de la Majorité présidentielle, ont révélé, de l’avis de beaucoup, ce qui se cachait derrière le dialogue: un glissement consensuel afin de permettre au Chef de l’Etat actuel de rester en fonction au-delà du terme de son mandat légal…
Là, il s’agit tout simplement d’un débat-polémique inscrit dans les postures que les uns et les autres prennent pour se donner une importance et faire entendre leurs voix. Le gouvernement ou la Majorité, techniquement et constitutionnellement, n’a aucune responsabilité dans l’organisation des élections. La CENI s’est exprimée. Elle a dit ce qu’elle entend pour qu’il y ait un processus électoral crédible. Le premier impératif, selon la CENI, c’est d’abord l’enrôlement. Il faut un corps électoral crédible. Pour constituer ce corps électoral, la CENI doit prendre 16 mois. Il faut enrôler les RD-Congolais de l’étranger. La loi actuelle votée à l’Assemblée nationale donne cette obligation à la CENI. Ces contraintes techniques sont indépendantes de la volonté de la Majorité et de l’Opposition. Je ne vois pas en quoi le dialogue aurait eu en son sein quelques intentions cachées. Les objectifs de ce dialogue contenus dans l’ordonnance du Chef de l’Etat sont clairs: l’enrôlement de nouveaux majeurs, la sécurisation, le financement des élections, l’accompagnement international et tutti quanti. Partant de là, il y n’a aucun vice caché. Il y a tout simplement des RD-Congolais qui doivent, en toute responsabilité, se retrouver et déterminer en toute transparence les orientations qui permettront à notre pays de sortir de ce processus électoral plus fort qu’avant.
Que pensez-vous de la position prise par le président de l’UDPS, Etienne Tshisekedi, favorable au dialogue mais multipliant des préalables?
Ce sont des postures politiques inscrites également dans l’ADN des politiciens RD-congolais ayant effectivement exigé que le facilitateur soit entouré d’un panel d’accompagnateurs dont l’UE, l’OIF et j’en passe. En tant qu’élu et en tant qu’acteur politique, nous avons aussi notre proposition. Nous sommes passés d’un souhait du Chef de l’Etat de voir ce dialogue être une affaire congolo-congolaise, des acteurs politiques matures et responsables se retrouvant et déterminant ce qui peut être fait pour l’avancement de notre pays. Ces opposants ont souhaité l’implication de la Communauté internationale, le Président de la République a, comme dans son habitude privilégiant l’intérêt supérieur de la nation, accédé à cette requête en acceptant le facilitateur commis par l’Union africaine, Edem Kodjo, qui a été contesté par cette même Opposition en demandant la juxtaposition d’un certain nombre d’autres acteurs issus de l’OIF, l’UE des Nations-Unies. Maintenant, puisque visiblement, de facto, l’impartialité de ces différents acteurs qui intègrent le processus de l’organisation du dialogue est, à quelques niveaux, entamée à cause de leurs opinions tendant à remettre en cause la bonne foi du gouvernement, il nous semble nécessaire qu’on pense à des experts issus de la SADC, de la CEEAC et de la CIRGL. De notre point de vue, ces organisations africaines de la sous-région ont une connaissance politique, sécuritaire et technique plus affinée des réalités RD-congolaises. Souvenez-vous de leur implication dans l’organisation du dialogue inter-congolais, sous la houlette de la SADC avec un facilitateur de la sous-région, qui nous a permis de nous entendre. Cette recette ayant marché dans le temps, il nous semble judicieux de penser à renforcer cette facilitation de l’implication de la SADC, de la CEEAC et de la CIRGL.
Vous avez parlé d’Edem Kodjo. Il s’est dernièrement discrédité avec la présence sur une liste du Comité préparatoire de la Société civile d’une députée nationale de la Majorité.
Proposez-vous l’implication de ces organisations dans la facilitation parce que vous n’avez plus confiance en cet ancien Premier ministre togolais?
