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CAA et Congo Airways dans l’œil du cyclone avec la suppression drastique d’emplois

Parmi les objectifs majeurs assignés au gouvernement Samy Badibanga figure le volet social qui englobe notamment l’emploi, le travail et la prévoyance sociale. Le développement de la RD-Congo ne se conçoit nullement sans l’apport de ses filles et fils à travers l’emploi qui est du reste un droit garanti par la Constitution. Force est de noter qu’à ce jour, plus de 80% de la population active est au chômage en RD-Congo. Ce qui constitue un grand paradoxe dans un pays scandaleusement riche en potentialités naturelles et dont la population est scandaleusement pauvre. Au fait, lorsque le président Joseph Kabila a placé son mandat sous le signe du social, quelles sont les actions concrètes qui ont été menées pour en assurer la concrétisation par les dirigeants du pays à divers niveaux de responsabilités? L’opinion se souvient nettement des déclamations des slogans de la croissance à deux chiffres par le gouvernement des surdoués dont les RD-Congolaises et RD-Congolais attendent stoïquement les retombées dans leur vécu quotidien.
Combien d’emplois les gouvernements Matata I, II et III ont-ils créé pendant les quatre ans et sept mois de gestion de la respublica? Combien d’entreprises ont-elles été contraintes de mettre la clé sous le paillasson à défaut de procéder au dégraissage drastique de leurs effectifs? Difficile de répondre avec certitude à toutes ces interrogations dans un pays où la production des statistiques fiables relève d’un exercice de haute voltige abhorré par la majorité des gestionnaires. Toujours est-il que le terrain, il s’observe une surchauffe en termes de suppression exponentielle de quelques emplois encore disponibles dans les secteurs public et privé. Les scènes de fermeture des unités de production à une vitesse exponentielle sont monnaie courante dans la capitale. Généralement, le personnel est renvoyé sans que ne soient honorés tous ses droits garantis par la loi et le code du travail.
Autopsie sans complaisance de l’Intersyndicale nationale du Congo
Dans une autopsie sans complaisance opérée le 20 février 2017 et adressée à la classe politique RD-congolaise, l’Intersyndicale nationale du Congo avec FOSYCO, OTUC, SOPA, CTP, CGSA, Actions, Solidarité, FGTK, CDT et ATC, épingle les faiblesses du gouvernement qui bafoue les principes élémentaires du partenariat social. Selon l’Intersyndicale, plusieurs réformes fantaisistes mal engagées dans le secteur du Portefeuille, n’ayant pas respecté les termes de la loi n° 008/008 du 07 juillet 2008, ont desservi profondément l’Etat-propriétaire et porté d’énormes préjudices aux travailleurs avec enrichissement sans cause des initiateurs.
Les dix syndicats stigmatisent les cas flagrants de LAC, OCPT, SNCC, GECAMINES, ONC, UZB, ONACER, SCPT -ex-ONATRA- qui sont des preuves irréfragables de l’incurie dans la conduite des réformes camouflant la spoliation des biens de l’Etat et des droits des travailleurs. Ils en font l’illustration avec des souvenirs désastreux qui hantent encore les mémoires des masses laborieuses: des familles disloquées, des enfants en déperdition scolaire jetés dans la rue, des morts, des orphelins abandonnés. L’Intersyndicale nationale du Congo relève que la gestion des entreprises et établissements publics est confiée, pour la plupart des cas, à des politiciens prédateurs qui pillent avec la complicité ou devant l’œil complaisant des mandants. Il en est de même d’éternels mandataires intérimaires dont le seul mérite est de spolier les entreprises et établissements du Portefeuille de l’Etat. Etc.
Annulation de toutes les réformes fantaisistes et criminelles dans les entreprises du Portefeuille de l’Etat
Dans leurs conclusions, déterminés à lutter, quel qu’en soit le prix, pour éradiquer la chosification des masses laborieuses par une classe politique opportuniste et inconsciente des souffrances du peuple, les dix syndicats exigent impérativement et toutes affaires cessantes un certain nombre d’actions concrètes. Parmi les plus significatives figure notamment l’annulation de toutes les réformes fantaisistes et criminelles engagées dans les entreprises du Portefeuille de l’Etat au mépris de la loi n° 008/008 du 07 juillet 2008 portant dispositions générales relatives au désengagement de l’Etat. L’Intersyndicale nationale du Congo recommande la dépolitisation de la gestion des entreprises et établissements publics en mettant hors d’état de nuire tous ces mandataires prédateurs et spoliateurs.
