Politique

Dialogue dans une logique préventive : l’appel de Kambinga

Germain Kambinga
Le ministre de l’Industrie se révèle un véritable chantre du dialogue. Il croit dur comme fer que ce forum s’inscrit dans une logique préventive et appelle tous les acteurs à répondre à l’appel du Chef de l’Etat
Eviter le chaos pouvant découler des élections mal organisées, préserver les valeurs démocratiques chèrement acquises, s’assurer de la participation de toutes les parties prenantes au processus électoral et tant d’autres, le ministre de l’Industrie, Germain Kambinga Katomba estime qu’il faut désormais prévenir l’avenir et non le subir. Dans une interview accordée récemment à un parterre de journalistes, Kambinga aborde toutes les questions, même celles considérées comme taboues, relatives au dialogue national inclusif convoqué par le Chef de l’Etat Joseph Kabila Kabange. Il exhorte toute la classe politique à ne pas prêter des intentions au Président de la République et lui faire un procès d’intention. Par contre, Kambinga invite à considérer l’ordonnance convoquant le dialogue qui circonscrit le cadre et attendre l’ordre du jour qui sera publié de manière consensuelle par le comité préparatoire et adopté par la plénière.
Il affirme plutôt: «Le chef de l’Etat n’a pas besoin d’un dialogue pour réviser la Constitution. C’est écrit nulle part dans la Constitution. Le dialogue est une démarche d’humilité face à des contraintes», insiste-t-il avant de rappeler à ceux qui ne jurent que par la médiation internationale que la situation particulière de la RD-Congo d’il y a une décennie ou plus, à l’issue du dialogue inter-congolais, par exemple, organisé sous l’égide de la communauté internationale se justifiait par le contexte de l’époque qui était un véritable imbroglio. Interview!
Pensez-vous qu’il y a réellement une crise pouvant nécessiter la convocation d’un dialogue?
La question n’est pas de s’inscrire dans un catastrophisme et poser la problématique en termes de crise. Le Président de la République a souhaité répondre favorablement à l’appel d’un certain nombre d’acteurs. Après les consultations et compte tenu du flou qui entoure l’année 2016, il a été mis en exergue les perspectives de précéder les élections d’une grande rencontre de RD-Congolais de toutes les tendances pour qu’ensemble nous balisions l’avenir, préserver les acquis et inscrire les choses dans une perspective positive.  Au-delà des difficultés, ce qu’il faut retenir est que les RD-Congolais, pour une fois dans une logique préventive, se décident de faire en sorte que les choses se passent bien.
Que répondriez-vous à ceux qui affirment que le Chef de l’Etat à convoquer ce dialogue pour rester le plus longtemps possible au pouvoir?
Il ne s’agit pas ici de défendre un camp plutôt qu’un autre. De mon point de vue, si on veut vraiment prolonger les choses, on ne passera pas par le dialogue. Toutes les autres conséquences que les gens peuvent appréhender pourraient arriver de mille autres façons. Il est plutôt question de s’interroger sur les contraintes qui s’imposent à nous et sur la meilleure façon de faire en sorte qu’elles soient levées non par des décisions discrétionnaires pouvant être légitiment prises par le gouvernement et les institutions habilités comme la Commission électorale nationale indépendante -CENI- mais par la recherche d’un consensus général. Le Chef de l’Etat n’a pas besoin d’un dialogue pour réviser la Constitution. C’est écrit nulle part dans la Constitution. Le dialogue est une démarche d’humilité face à des contraintes.
Dans la Majorité tout comme dans l’Opposition, personne ne refuse d’aller au dialogue. D’aucuns estiment, par contre, que le Président de la République n’est pas habilité à convoquer le dialogue. Quel est votre argument?
C’est un raisonnement bancal. Nous avons un pays, nous avons des institutions qui fonctionnent, nous avons un Etat qui est en marche et nous devons respecter tout ça. La situation particulière de la RD-Congo d’il y a une décennie ou plus, à l’issue du dialogue inter-congolais, par exemple, organisé sous l’égide de la communauté internationale, se justifiait par le contexte de l’époque. C’était un véritable imbroglio. Aucune des parties n’avait la légitimité populaire pour incarner l’impartialité. Une facilitation et une convocation internationale s’imposaient pour mettre toutes les parties au même niveau. Aujourd’hui, nous avons des institutions démocratiques mises en place depuis 2006. Le Président de la République, garant des institutions, est en plein exercice de ces prérogatives parce que la convocation du dialogue s’inscrit dans les prérogatives du Chef de l’Etat.