Absolument pas! Comprenez-vous bien notre raisonnement. Nous avons confiance en Edem Kodjo et cette confiance a été à maintes reprises renouvelée. Bien au contraire, ce que nous disons est que, puisque l’Opposition a obtenu la jonction d’accompagnateurs, il nous semble également de bon droit d’exiger, de notre point de vue, que la SADC, la CEEAC et la CIRGL soient également impliquées. Je vous ai rappelé l’histoire de l’implication de la SADC dans le dialogue inter-congolais qui a abouti à la mise en place de la transition. Qu’il s’agisse de la CIRGL, nul n’est besoin de rappeler l’importance qu’elle joue dans la résolution des problèmes sécuritaires à l’Est de notre pays. Ce sont donc des organismes qui ont des compétences et une connaissance précises des enjeux liés à la stabilité de notre pays. C’est en renforçant ce panel de ces organisations-là que, de mon point de vue, l’impartialité la plus grande sera assurée.
Mais ça risque de prendre encore beaucoup de temps. Ne voyez-vous pas que le pays, dans l’attente de ce dialogue, en a déjà suffisamment perdu?
Le pays a perdu du temps, ce n’est pas de la faute du Président de la République qui a convoqué le dialogue il y a maintenant près de dix mois. Nous avons perdu du temps à cause des atermoiements de ceux qui, pour une raison ou une autre, voudraient avoir des garanties supplémentaires.
Et s’il vous avait été demandé d’organiser ce dialogue, quel en sera le format?
Le format est déterminé par l’ordonnance du Président de la République. Et nous en tenons. Ce dialogue doit se faire sous l’autorité de l’ordonnance du Chef de l’Etat. La facilitation travaille sur la mise en place du Comité préparatoire. Attendons la mise en place de ce Comité préparatoire qui aura pour mission de déterminer le format et les modalités de participation des uns et des autres.
Vous êtes aujourd’hui ministre grâce aux Concertations nationales. N’êtes-vous pas favorable au dialogue parce que vous êtes l’un des principaux bénéficiaires de ce genre d’assises?
La culture du dialogue est fondamentalement démocratique. La démocratie est un processus. Et dans ce processus, il y a une méthodologie propre à chaque pays. La nôtre est celle de l’ouverture et de dialogue permanents, qui permettent de lisser des points de vue et de privilégier l’intérêt supérieur de la nation. Je suis partie prenante au dialogue, parce que je suis un démocrate, patriote et que je considère qu’il n’y a pas d’alternative à cette rencontre. Aussi, parce que les problématiques telles qu’elles se posent, si elles ne sont pas résolues, pourraient nous renvoyer à des périodes de triste mémoire. Il y a des dossiers qui ne peuvent être solutionnés que par des décisions politiques. Aucun RD-Congolais n’a l’amour du pays plus qu’un autre. Mais il y a quand même des points de vue diamétralement opposés. Il y a un juste milieu qu’il ne faut trouver qu’au dialogue.
Et si le dialogue finalement n’avait pas lieu. Comment voyez-vous la RD-Congo le 20 décembre 2016?
La problématique du dialogue est politique et non juridique. Du point de vue juridique, les institutions sont protégées, parce que la Constitution est claire là-dessus. Et l’arrêt de la Cour constitutionnelle l’a reprécisé. Les élections auront lieu parce que le Chef de l’Etat l’a rappelé maintes fois. Le processus démocratique est irréversible. Le Président de la République, en tant que garant du bon fonctionnement de la nation, entend anticiper des problèmes qui peuvent être évités en impliquant le grand nombre dans les décisions et dans les résolutions qui vont être prises. Pour ça, il n’y aura aucun problème le 20 décembre. Le problème est politique. Raison pour laquelle le dialogue se pose comme un impératif à une solution politique. Donc, il n’y aura pas d’apocalypse.