Elle insiste sur la mise en œuvre de la politique nationale de la sécurité et de la protection sociale adoptée avec le concours des partenaires sociaux en définissant un régime efficient; etc. Le cri de détresse de FOSYCO, OTUC, SOPA, CTP, CGSA, Actions, Solidarité, FGTK, CDT et ACT tombe à propos. Pour ne citer que la situation qui prévaut dans le domaine du transport, le gouvernement a du pain sur la planche et souffre le martyr pour assurer le déplacement civilisé des personnes et des biens ne fût-ce que dans les grandes agglomérations. A titre indicatif, les échos qui parviennent de la société d’Etat TRANSCO sont annonciateurs de la précarité des emplois. La sonnette s’alarme a été tirée par ses propres dirigeants au crépuscule de l’année 2016 sur la nécessité d’une intervention musclée de l’Etat propriétaire au risque de voir les sociétaires de cette compagnie entonner le «De profundis».
Combat des titans entre les commerçants qui se disputent le leadership dans l’espace aérien
Cela est d’autant plus plausible qu’en exécutant la politique sociale du gouvernement avec l’application des tarifs non rémunérateurs, TRANSCO est en droit d’attendre de l’unique propriétaire des fonds consistants en guise de compensation en vue d’assurer une exploitation régulière et conséquente qui prenne en compte les rémunérations du personnel, le maintien et le renouvellement du charroi, l’extension de nouvelles lignes, etc. Or, présentement, ainsi qu’en témoignent les indications courageuses du ministre d’Etat en charge du Budget Pierre Kangudia, l’Etat propriétaire engagé sur d’autres fronts prioritaires, peine à renflouer ses caisses pour honorer ses engagements. Dans le secteur du transport aérien, la situation est plus que dramatique. Le combat des titans entre les commerçants qui se disputent le leadership dans l’espace aérien RD-congolais, est lourd de conséquences. Privée de son nouveau jet moyen-courrier A321 renvoyé au pays d’acquisition et interdit d’exploitation en RD-Congo pour des raisons cousues de fil blanc au détriment des voyageurs, la Compagnie Aérienne Africaine -CAA- a pris la grave décision de se débarrasser de 95% de ses effectifs, ne gardant que le strict minimum pour l’exploitation de son turbopropulseur Fokker-50.
Suppression d’emplois de 426 à 199 unités et rabattement des salaires chez Congo Airways
De son côté, en dépit d’une campagne médiatique agressive, la nouvelle société d’économie mixte Congo Airways se trouve dans l’œil du cyclone. Suite à de multiples causes endogènes et exogènes, ce nouveau transporteur aérien vient d’opter pour la suppression d’emplois, passant de 426 à 199 unités en passant par le rabattement des salaires de ses sociétaires à hauteur de 17%. Les entreprises publiques contraintes par le gouvernement des surdoués à délier leurs bourses en vue de réunir les fonds nécessaires à la constitution du capital social de ce transporteur aérien, ne savent plus comment rentrer dans leurs droits et ploient sous la demande pressante de leurs travailleurs pendant que leurs finances sont au rouge.
L’Exécutif se pose moult questions sur l’opportunité de continuer à nourrir mensuellement Congo Airways à ses mamelles dans ce secteur marchand où la libre concurrence devrait être de mise. Selon certains analystes, il est plus que temps pour l’Exécutif de se pencher sur le chantier du travail en vue de le booster avec l’assainissement de son environnement, le respect des lois nationales, du code du travail et des accords internationaux ratifiés par le pays en cette matière, la création des emplois, la réhabilitation des entreprises existantes qui réunissent les conditions requises ainsi que le soutien des opérateurs privés dans le cadre du partenariat public-privé gagnant-gagnant, la mise en place à la tête des unités de production des mandataires responsables, crédibles et avisés, le devoir de redevabilité et l’application des sanctions conséquentes. Il y a urgence.
Tino MABADA

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