Une certaine opinion estime que le Chef de l’Etat est lui-même le problème donc il ne peut pas être juge et parti…
C’est une mauvaise perception des choses. Le débat ne concerne pas le Président de la République. Il concerne, par contre, les élections d’une manière générale. Il n’est pas question de remettre en cause à moins que l’Union pour la démocratie et le progrès social -UDPS- nous dise qu’elle va profiter du dialogue pour remettre en cause la légitimité du Président de la République. Mais à en croire l’ordonnance du chef de l’Etat, le sujet du dialogue est la problématique de prochaines élections. Voir comment elles vont se dérouler en termes du calendrier, fichier, financement et sécurisation électorale ainsi que l’implication des partenaires extérieurs. Il n’y a aucune raison de faire de la surenchère politicienne. Le sujet ici n’est pas si le Chef ne l’est pas ou pas, il l’est.
 
Ne pensez-vous pas que le problème se pose au niveau de la compréhension même du concept dialogue ou de l’accord-cadre d’Addis-Abeba. L’UDPS parle de la disposition 4 de cet Accord où l’envoyé spécial des Nations-Unies est revêtu des prérogatives de conduire les échanges. Pourquoi l’UDPS et le gouvernement ne voient pas les choses de cette même façon?
On est tout simplement en train d’extrapoler l’induction. Il y a un processus qui a été engagé à travers l’Accord-cadre. La RD-Congo a respecté sa part des responsabilités. Nous avons même établi, au niveau national, une entité dirigée par François Muamba pour faire le suivi de cet accord -NDLR: Mécanisme national de suivi. De nombreux processus, des rencontres et d’échanges au niveau interne et externe ont déjà été entamés. L’implication de la communauté internationale, dans ce chapitre des responsabilités dans cet accord, est déjà en application permanente. A combien de reprises, la MONUSCO, par exemple, n’a-t-elle pas reçu les différentes parties dont l’Opposition et la Majorité? Il est question ici d’un processus qu’il faut dissocier de cela tout en faisant en sorte que les choses se rejoignent. Si nous ne faisons rien, nous allons droit vers un mur. Au lieu de prendre des décisions discrétionnaires pouvant amener des convulsions politiques et sociales, il est question de s’asseoir pour trouver un atterrissage pouvant nous permettre tous de sortir gagnants.
Pourquoi le gouvernement ne reconnait pas tout simplement qu’il a échoué avant d’appeler les autres à se mettre autour d’une table?
En RD-Congo, il n’appartient pas au gouvernement d’organiser les élections. La responsabilité entière d’organiser les élections repose sur une institution ad hoc, la CENI. C’est ce qui a été décidé au sortir du dialogue inter-congolais parce que nous ne nous faisions pas mutuellement confiance. La responsabilité du gouvernement s’intègre au niveau du financement. Il y a quelques difficultés à ce niveau parce que le gouvernement a un budget annuel contraignant. Il ne faut pas oublier que le budget de l’Etat en RD-Congo n’a jamais été effectué à 100% dans son exécution. Nous sommes à un taux d’exécution oscillant entre 60 et 70%. Si la dépense n’est pas sollicitée, il n’appartient pas au gouvernement de décaisser les fonds. Maintenant que la CENI a présenté une demande USD 1,2 milliard, le gouvernement devra se battre pour mobiliser ce fonds. Pour les élections de 2016, le gouvernement a proposé USD 5OO millions. Admettons qu’au courant de l’année 2016, un événement se produit et que la CENI se retrouve également dans l’incapacité d’utiliser ces fonds, il est clair que cet argent sera affecté dans d’autres urgences.
Le gouvernement a eu cinq ans pour mobiliser les fonds. Est-ce qu’il fallait attendre 2016 pour chercher de l’argent au lieu de prévenir?