Vous parlez, sans le citer, de l’article 70 qui stipule que le Chef d’Etat en fonction reste en place jusqu’à l’installation effective de son successeur. Mais, de l’avis de beaucoup, cet article ne dit pas que le Chef de l’Etat en exercice reste en fonction jusqu’à l’installation effective de son successeur… même si l’élection n’a pas été organisée…
C’est bien pour ça que nous avons des institutions, et que nous avons une Cour constitutionnelle pour faire en sorte que lorsque vous et nous, sur les questions constitutionnelles, nous ne nous entendons pas qu’elle nous éclaire dans son indépendance et dans son expertise. Elle a statué et elle a donné sa position ayant pour objectif à éviter la vacance du pouvoir. Donc, le Chef de l’Etat va rester en fonction jusqu’à l’organisation des élections et au passage des témoins au président élu. Il n’y a pas débats.
Même si l’organisation de ces élections prenait dix, vingt ou trente ans?
Cette hypothèse est impossible dans la configuration actuelle de nos institutions. Je vais m’expliquer. Premièrement: la Cour constitutionnelle est impartiale. Nous avons voulu une Cour qui ne soit pas assujettie au pouvoir du Président de la République. Raison pour laquelle il y a trois institutions qui participent à sa composition. Il y a l’Exécutif, représenté par l’institution Président de la République qui désigne trois membres; le Législatif, représenté par le Parlement qui désigne trois membres et le Pouvoir judiciaire, qui désigne également trois membres. Déjà au niveau de la composition, le Chef de l’Etat n’a pas de primauté. Ensuite, ces juges sont désignés pour neuf ans non renouvelables. Ce qui les met à l’abri d’un devoir de gratitude et d’ingratitude puisqu’une fois désignés, ils ne doivent plus rendre compte qu’à leur conscience et à leur connaissance du droit. Voilà pourquoi, lorsqu’ils rendent des arrêts, de mon point de vue, ce ne sont que des vérités juridiques. Par ailleurs, ils sont protégés par la Constitution. Les arrêts de la Cour constitutionnelle ne peuvent pas être remis en cause. Ce débat, pour tout démocrate et pour tout républicain, ne peut plus avoir lieu. Maintenant le problème de délais! L’environnement démocratique dans lequel nous vivons ne permet pas que le Chef d’Etat reste en fonction dix ou vingt ans de plus. Parce que l’organisation des élections ne dépend pas du Président de la République mais plutôt d’une institution indépendante qu’est la CENI, elle-même, composée des représentants de l’Opposition, de la Majorité et de la Société civile ayant la latitude de dénoncer les obstructions à leurs prérogatives. Nous avons également le Parlement, une institution indépendante du pouvoir exécutif, composé de la Majorité et de l’Opposition, qui alerte l’opinion et qui peut empêcher l’établissement d’un schéma anticonstitutionnel. Donc, d’une manière générale, le problème qui se pose véritablement n’est pas juridique mais politique. Donc, c’est une situation exceptionnelle de courte durée qui reviendra à la normalité après l’enrôlement.
Que pouvez-vous dire à vos amis politiciens pour éviter que le pays sombre dans le chaos tant redouté par les uns et les autres?
Je leur rappelle tout simplement que dans l’histoire de ce pays, chaque fois que la RD-Congo a gagné, c’est lorsque ses enfants ont décidé, autour d’une table, de faire avancer les choses. Les grandes victoires de notre pays ne sont pas celles des guerres, des contradictions partisanes et politiciennes mais celles de la table autour de laquelle on se met. L’indépendance, c’est la table ronde. La démocratie comme les premières élections démocratiques sont le résultat d’un consensus au dialogue inter-congolais. Une fois encore, l’avenir de la RD-Congo doit se déterminer par un dialogue. Nous devons savoir nous dépasser pour mettre en avant l’intérêt supérieur de la nation et le respect de notre indépendance chèrement acquise. Cette indépendance, c’est notre plus grande richesse. Nous devons proposer des solutions typiquement RD-congolaises à la crise qui pointe à l’horizon. Nous avons le temps encore aujourd’hui de prévenir ces difficultés.
Interview réalisée par Barick BUEMA

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