Un Etat ne fonctionne pas comme ça. Un Etat ne fait pas d’économies au sens strict. La logique budgétaire est simple: les besoins sont illimités et les ressources sont rares. Il ne faut pas oublier que nous avons des dépenses contraignantes. Et si une dépense se montre moins contraignante, elle est évincée jusqu’à ce qu’elle le devienne. Qu’on nous dise à quel moment la CENI a été suffisamment prête pour solliciter des fonds et ces fonds n’ont pas été disponibilisés par le gouvernement? Le gouvernement de la République a déjà dépensé plus de USD 100 millions pour la CENI.
Au regard de la difficulté d’exécuter le budget à 100%, nous devons aussi reconnaitre qu’en 2006 et 2011 nous avons organisé des élections. Pourquoi ne pas rééditer la même expérience en 2011?
En 2006, il ne faut pas oublier que c’était la première expérimentation de nos institutions actuelles. En 2011, on a fait des élections mais nous avons été bloqués au niveau des provinciales. Aujourd’hui, vous nous demandez d’oublier tous ces arriérés électoraux et de n’organiser que la présidentielle. Le Chef de l’Etat va gouverner avec quelle Majorité? Il faut reconnaitre qu’il y a une remise en ordre qu’il faut opérer actuellement de manière courageuse.
L’UDPS s’accroche à la problématique du facilitateur. Estimez-vous vraiment que la présence de ce facilitateur soit un vrai problème?
Je ne suis pas de la génération qui croit que ce qui se fait ailleurs est mieux que ce qui se fait chez soi. Nous avons tout ce qu’il faut. Il appartient à nous d’écrire notre histoire et notre destin comme l’a dit Lumumba. Si certains pensent que jusqu’aujourd’hui nous avons besoin de la tutelle extérieure pour nous entendre c’est un combat qu’ils doivent mener. Ce qu’il faut retenir est que l’ouverture faite par le Chef de l’Etat ne doit pas être vue comme un signe de faiblesse mais plutôt de responsabilité.
L’UDPS craint l’éventuelle révision de la Constitution. Cette crise de confiance se justifie par le fait que, dans son discours, le Chef d’Etat a parlé du mode de scrutin.
C’est un faux débat. Le Chef de l’Etat n’a pas parlé d’un changement de mode. Comme toutes les autres dispositions contenues dans le discours du chef de l’Etat, la limite c’est l’ordonnance qu’il a signée. Cette ordonnance dit qu’il y aura un comité préparatoire qui va travailler sur l’ordre du jour et va décider de manière consensuelle pour nous mettre à l’abri de la logique où c’est la majorité qui décide.
Sans l’inclusivité, ne pensez-vous pas qu’aller au dialogue n’aura rien résolu?
De mon point de vue, il y a aucun risque. Lors du dialogue inter-congolais, il y avait ceux qui étaient pour et ceux qui étaient contre. Ceux qui étaient pour s’étaient impliqués et ont donné le meilleur d’eux-mêmes. Résultats: nous avons eu les premières élections et les premières institutions démocratiquement élues. Il est clair que nous n’atteindront jamais l’unanimité.
Pouvez-vous garantir les RD-Congolais que ce dialogue n’aura pas une incidence sur la Constitution?
En toute responsabilité, ce que je sais est que nous avons cinq contraintes majeures: le fichier électoral, le calendrier, le financement, la sécurisation et l’implication de la communauté internationale. Asseyons-nous et de manière consensuelle, trouvons une solution. Si au sortir du dialogue on tombe d’accord sur le fait qu’il faut organiser toutes les élections. La CENI se met au travail et elle est bloquée. Qu’allons-nous faire? Il ne faut pas faire de la politique fiction. Faisons de la politique réelle.
Que diriez-vous de la présence de Saïd Djinnit à Kinshasa parce que vous êtes contre la facilitation internationale?
Je ne récuse pas la médiation internationale. J’ai tout simplement dit, qu’à titre personnel, je n’éprouve aucun complexe vis-à-vis de l’expertise internationale. Je considère que les RD-congolais sont moralement, intellectuellement et historiquement prêts à assumer l’écriture de leur destin. La présence de Djinnit fait partie du jeu de la démocratie qui nous demande de ne pas avoir peur des points de vue extrémistes. Quelles que soient les oppositions, le plus important c’est la vivification de notre démocratie et la préservation de nos acquis. Ne cherchons à obtenir des postes au détriment de la paix et de la stabilité économique. Ce qui est en jeu n’est pas le destin individuel des uns et des autres.
Propos retranscrits par Barick BUEMA

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